lundi 2 mai 2016

France: Loi travail et "Panama papers", vers l'hyper libéralisation du capital

G01051622:05 - "Ainsi, le consensus dominant est prompt à jeter l’opprobre (cf Panama papers) sur les discrètes fortunes qui se déplacent pour trouver les conditions fiscales les plus indulgentes ; mais il ne trouve guère à redire quand une multinationale ferme ici une usine dont le «coût de la main d’œuvre» est jugé excessif (d'où la Loi travail), pour la délocaliser là où les salaires, les cotisations, ou les taxes apparaissent plus «compétitifs». Ces «investissements» et «désinvestissements» sont en réalité inhérents au système en place. Moyennant des milliers d’emplois rayés d’un trait de plume. Au nom de la libre circulation des capitaux" explique Pierre Levy, spécialiste des questions européennes, cité par RT France.


Il existe manifestement un lien très clair entre l'affaire des "Panama papers" et la Loi travail discutée actuellement au Parlement dans le sens ou cette Loi doit permettre aux investisseurs - nom politiquement correct pour désigner les spéculateurs et autres tenants du libre échange - de leur facilité la fuite de leurs capitaux à l'étranger en pouvant légalement virer en masse et sans frais leurs salariés en France. 

Il s'agit bien là, avec la Loi travail, de légaliser la fuite des capitaux quand ceux-ci peuvent trouver des terrains plus favorables afin d'optimiser leur rendement - ce qu'il est convenu d'appeler en langage politiquement correct leur compétitivité - "moyennant des milliers d’emplois rayés d’un trait de plume" comme l'analyse l'auteur.

Non seulement, mais cette Loi travail doit être replacée dans le contexte plus large des négociations des traités de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis,TTIP et Tafta. Le Code du travail est, de ce point de vue, un obstacle majeur à ce que nous pourrions nommer l'hyper libre circulation des capitaux, c'est à dire non seulement celle des capitaux purement financiers qui existe déjà, mais aussi celle des capitaux liés à la production, donc au travail des salariés. 

Observons en passant et au sujet du soi-disant méga contrat de vente de sous-marins français à l'Australie qu'il s'agit d'une monumentale manipulation de l'opinion publique en général et des travailleurs en particulier puisque la forme du contrat indique que ces engins de guerre seront fabriqués en Australie, avec transfert de technologie à mesure et, le pire du pire, un engagement de la France pour l'entretien, la formation, le renouvellement et nous en passons et des meilleurs pour ... 50 ans ! 

Dans le monde actuel, s'engager ainsi avec un prix forfaitaire (selon ce que nous avons compris) pour une telle période n'est rien d'autre qu'un marché suicidaire qui sacrifie le moyen et long terme économique pour des avantages politiques à court terme plus que douteux. Il est évident qu'un jour ou l'autre, ce contrat se retournera contre la France, c'est à dire l'Etat qui, à nouveau, comme pour l'affaire des Mistral, se servira de nos impôts pour financer les pénalités que nous imposera l'Australie. 

Mais ce contrat est aussi une illustration de la manière dont nos dirigeants ne se contentent même plus de faciliter les délocalisations des entreprises pour les raisons développées plus haut. Cette fois-ci, c'est le trésor intellectuel français, notre savoir-faire résultant de dizaines d'années d'investissement dans la recherche et ses applications que nos dirigeants bradent à l'étranger et qui fait que demain, c'est l'Australie qui vendra des sous-marins de technologie française et des tiers, y compris à des pays potentiellement ennemis. Tout ce qui compte pour le pouvoir actuel, c'est seulement de pouvoir annoncer un méga-contrat dans le cadre de la pré-campagne de 2017.
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Contre le projet El Khomri, le 1er mai doit s’appuyer sur la souveraineté

