lundi 26 juin 2017

Réforme du code du travail: il faut s’opposer à Macron pour récupérer notre possibilité de choix et d’élaboration


« La question du travail est une question de société, de civilisation, elle n’appartient à personne, pas plus à une clique politique qu’à un syndicat. Cette question n’est pas redevable d’un traitement par oukases ou diktats venus d’ailleurs; d’Allemagne par exemple () …il faut mettre en place des solutions conformes à notre culture et à nos rapports sociaux. Il faut que la valeur des produits se transmette à la valeur des facteurs de production, si cela ne se fait pas, si le prix des facteurs n’est pas un prix de « clearing », un prix d’équilibre, c’est le rationnement, la file d’attente à l’ANPE. Cet impératif est incontournable ( ) Voilà pourquoi il faut s’opposer aux tentatives de Macron, de Merkel et de Schauble. Il faut le faire pour récupérer notre possibilité de choix et d’élaboration. Trouver notre optimum nous-même » écrit Bruno Berthez avant de proposer un choix tactique pour y parvenir et que je vous laisse découvrir en lisant son article ci-dessous.

Je profite de l’occasion pour mettre également en lien l’article le plus consulté de mon site : « France : Loi travail, "Hollande est engagé dans un combat pour la candidature à la présidentielle en 2017"

Bonne lecture

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De la grève générale civique au combat citoyen


Par Bruno Berthez, le 23 juin 2017


https://brunobertez.com/2017/06/23/de-la-greve-generale-civique-au-combat-citoyen/

Je vous livre à nouveau ce texte de Mélenchon car il me parait fondamental. Fondamental en ce sens qu’il marque le début d’une période nouvelle dans notre pays. 

La question des élections qui viennent de se tenir est toute entière la question de la légitimité qu’elles confèrent  ou celle de leur absence de légitimité. Les démissions des alliés de Macron ajoutent encore aux questions que l’on peut se poser sur la « majorité » qui a été recueillie. Y a t- il eu vice du consentement, manoeuvres dolosives comme on dit  en droit? Si oui, pour quoi faire? Pour quel objectif? La réponse s’impose d’elle même:  pour procéder à des réformes dont tout le monde sait que les Français, en la forme actuelle, ne veulent pas.

Cette période nouvelle est celle d’une résistance affirmée, délibérée à des changements non souhaités par le peuple, mais imposés de l’extérieur. Les réformes dont il s’agit viennent à la fois d’en haut et d’ailleurs. Elles ne correspondent à aucun besoin exprimé par la société civile, pas plus celles qui concernent la réglementation du travail que celles qui visent à réduire les libertés au nom de la sécurité. Je ne m’intéresse ici qu’à l’aspect réforme de la réglementation du travail.

Personne ne doute du bien fondé d’améliorer la réglementation du travail, non là n’est pas la question, il faut la revoir et  même la bouleverser. Elle  est fondée sur une conception des rapports entre  l’employeur et le salarié qui ne sont plus de notre époque. 

Notre code est inadapté à la vie économique marquée par la prééminence des échanges intérieurs et extérieurs, par la concurrence et la nécessité, de se donner les moyens de produire efficacement. Le code du travail organise les rigidités au profit apparent des salariés. Il repose sur la dissymétrie contractuelle, il ne tient pas compte de cette réalité qui est que le chef d’entreprise n’est qu’un intermédiaire entre le marché qui dicte ses lois et le personnel qui les exécute. Le chef d’entreprise  n’est pas le maître, il n’est pas tout puissant, il est le gestionnaire des contraintes, même quand il a une forte personnalité.  

On a accepté  un monde nouveau dans lequel la Valeur de toute chose, biens et services, est fluctuante, incertaine, déterminée, fixée  ailleurs, peut être en Chine, en Inde mais ou le prix du facteur le plus important qui sert à la production est bloqué, héritier de conditions qui ont maintenant disparu.
Le système français met du fixe sur du variable, il empêche l’adaptation et c’est cette particularité qui est à la racine du sous-emploi, et de l’inadéquation de nos grilles de rémunération.  Le chef d’entreprise est coincé entre un marché des produits qu’il fabrique et un non-marché du travail. Il est asphyxié entre les conditions économiques fluctuantes , incertaines et la fixité des charges. 

