jeudi 6 juillet 2017

G20 : les USA, sont désormais l’objet de contestation sans la moindre vergogne



« Ce sommet du G20 ( ) sera l’un des sommets les plus politiques et même les plus politisés qu’on puisse imaginer aujourd’hui. Il reflète l’état à la fois extraordinairement incertain, extraordinairement ambigu et extraordinairement explosif des relations internationales. ( ) L’humeur et la communication la plus expéditive (tweets & Cie) tendent à prendre le pas sur le reste. ( ) La postmodernité joue désormais à plein et les grandes règles qui ont gouverné le monde durant deux tiers de siècle, y compris l’alignement aveugle et asservi sur les USA, sont désormais l’objet de contestation sans la moindre vergogne » écrit Philippe Grasset dans un article du 6 juillet 2017 à lire ci-dessous.

Bonne lecture

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Merkel inaugure le G20 à la hache de guerre

Par Philippe Grasset, le 6 juillet 2017

http://www.dedefensa.org/article/merkel-inaugure-le-g20-a-la-hache-de-guerre

Fin mai, il y avait eu ce que nous nommâmes “le moment Merkel”, lorsque la chancelière, après les réunions de l’OTAN et surtout du G7, furieuse du comportement et des déclarations de Trump, fit des déclarations sonores lors de fa fête de la bière à Munich le dimanche 28 mai. Ainsi Merkel déclara-t-elle d’une façon extrêmement imagée (notre texte du 29 mai 2017) :

« [...L]orsque, rentrée du sommet [G7] en Sicile et venue à Munich pour un discours dans le cadre de la campagne électorale et notamment sur le sujet du Brexit étendu bien entendu aux derniers événements, elle nous annonce (hier) que, “bien entendu nous avons besoin de relations amicales avec les USA et avec le Royaume-Uni, et avec nos autres voisins, y compris la Russie ... [Pour autant,] nous devons nous battre nous-mêmes pour notre propre futur”.

» Pour l’AFP, “Merkel [nous] a avertis que les USA et le Royaume-Uni ne sont plus des partenaires fiables”, tandis que ZeroHedge.com prend la peine de citer une phrase directement en allemand, pour en tirer la substantifique moelle : “die zeiten, in denen wir uns auf andere völlig verlassen konnten, sind ein Stück vorbei”, ce qui donnerait à peu près cette adaptation selon laquelle “les temps où nous pouvions complètement dépendre des autres sont en train de se finir”, assorti de ce commentaire personnel venu  tout droit du [G7] : “J’ai expérimenté la chose durant ces derniers jours”. »

Hier, alors que Trump débarquait en Pologne avant le sommet du G20 à Hambourg, demain et après-demain, Merkel accueillait d’une façon extrêmement chaleureuse à Berlin le président chinois Xi-Jiping, venu en avance du G20 pour des entretiens avec Merkel. « Le sujet dominant était inévitablement le conflit en aggravation accélérée entre les puissances du cœur du monde capitaliste, avec Xi et la chancelière Merkel émettant conjointement de fortes critiques contre la politique US » (selon WSWS.org, qui consacre son texte principal à cette rencontre). Le journaliste du quotidien allemand Die Zeit demanda à Merkel si elle pourrait reprendre et confirmer cette fameuse remarque de la fin-mai, selon laquelle l’Europe ne pouvait plus désormais s’en remettre à son alliance avec Washington. Il y eut cette réponse sans la moindre équivoque et sans le moindre souci d’en atténuer la force : « Oui, exactement dans les mêmes termes. »


Ainsi commence le G20 de l’année 2017, car l’on peut effectivement considérer cette réponse de Merkel comme le mot qui en constitue l’ouverture. Il est absolument remarquable que Merkel, et l’Allemagne par conséquent, n’ont en rien atténué cette première réaction de fin-mai que certains jugeaient un peu excessive par rapport à l’attitude d’habitude prudente de l’Allemagne vis-à-vis des USA. On avait évoqué effectivement dans les semaines suivant cette déclaration de fin-mai un moment d’emportement qui serait certainement atténué par des déclarations et des assurances arrangeantes. Le fait est qu’il n’en est rien, et cela constitue en soi un deuxième événement extraordinaire après celui de la fin mai.