Par Pierre Levy pour RT France, le 1er Mai 2016

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 1er Mai 2016


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Analyse de l'importance du 1er mai, journée dédiée aux travailleurs, par le spécialiste des questions européennes Pierre Lévy.
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Spécialiste des questions européennes, Pierre Lévy dirige la rédaction du mensuel Ruptures. Précédemment, il a été journaliste au sein du quotidien L’Humanité, ingénieur et syndicaliste. Il est l’auteur de deux essais et un roman.
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Cette année encore, de nombreux pays connaîtront un temps fort de mobilisation sociale à l’occasion du 1er mai. Une date qui marque la Journée internationale des travailleurs, dont l’origine a partie liée avec l’exigence, à la fin du XIXème siècle, de porter à huit heures le temps de travail quotidien.
C’est en juillet 1889 que la IIème Internationale décide d’en faire un jour de manifestation
C’est en juillet 1889 que la IIème Internationale décide d’en faire un jour de manifestation en ce sens. Dès 1890, l’événement connaîtra un réel succès, pas seulement en Europe. Le 1er mai 1891 sera dramatique en France : lors d’une manifestation organisée dans la ville industrielle de Fourmies (Nord), la troupe tire sur les grévistes pacifiques. Neuf d’entre eux sont tués; huit avaient moins de vingt et un ans.
L’histoire mondiale du 1er mai ne cessera de connaître ensuite des affrontements entre ceux qui ne vivent que de leur travail, et ceux qui possèdent les usines, les mines, les capitaux.
En 1920, l’URSS est le premier Etat au monde qui proclame la journée fériée
En 1920, l’URSS est le premier Etat au monde qui proclame la journée fériée, et en fait la fête légale des travailleurs. A l’époque, ce pays est en butte au blocus et aux agressions armées des puissances occidentales, qui rêvaient de faire tomber le jeune pouvoir bolchévique. Durant sept décennies, ces dernières n’ont en réalité jamais cessé de poursuivre cet objectif.
En 1991, la disparition de l’URSS constitua probablement le coup le plus rude jamais porté au mouvement ouvrier international
En 1991, la disparition de l’URSS constitua probablement le coup le plus rude jamais porté au mouvement ouvrier international. Car l’existence et le poids du «camp socialiste» ont durablement constitué un facteur déterminant dans les rapports de force face aux patronats des différents pays de l’Ouest – en Allemagne en particulier.
Le début des années 1990 a donc marqué le véritable lancement de ce qu’il est convenu de nommer la mondialisation 
Le début des années 1990 a donc marqué le véritable lancement de ce qu’il est convenu de nommer la mondialisation : les capitaux privés récupérèrent alors comme terrain de jeu une vaste zone du monde où leur rentabilité maximum n’était pas jusqu’alors la règle économique fondamentale. A partir de cette date, la libre circulation des capitaux allait progressivement s’imposer comme horizon réputé indépassable de la «modernité».
le scandale des «Panama Papers», n’est en réalité que la minuscule partie émergée d’un immense iceberg non seulement licite, mais qui fonde même l’actuelle économie mondiale
C’est – accessoirement – à cette lumière qu’il faut comprendre le scandale récent des «Panama Papers», autrement dit les révélations d’évasion fiscale au niveau planétaire. Car cette évasion, aux lisières du légal et de l’illégal, n’est en réalité que la minuscule partie émergée d’un immense iceberg non seulement licite, mais qui fonde même l’actuelle économie mondiale.

Ainsi, le consensus dominant est prompt à jeter l’opprobre sur les discrètes fortunes qui se déplacent pour trouver les conditions fiscales les plus indulgentes ; mais il ne trouve guère à redire quand une multinationale ferme ici une usine dont le «coût de la main d’œuvre» est jugé excessif, pour la délocaliser là où les salaires, les cotisations, ou les taxes apparaissent plus «compétitifs». Ces «investissements» et «désinvestissements» sont en réalité inhérents au système en place. Moyennant des milliers d’emplois rayés d’un trait de plume. Au nom de la libre circulation des capitaux.
les véritables responsables : les dirigeants européen [...] et l’UE
La loi dite El Khomri ne pourra être retirée que si les centaines de milliers de manifestants pointent les véritables responsables : les dirigeants européen [...] et l’UE
stigmatiser les «abus» vise en réalité à innocenter le système lui-même
Cette liberté de circulation est aussi logiquement le fondement de l’Union européenne, explicitement affirmé dès le traité de Rome. Dans cette perspective, on comprend mieux l’intérêt que la classe politico-médiatique entend tirer de l’indignation que suscitent les révélations panaméennes : stigmatiser les «abus» vise en réalité à innocenter le système lui-même ; vilipender les «dérives» justifie les plaidoyers en faveur de «régulations» – et évite donc de mettre en cause sa nature. Ainsi artificiellement séparée des «mauvaises pratiques», la mondialisation sort blanchie – si l’on ose dire – des accusations ontologiques qu’on est fondé à porter contre elle.
(un) Etat qui s’appuie sur une volonté populaire qui lui apporte force et légitimité – cela s’appelle la souveraineté
La liberté de circulation a été établie par des décisions politiques concertées au sein des «élites mondialisées», et juridiquement imposée en Europe par l’UE. Elle peut donc être défaite par des décisions politiques inverses. Mais un tel renversement ne peut être imposé qu’au niveau de chaque Etat, et pour peu que ledit Etat s’appuie sur une volonté populaire qui lui apporte force et légitimité – cela s’appelle la souveraineté.
Une souveraineté sans laquelle aucune régression sociale ne peut être empêchée, sans laquelle aucun progrès social ne peut être arraché
Une souveraineté sans laquelle aucune régression sociale ne peut être empêchée, sans laquelle aucun progrès social ne peut être arraché. C’est l’enjeu du 1er mai 2016 en France : la loi dite El Khomri – conçue pour faciliter les licenciements et déroger aux garanties collectives via des accords locaux au rabais – ne pourra être retirée que si les centaines de milliers de manifestants pointent les véritables responsables : les dirigeants européens qui fixent collectivement les orientations, et l’UE, qui joue en quelque sorte le rôle de chef d’orchestre.
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Jérusalem : un soi-disant plan de paix saoudien a fait naître la certitude d'un axe entre Israël, les États-Unis et l'Arabie saoudite.

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