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mardi 2 octobre 2018

Syrie : le cas d’un seul F-35 officiellement abattu par un S-300 serait perçu comme une catastrophe et une défaite épouvantable


« … le JSF a été présenté comme l’avion de combat “ultime” du XXIème siècle, devant dominer aussi bien le marché que la forme nouvelle et postmoderne (imposé par lui) du combat aérien. C’est dire que sa stature de défense contre ses critiques sans nombre dépend de cette narrative d’invincibilité et d’irrésistibilité. Le cas d’un seul F-35 officiellement abattu par un S-300 serait perçu comme une catastrophe et une défaite épouvantable, alors qu’il s’agirait pourtant d’un événement assez courant dans un conflit où s’affrontent une offensive et une défensive conventionnelle d’assez haut niveau, comme ce pourrait être le cas en Syrie si, une fois les S-300 installés et opérationnels, les Israéliens décidaient de les affronter et, notamment, de chercher à les détruire. » écrit Philippe Grasset dans un texte du 1er octobre 2018 «Fable & narrative : F-35 et S-300 en Syrie ».

Note – Face aux S-300-PMU2 livrés à la Syrie par les Russes, les Etats-Unis ont déjà retiré leurs missiles Patriot qui ne font pas le poids. Il ne reste plus que les F-35 israéliens en tant que dernière ligne de défense avant l’arme nucléaire. Combien de temps - combien de jours? - le simulacre de la domination universelle du F-35 résistera-t-il à la nouvelle réalité géostratégique imposée par les Russes? EG

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Bonne lecture

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Fable & narrative : F-35 et S-300 en Syrie

Par Philippe Grasset et Federico Pieraccini, le 1er octobre 2018


Le S-300 est un mythe... Le F-35, sigle désormais générique et émérite du JSF, ou F-35, ne l’est pas moins. Ainsi trouve-t-on, aujourd’hui en Syrie, deux mythes face-à-face ; dans tous les cas, du point de vue de la communication c’est fait, sans savoir une seconde si l’opérationnel (la vérité-de-situation en l’occurrence) suivra. Mais “en même temps” comme l'on dit, exactement en même temps, l’on sait que l’on tient sur ce site que le système de la communication est sans aucun doute le domaine de puissance le plus important aujourd’hui. Aussi importe-t-il assez peu de savoir si le duel aura lieu stricto sensu, tout se passe comme s’il avait déjà lieu...

Ces derniers jours, et considéré “hors-Syrie” (donc “hors-S-300”), le F-35 a eu la vedette avec deux nouvelles contrastées : première mission de guerre en Afghanistan (le 27 septembre), première destruction accidentelle officielle d’un avion du programme en Californie (le 28 septembre), – dans les deux cas, il s’agissait de la version F-35B du Corps des Marines. Dans le cadre d’un programme aéronautique normal comme il en existait avant l’ère post-9/11, cette sorte de péripétie ne constituait en aucun cas l’un ou l’autre événement extraordinaire. Il est tout à fait normal qu’un avion de combat commence à voler en combat, dans un conflit vieux de 17 ans où il n’existe aucun risque aérien et où toutes les missions sont du type air-sol ; et il est tout à fait courant qu’un grand programme d’avion de combat enregistre des pertes accidentelles durant son développement. Mais le F-35 n’a rien de “normal” ni de “courant” comme l’on sait, aussi ces deux nouvelles ont-elles fait l’objet d’une large publicité. Cela permet de mesurer le poids énorme de la polémique et de la communication qui entoure le programme F-35/JSF aujourd’hui vieux de 25 ans (lancement en 1993) et qui, à ce terme du quart de siècle, enregistre une première mission de combat et une première perte accidentelle officielle alors que les essais de développement sont toujours en cours.

Dans ce cadre absolument mythique et ressortant du simulacre américaniste aussi bien que des budgets se comptant en dizaines de milliards, la livraison de S-300 russes à la  Syrie et la possession de F-35 (F-35I) par Israël ne pouvaient que susciter l’hypothèse d’un affrontement entre les deux. Les deux systèmes sont entourés d’une aura extraordinaire de diverses narrative qui rendent quasi inéluctable cette hypothèse.

• Le S-300 est une famille de missiles sol-air développée à partir de 1969 mais qui a acquis ces quinze dernières années une image extraordinaire de puissance et d’efficacité. La cause se trouve essentiellement dans les efforts diplomatiques et de communication qui ont été faits du côté du bloc-BAO (surtout USA et Israël) pour bloquer la livraison de ce système à certains pays, notamment et surtout l’Iran et la Syrie : l’argument essentiel de cette entrave a été nécessairement les capacités considérables prêtées à ce système. (Ces capacités ont une réalité bien entendu, surtout au travers des nouvelles versions et des modernisations, et l'intégration du système dans des ensembles très puissants de défense aérienne, – mais l’on parle ici d’une dimension “mythique” véhiculée dans le domaine de la communication et non dans le domaine opérationnel.)