Tout cela a une origine  et peut être même une raison logique d’être qui se trouvent  dans l’histoire comme l’esclavage et dans l’analyse marxiste de l’exploitation. Ce sont des débats passionnants; il faut d’ailleurs les mener sérieusement maintenant que de nouveaux problèmes se posent avec la robotisation, la raréfaction apparente des emplois et les progrès des processus, mais en attendant il faut bien faire tourner la machine. On a tiré le vin de la globalisation, celui de l’européisation et maintenant il faut le boire.
Le boire cela veut dire, puisque l’on a accepté les causes de la mutation de la Valeur, puisqu’on a accepté le relativisme généralisé et tué les invariants, cela veut dire qu’il faut en accepter les effets. Ou plutôt en organiser les effets de façon civilisée. 

La question du travail est une question de société, de civilisation, elle n’appartient à personne, pas plus à une clique politique qu’à un syndicat. Cette question n’est pas redevable d’un traitement par oukases ou diktats venus d’ailleurs; d’Allemagne par exemple. Le modèle allemand n’est pas le nôtre malgré la tentation ancienne qui habite certains acteurs économiques et politiques. 

C’est de l’adaptation de la France qu’il s’agit, pas de celle des pays du Nord.  Leurs solutions ne sont pas les nôtres. Leur rapport à l’autorité, à la loi, aux règles ne sont  pas les nôtres. Il faut que tout suive, que toute la chaîne de production soit elle-même assouplie ou alors que l’on sorte du marché mondial et européen.  Mais il faut mettre en place des solutions conformes à notre culture et à nos rapports sociaux. Il faut que la valeur des produits se transmette à la valeur des facteurs de production, si cela ne se fait pas, si le prix des facteurs n’est pas un prix de « clearing », un prix d’équilibre, c’est le rationnement, la file d’attente à l’ANPE. Cet impératif est incontournable.

La complexité des problèmes à résoudre est telle qu’aucune intelligence n’est capable d’élaborer une solution, il n’y a pas de recette toute faite, pas d’imitation possible, pas d’importation de modèle envisageable.
Voilà pourquoi il faut s’opposer aux tentatives de Macron, de Merkel et de Schauble. Il faut le faire pour récupérer notre possibilité de choix et d’élaboration. Trouver notre optimum nous-même. Marquer notre autonomie, notre capacité à nous déterminer, à trouver des solutions nous-même, celles qui conviennent à ce que nous sommes, pas à  ce qu’ils veulent faire de nous. Réformer ce n’est pas nier le passé, c’est le reconnaître d’abord, en voir les limites ensuite et finalement le dépasser positivement. Il faut remplacer la négation par le dépassement c’est l’enjeu de  la période.

Il va de soi que Mélenchon et son mouvement  doivent et vont jouer un rôle central au cours des prochains mois. Pour la bonne raison qu’il  n’y a rien  d’autre. Ailleurs il n’y a ni chef ni organisation. Ailleurs il n’y a ni  idée ni motivation. 

Soutenir Mélenchon ne signifie absolument pas se rallier à ses idées, à son étatisme, à son universalisme, en un mot à son idéologie.  Non cela veut dire que l’on reconnait qu’il a un potentiel de cristallisation de l’opposition.
La France Insoumise à un potentiel de négativité   considérable qu’il sera peut être opportun de chevaucher, avec vigilance et prudence,  malheureusement  ce sera  faute d’alternative. Il n’y a aucun paradoxe à faire un bout de chemin avec des gens dont on récuse les fins: il y a un intérêt commun à refuser la voie actuelle, car c’est celle de la soumission qui engage dans un processus total, vers une certaine construction européenne. Celle de l’approfondissement de l’Europe non démocratique. Après il sera temps d’aviser.

De la grève générale civique au combat citoyen

Le dimanche 18 juin 2017, Jean-Luc Mélenchon prenait la parole au soir du second tour des élections législatives. Il a expliqué que l’abstention avait « une signification politique offensive » et qu’elle était un véritable « grève générale civique ». Jean-Luc Mélenchon a appelé à transformer cette « énergie disponible » pour faire la révolution citoyenne. Il a dit que le gouvernement Macron n’avait pas la légitimité pour faire le « coup d’État social » qu’il prépare ni pour introduire l’état d’urgence dans le droit commun et a appelé à la tenue de référendums pour trancher sur ces questions. Il a également affirmé que « pas un mètre du droit social ne serait cédé sans lutte ». Jean-Luc Mélenchon a appelé enfin à la formation d’un « nouveau front populaire politique, social et culturel » et a annoncé son élection dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. Voici la retranscription de cette intervention :



Ce soir, nos adversaires dans l’Histoire et dans la société semblent remporter une victoire qui paraît écrasante.

