jeudi 27 juillet 2017

Pour un ordre mondial non centré sur l’ordre international libéral US


« L’intérêt du gouvernement russe, ainsi que du gouvernement chinois, réside clairement dans l’établissement d’un ordre mondial non centré sur les États-Unis.( ) [mais] La vérité est que ce n’est pas Poutine – ni même Trump de nos jours – mais plutôt George W. Bush et ses imprudents cowboys dirigeant la politique étrangère – rappelez-vous Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, tous les noms qui devraient vivre en infamie – qui ont abimé la plus grande partie de cet ordre international libéral. Ils ont commis des actes de guerre qui étaient clairement criminels de nature. La SEULE chose qui les a sauvés est qu’ils avaient – et ont toujours – un passeport américain. Sinon, ils se trouveraient tous devant un tribunal à La Haye, où ils devraient vraiment y être jugés » écrit Stephan Richter dans un article du 12 juillet 2017 à lire ci-dessous.
 
Bonne lecture

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L’Ordre libéral international : qui l’a réduit en lambeaux ?


Par Stephan Richter – le 12 juillet 2017 – Source The Globalist

Signalé par Le Saker, le 27 juillet 2017

http://lesakerfrancophone.fr/lordre-liberal-international-qui-la-reduit-en-lambeaux

Depuis quelques décennies maintenant, les mots « ordre international libéral » ont été utilisés par les penseurs stratégiques traditionnels étasuniens comme un code pour désigner un monde dirigé par les États-Unis.

Selon ce concept, toutes les nations fonctionnent (idéalement) de manière rationnelle, régies par la règle juridique et épargnées par un « étatisme » excessif pesant sur la vie quotidienne et l’économie – souvent avec la participation d’institutions multilatérales.
C’est la faute à Poutine

Depuis un bon moment, ces mêmes voix américaines expriment leur forte indignation de voir ce vénérable « ordre international libéral » entrain d’être déchiré.

Ils sont très clairs sur le responsable de ce fait : personne d’autre que le président russe Vladimir Poutine.

Bien sûr Poutine utilise des tactiques peu reluisantes dans le monde entier et défraie souvent ce qui reste d’ordre et de droit international de la manière la plus cynique.

Mais cela ne veut pas dire que Poutine soit le responsable du dérèglement de l’ordre international libéral.

Le problème avec cet argument très pratique « C’est la faute à Poutine » est que le boulot de Poutine n’a jamais été de soutenir et conserver cet ordre libéral.

Quiconque croit cela ne trahit que sa propre naïveté ou ses vains espoirs. L’intérêt du gouvernement russe, ainsi que du gouvernement chinois, réside clairement dans l’établissement d’un ordre mondial non centré sur les États-Unis.

Quelqu’un d’autre est le vrai coupable

Le grand problème avec les responsables américains étalant largement leur déception face à la destruction supposée de l’ordre international libéral par Poutine est leur total silence sur le rôle des États-Unis dans cet affaiblissement.

Quelles que soient les déficiences des puissances occidentales dans les affaires mondiales, l’un de leurs avantages présumés, du moins selon leur propre propagande, est qu’elles sont des puissances rationnelles et responsables, responsables du respect de la loi.

C’est sur cette base, selon la doctrine occidentale, que leurs actions sur la scène mondiale ont une légitimité.

Les États-Unis souffrent d’amnésie collective

La vérité est que ce n’est pas Poutine – ni même Trump de nos jours – mais plutôt George W. Bush et ses imprudents cowboys dirigeant la politique étrangère – rappelez-vous Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, tous les noms qui devraient vivre en infamie – qui ont abimé la plus grande partie de cet ordre international libéral.

Ils ont commis des actes de guerre qui étaient clairement criminels de nature. La SEULE chose qui les a sauvés est qu’ils avaient – et ont toujours – un passeport américain.

Sinon, ils se trouveraient tous devant un tribunal à La Haye, où ils devraient vraiment y être jugés.

L’incroyable gymnastique juridique à laquelle ils ont recouru pour cacher au mieux leurs crimes a été poursuivie par l’administration Obama, bien que sous une forme beaucoup plus douce.

Pourtant, Obama n’a pas rompu avec la politique illégale de son prédécesseur. Les mandats délibérément obscurs pour agir en Irak ont simplement changé de sujet. Finis les mémos parlant de torture, on a eu droit à ceux parlant de meurtre extra-judiciaire par drones.

Dans la peau de la Russie et de la Chine

Mettez-vous dans la peau d’un décideur politique russe ou chinois pendant un moment et posez-vous une à une ces quatre questions :
  1. Qu’est ce qui pourrait bien inciter les Russes et les Chinois à agir de manière responsable (et légale), alors que les États-Unis, le principal prêcheur de sermons sur l’équité dans les affaires mondiales, sous Bush II (et aussi, en partie, sous la tutelle d’Obama), ont tant rabaissé leurs propres normes comportementales ?
  2. Les Russes et les Chinois peuvent-ils vraiment se permettre de NE PAS se comporter de la même manière, insensible, imprudente, méchante et dégradante que celle des Américains en Irak ?
  3. Les Russes et les Chinois sont-ils supposés ne pas céder à la tentation impériale quand ils ressentent ce besoin à un moment donné et que le gouvernement américain lui-même présente si peu de retenue ?
  4. Pourquoi les Russes et les Chinois devraient-ils s’en tenir à un niveau supérieur de comportement dans les affaires internationales que les États-Unis ?
Après tout, c’est le gouvernement étasunien, avec ses discours sur les « guerres de volonté » [wars of will] depuis plus d’une décennie, qui a dégradé les termes de référence existants pour le comportement international. Cela a inévitablement eu des effets sur les autres.

Si l’Amérique peut le faire

Les Russes et les Chinois, avec une bonne raison de leur point de vue, n’exigent que l’égalité des droits pour dérégler le système international.
La façon dont les Américains répètent à satiété l’argument « c’est la faute de Poutine », de manière si obtuse et stupide – malgré tous les défauts de Poutine – ne fait rien pour ressusciter l’ordre international.
C’est même plutôt l’inverse. Il s’agit encore d’un double standard, où d’autres nations sont tenues par les Américains au respect des lois internationales, alors que les violations flagrantes commises par eux-mêmes sont tout simplement, et si facilement, oubliées.

L’amnésie collective peut être une façon très personnelle d’essayer de se laver de ses propres crimes. Mais ce n’est pas un moyen crédible pour rétablir un ordre qui se targue d’être rationnel et cohérent.