• Le F-35 (JSF) est un programme bien connu pour ses avatars catastrophiques, et pour sa représentation symbolique pour nous d’une sorte d’impasse du technologisme entré dans une phase de développement contre-productive. Par complet contraste, et compte tenu de l’importance fondamentale, – financière, communicationnelle, d’influence, etc., – du programme pour les USA et leurs divers pouvoirs et supplétifs, le JSF a été présenté comme l’avion de combat “ultime” du XXIème siècle, devant dominer aussi bien le marché que la forme nouvelle et postmoderne (imposé par lui) du combat aérien. C’est dire que sa stature de défense contre ses critiques sans nombre dépend de cette narrative d’invincibilité et d’irrésistibilité. Le cas d’un seul F-35 officiellement abattu par un S-300 serait perçu comme une catastrophe et une défaite épouvantable, alors qu’il s’agirait pourtant d’un événement assez courant dans un conflit où s’affrontent une offensive et une défensive conventionnelle d’assez haut niveau, comme ce pourrait être le cas en Syrie si, une fois les S-300 installés et opérationnels, les Israéliens décidaient de les affronter et, notamment, de chercher à les détruire.

Avec le texte de Federico Pieraccini présenté ci-dessous, très documenté et selon des hypothèses très plausibles, on dispose d’une assez bonne approche du cas envisagé, du “F-35 versus le S-300 en Syrie”. Manifestement, ce sont les Israéliens, et surtout derrière eux le système de l’américanisme et le complexe militaro-industriel, qui auraient le plus à perdre dans un tel affrontement. Du fait des exagérations constantes d’un système de la communication quasi-exclusivement nourri aux narrative et enchaîné à l’affirmation constante de la supériorité de la puissance US devenue dépendante d’un réflexe du type déterminisme-narrativiste, la démonstration symbolique de l’invincibilité et de l’irrésistibilité (du F-35 dans ce cas) est pour les USA une nécessité absolue de promotion et d’influence pour satisfaire la perception de leur propre ontologie autant que pour assurer la fortune des actionnaires de Lockheed Martin. Une entorse à cette démonstration symbolique dans le chef d’un système tel que le F-35 chargé de tout le poids de la communication fortement appuyée sur le symbolisme est une perspective catastrophique ; cela alors que les USA craignent chaque jour de plus en plus de perdre leur position de leadership écrasant et tonitruant dans la vente et la manipulation des armements dans le monde pour assurer leur interventionnisme dans la souveraineté de leurs clients.

On sait combien les USA montrent par leur comportement la force et l’ampleur de cette crainte de perte du leadership de l’armement, notamment avec les dispositions qu’ils ont prises, assorties de sanctions/de menaces de sanctions contre les pays achetant de l’armement russe, notamment contre l’Inde et la Turquie pour leurs commandes de S-400, et jusqu’à l'incroyable intervention contre la Chine elle-même pour ses commandes d’armement russes. Bien entendu, ce que les USA craignent le plus et veulent briser, c’est l’armement russe qui a de plus en plus de prestige et touche de plus en plus de client, et à propos duquel ils ont mis en place la loi CAATS (Counter America’s Adversaries Through Sanctions) aux dispositions grotesques par ses prétentions interventionnistes. Ainsi comprend-on aisément que cette crainte joue un rôle important dans la situation hypothétique du F-35 versus le S-300, quels que soient les paramètres de l’affrontement, quels que soient les circonstances et les effets opérationnels, – parce qu’il s’agit d’abord de communication autour du simulacre de puissance que sont les USA...

La thèse de Pieraccini est qu’Israël est, d’une certaine façon, complètement incontrôlable à cause du même symbolisme qu’il s’est lui-même construit autour de sa supériorité et de sa capacité à passer outre la souveraineté des autres, qui devient une sorte de folie désespérée lorsqu’on menace de lui dénier ceci et cela. Israël a le même comportement que les USA à cet égard, et il n’est pour les USA de pire fou que celui qui a la même folie qu’eux-mêmes et qu’ils (les USA) ne peuvent pas vraiment contrôler.