Néanmoins, dans cette ambiance, il y a aussi des bonnes nouvelles. Et même des très bonnes.

La première est que l’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive : notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique dans cette élection, faisant ainsi la démonstration de l’état d’épuisement d’institutions qui prétendent organiser la vie de la société avec un mode de scrutin où une minorité étriquée a tous les pouvoirs. C’est pourquoi je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat avec les mots et dans les formes qui conviendront à la compréhension et aux possibilités de chacun. Pour peu que nous la sollicitions, alors cette force peut se déployer et passer de l’abstention à l’offensive. C’est à cela que nous l’appelons.

La deuxième bonne nouvelle, c’est que pour le faire, le peuple français dispose à l’Assemblée nationale d’un groupe « La France insoumise » cohérent, discipliné, offensif. Et c’est lui, avec tous ceux qui voudront le rejoindre – et qui sont les bienvenus – dans un combat où l’on cherchera toujours à rallier le maximum de ceux qui veulent entrer dans la lutte, c’est lui qui appellera le pays, le moment venu, à la résistance sociale. Et j’informe le nouveau pouvoir que pas un mètre du terrain du droit social ne lui sera cédé sans lutte.

Cette majorité boursoufflée qui est constituée à l’Assemblée nationale n’a pas, à nos yeux, la légitimité – à supposer qu’une quelconque en ait jamais – n’a pas la légitimité pour perpétrer le coup d’État social qui était en prévision. C’est à dire : la destruction de tout l’ordre public social par l’abrogation du code du travail.

Cette majorité n’a pas la légitimité pour transformer le régime des libertés publiques dans le sens restrictif qui est prévu par l’idée de faire passer dans la loi ordinaire les dispositions, pour le coup vraiment extraordinaires, de l’état d’urgence. Non : elle n’en a pas la légitimité.

C’est au contraire la résistance la plus totale qui est légitime dans cette circonstance. Et c’est la raison pour laquelle je dis que le nouveau pouvoir, s’il juge que c’est vraiment la nécessité pour le pays, et que cela est conforme à son intérêt, alors il faut qu’il procède par la voie la plus démocratique qui est en son pouvoir. C’est à dire : que le peuple français soit consulté par référendum pour savoir si oui ou non il veut de ce que cette minorité prétend lui imposer.

Voilà, mesdames et messieurs, mes bien chers amis, la raison pour laquelle je peux dire, sans m’éloigner trop de la conscience aiguë que j’ai de la gravité du moment, mes remerciements pour toutes celles et tous ceux qui ont permis l’élection de tant de nouveaux députés « France insoumise ». Notre mouvement a à peine un an, je le sais bien. Et nous marchons sur des sentiers inconnus de nous. Nous allons donc tâcher d’avancer en ayant toujours à l’esprit d’abord que c’est notre utilité pour les autres qui justifie notre existence.

Je me réjouis de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes, pour certains – et non les moins nombreux – à peine trentenaires, devenir vos porte-parole. La jeune génération est là. Le combat est assuré, en toute hypothèse, de sa pérennité.

Bien sûr, j’ai de la tristesse pour tous ceux qui auront, à la fin de leurs efforts, eu l’unique récompense de toucher de près le but, hélas sans l’atteindre. Ils vont me manquer, je vous le dis.

Mais notre groupe et notre mouvement, fort de ses 500 000 affiliés, est une force immense. Une élection est une élection. Ce qui compte, c’est la permanence, la fermeté des convictions et les formes d’organisation qui les portent. Et bien tout cela, tout cela a été atteint ! Tout cela a réussi !

Le peuple français n’a donné aucune chance aux survivants de l’ancien monde. Et il nous a désignés pour, dorénavant, porter devant le fanal du combat.

J’appelle, comme à l’Assemblée, dans le pays, dans les villes et les campagnes, à la formation partout d’un nouveau front populaire politique, social et culturel, capable de rassembler dans toute leur diversité de méthodes d’action, de pensées, toutes celles et tous ceux qui savent et qui ont compris que le moment de l’Histoire qui se présente devant nous s’écrit avec un grand « H ». Et que nous allons choisir d’une façon ou d’une autre, encore, dans les mois et les années qui viennent, dans quel monde nous voulons vivre, dans quelle société nous voulons vivre. C’est à dire que l’espérance d’un monde des jours heureux reste intacte à la condition que, dorénavant, la force de l’abstention devienne la force de la révolution citoyenne.

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