Bien entendu, l’attitude allemande a largement été renforcée par l’attitude chinoise qui, pour certaines raisons similaires mais aussi pour d’autres raisons (le regain de l’attitude belliciste des USA contre la Corée du Nord, contre l’avis de la Chine et de la Russie), rencontre la même hostilité à l’encontre de Washington. Le texte cité de WSWS.org poursuit en se concentrant sur l’attitude chinoise, sur l’entente russo-chinoise à propos de la Corée du Nord, enfin sur les rapports de la Chine avec l’Allemagne (et l’Europe éventuellement) qui permet de revenir sur l’opportunité que cette attitude représente pour inciter les pays européens, et les pays du G20 hors les USA, à réaliser une union contre les USA poutr isoler ce pays au G20...

Les auspices autant que les augures sont donc extrêmement défavorables, quant à ce sommet du G20, comme si, désormais, toute réunion qui servait d’habitude à resserrer les rangs des uns et des autres selon la dynamique de “la communauté internationale” accordée aux ukases de la globalisation et du bloc-BAO, sert désormais à accroître et à aggraver les divergences. Il y a déjà eu des “parias” dans ces réunions, comme par exemple la Russie par rapport au G8-devenu-G7 à l’occasion de la bouffonnerie ukrainienne, mais beaucoup plus rarement dans le cadre élargi du G20 où il est extrêmement difficile à cause de la diversité des opinions et des positions de parvenir à un antagonisme commun à l’encontre de l’un des vingt. Que l’on tente et que l’on espère y parvenir cette fois, et au détriment des USA que l’on chercherait à “isoler”, voilà qui passe tous les précédents et rend compte de l’extraordinaire situation existant actuellement dans les relations internationales.

Tout cela ne constitue évidemment et en aucune façon une prévision, mais que la chose puisse être envisagée et souhaitée, et en plus dans le chef des Allemands contre les USA, c’est déjà un événement politique qui sort du commun. Il s’agit en plus du même événement qui est soumis à la même ambiguïté due à la position de Trump et à la situation de “Second Civil War” aux USA, déjà évoqué à propos de l’invitation de Macron, acceptée par Trump, pour le défilé du 14 juillet ; dans le citation qui suit, il suffit de remplacer le verbe “inviter” par l’expression “s’opposer à”...

« [E]n invitant Trump, qui invitez-vous ? Le président des USA lui-même, c’est-à-dire le représentant de cette puissance sur laquelle on vous accusera évidemment de vous aligner, sinon de vous soumettre ? Ou bien, l’homme que le Deep State, cette entité maîtresse incontestée de la ligne atlantiste et globaliste, et de la politiqueSystème, essaie à tout prix d’abattre ? Dans ce second cas, vous accueillez un rebelle et vous affirmez votre indépendance vis-à-vis du Deep State, rien de moins... »

Ce rappel permet, pour ajouter un zeste de suspens, de se demander où Macron va se situer dans cette intéressante réunion, entre l’allié privilégié et pratiquement devenue tutélaire sous l’empire du volcanique Hollande, et d'autre part l’invité du 14 juillet sur les Champs-Elysées. Va-t-il lui-même, Macron, se ranger parmi les anti-Trump rameutés par Merkel ou bien jouera-t-il le rôle du voltigeur glorieux, cherchant “en toute indépendance” l’élaboration d’un compromis entre Trump-le-pestiféré et le reste de la bande ?


Quoi qu’il en soit, ce sommet du G20, dont on sait que l’origine est de nature économique, même s’il embrasse toujours des matières économiques, sera l’un des sommets les plus politiques et même les politisés qu’on puisse imaginer aujourd’hui. Il reflète l’état à la fois extraordinairement incertain, extraordinairement ambigu et extraordinairement explosif des relations internationales, particulièrement entre les gentils alliés du boc-BAO. Ce qu’il met déjà en évidence, c’est que les principaux adversaires, – principalement l’Allemagne et les USA, – sont suffisamment soucieux de leurs situations intérieures pour n’avoir aucunement l’ambition de prendre en charge une fonction de leadership qui obligerait l’un ou l’autre à la recherche d’un compromis où il devrait céder du terrain. Comme c’est désormais le cas, l’humeur et la communication la plus expéditive (tweets & Cie) tendent à prendre le pas sur le reste : la détestation qui existe entre Merkel et Trump est un facteur qui, bien qu’il paraîtrait dérisoire en temps normal, joue désormais un rôle considérable dans les affaires internationales. La postmodernité joue désormais à plein et les grandes règles qui ont gouverné le monde durant deux tiers de siècle, y compris l’alignement aveugle et asservi sur les USA, sont désormais l’objet de contestation sans la moindre vergogne.

Le simulacre de Washington D.C. qui entretient le simulacre de nos propres jugements

“ Ce qui se passe aux USA est quelque chose qui n’a jamais été approché dans quelque circonstance que ce soit du point de vue du désord...