Pieraccini parle effectivement du “désespoir” d’Israël, qui pousserait ce pays vers des projets extrêmes, notamment vis-à-vis des USA ; le F-35 pourrait jouer dans ces projets un rôle d’instrument de chantage a contrario, en jouant sur la crainte des USA d'événements qui exposeraient les secrets et les faiblesses du F-35... L’hypothèse est loin d’être absurde, si l’on admet avec certaines sources qu’Israël est extrêmement méfiant à l’égard des capacités du F-35, qu’il a acheté en bonne partie sous la contrainte des pressions US, et donc qu'il mesure le poids dont il pourrait faire un levier de la crainte US de l'emploi du F-35 dans des conditions autres que le “tir au pigeon” en Afghanistan  :

« Avec les systèmes S-300 déployés dans une version mise à jour et intégrés au système de commandement, de contrôle et de communication (C3) russe, il existe un risque sérieux (pour Washington) qu'Israël, désormais incapable de changer le cours des événements en Syrie, puisse tenter une manœuvre désespérée. [...] Il suffit d’avoir à l’esprit les conditions de la destruction de l’avion de surveillance russe Il-20 pour comprendre à quel point de témérité un Israël désespéré peut être poussé... [...]

» Étant donné la tendance de Tel-Aviv à placer ses propres intérêts au-dessus de tous les autres, il ne serait pas surprenant de le voir utiliser la possibilité d’attaquer le S-300 avec des F-35 comme moyen de chantage pour impliquer Washington dans le conflit. Pour les États-Unis, il existe deux scénarios à éviter. Le premier est une implication directe dans le conflit avec la Russie en Syrie, qui est maintenant impensable et irréaliste. La seconde, beaucoup plus préoccupante pour les planificateurs militaires, concerne la possibilité que les capacités et les secrets du F-35 soient compromis ou même qu’il soit prouvé que cet avion est vulnérable face à des systèmes de défense aérienne vieux de près d’un demi-siècle. »

Le texte de Federico Pieraccini (« The US Military-Industrial Complex’s Worst Nightmare: The S-300 May Destroy and Expose the F-35 ») est du 30 septembre 2018, sur Strategic-Culture.org.

dedefensa.org

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The US Military-Industrial Complex’s Worst Nightmare...

The tragic episodethat caused the death of 15 Russian air force personnel has had immediate repercussionson the situation in Syria and the Middle East. On September 24, Russian Defense Minister Sergei Shoigu informed allies and opponents that the delivery of the S-300 air-defense systems to the Syrian Arab Republic had been approved by President Vladimir Putin. The delivery had been delayed and then suspended as a result of Israeli pressure back in 2013.
In one sense, the delivery of S-300 batteries to Syria is cause for concern more for Washington than for Tel Aviv. Israel hasseveral F-35 and has claimed to have usedthem in Syria to strike alleged Iranian weapons transfers to Hezbollah. With the S-300 systems deployed in an updated version and incorporated into the Russian command, control and communications (C3) system, there is a serious risk (for Washington) that Israel, now incapable of changing the course of events in Syria, could attempt a desperate maneuver.
It is no secret that Greece purchased S-300sfrom Russia years ago, and that NATO and Israel have trained numerous times against the Russian air-defense system. Senior IDF officials have often insisted that they are capabletaking out the S-300s, having apparently discovered their weaknesses.
Tel Aviv’s warning that it will attack and destroy the S-300 battery should not be taken as an idle threat. It is enough to look at the recent downing of Russia’s Il-20 surveillance aircraft to understand how reckless a desperate Israel is prepared to be. Moreover, more than one IDF commander has over the yearsreiterated that a Syrian S-300   would be considered a legitimate target if threatening Israeli aircraft.
At this point, it is necessary to add some additional information and clarify some points. Greece’s S-300s are old, out of maintenance, and have not had their electronics updated. Such modern and complex systems as the S-300s and S-400s require maintenance, upgrades, and often replacement of parts to improve hardware. All this is missing from the Greek batteries. Secondly, it is the operator who uses the system (using radar, targeting, aiming, locking and so forth) that often makes the difference in terms of overall effectiveness. Furthermore, the system is fully integrated into the Russian C3 system, something that renders useless any previous experience gleaned from wargaming the Greek S-300s. No Western country knows the real capabilities and capacity of Syrian air defense when augmented and integrated with Russian systems. This is a secret that Damascus and Moscow will continue to keep well guarded. Yet two years ago, during the operations to free Aleppo, a senior Russian military officer warned(presumably alluding to fifth-generation stealth aircraft like the F-35 and F-22) that the range and effectiveness of the Russian systems may come as a surprise.
The following are the words of Russian defense minister Sergei Shoigu concerning the deployment of the S-300 to Syria and its integration with other Russian systems:
"Russia will jam satellite navigation, onboard radars and communication systems of combat aircraft, which attack targets in the Syrian territory, in the Mediterranean Sea bordering with Syria. We are convinced that the implementation of these measures will cool hotheads and prevent ill-considered actions threatening our servicemen. Otherwise, we will respond in line with the current situation. Syrian troops and military air defense units will be equipped with automatic control systems, which have been supplied to the Russian Armed Forces. This will ensure the centralized management of the Syrian air defense forces and facilities, monitoring the situation in the airspace and prompt target designation. Most importantly, it will be used to identify the Russian aircraft by the Syrian air defense forces."
If the Israelis will follow through with their reckless attempts to eliminate the S-300 (if they can find them in the first place, given that they are mobile), they will risk their F-35s being brought down. The US military-industrial complex would suffer irreparable damage. This would also explain why Israel (and probably the US) has for more than five years put enormous pressure on Moscow not to deliver the S-300 to Syria and Iran. The US State Department’s reaction over the future purchase by Turkey and India of the S-400 confirms the anxiety that US senior officials as well as generals are experiencing over the prospect of allies opting for the Russian systems. This would allow for a comparison with weapons these allies purchased from the US, leading to the discovery of vulnerabilities and the realization of the US weapons’ relative inferiority.
Given Tel Aviv’s tendency to place its own interests above all others, it would not be surprising to find them using the possibility of attacking the S-300 with their F-35s as a weapon to blackmail Washington into getting more involved in the conflict. For the United States, there are two scenarios to avoid. The first is a direct involvement in the conflict with Russia in Syria, which is now unthinkable and impractical. The second – much more worrying for military planners – concerns the possibility of the F-35’s capabilities and secrets being compromised or even being shown not to be a match against air-defense systems nearly half a century old.
An illuminating example of how the United States operates its most advanced aircraft in the region was given in eastern Syria around Deir ez-Zor. In this part of Syria, there is no threat from any advanced air-defense systems, so the US is often free to employ its F-22 in certain circumstances. The Russian military has repeatedly shown radar evidence that unequivocally shows that when Russian Su-35s appear in the same skies as the F-22, the US Air Force simply avoids any confrontation and quickly withdrawssuch fifth-generation assets as the F-22. The F-35 is not evenready in its naval variant, and has yet to be deployed on a US aircraft carrier near the Middle Eastern theater or the Persian Gulf; nor is it present in any US military basein the region. The US simply does not even consider using the F-35 in Syria, nor would it risk its use against Russian air defenses. Israel is the only country that so far may have already usedthese aircraft in Syria; but this was before the S-300 came onto the scene.
The F-35 program has already cost hundreds of billions of dollarsand will soon reach the exorbitant and surreal figure of over 1 trillion dollars. It has already been sold to dozens of countries bound by decades-long agreements. The F-35 has been developed as a multi-role fighter and is expected to be the future backboneof NATOand her allies. Its development began more than 10 years ago and, despite the countless problems that still exist, it is already airborne and combat-ready, as the Israelis insist. From the US point of view, its employment in operations is played down and otherwise concealed. The less data available to opponents, the better; though the real reason may lie in a strong fear of any revelation of potential weaknesses of the aircraft damaging future sales. At this time, the Pentagon’s marketing of the F-35 is based on the evaluations provided by Lockheed Martin, the manufacturer, and on the tests carried out by the military who commissioned it to Lockheed Martin. Obviously, both Lockheed Martin and the US Air Force have no interest in revealing any weaknesses or shortcomings, especially publicly. Corruption is a big thing in Washington, contrary to common assumptions.
The combination of Israel’s ego, its inability to change the course of events in Syria, coupled with the loss of its ability to fly throughout the Middle East with impunity due to Syria now being equipped with a superior air defense – all these factors could push Israel into acting desperately by using the F-35 to take out the S-300 battery. Washington finds itself in the unenviable position of probably having no leverage with Israel over the matter ever since losing any ability to steer events in Syria.
With the Russian air-defense systems potentially being spread out to the four corners of the world, including China, India, Saudi Arabia, Qatar, Saudi Arabia and who knows how many other countries waiting in the queue, Russia continues to increase its export capacity and military prestige as it demonstrates its control of most of the Syria’s skies. With the introduction of the the S-500 pending, one can imagine the sleepless nights being spent by those in the Pentagon and Lockheed Martin’s headquarters worrying about the possibility of an F-35 being taken down by an S-300 system manufactured in 1969.

Federico Pieraccini

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