mercredi 20 janvier 2016

UE: vers une Europe multi-polaire?

F200116

20:40 -
"L'Europe sera populaire le jour où elle aura une vraie politique extérieure, et un contrôle des frontières. Mais on ne peut pas y arriver à 28: nous avons peut-être besoin de proposer une coalition avec la dizaine de pays qui veut aller plus loin et avancer sur ces questions essentielles, quitte à laisser s'installer une Europe à plusieurs vitesses ou plusieurs centres, plus différenciée" rapporte Le Figaro citant Henrik Uterwedde.
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«La crise des migrants pourrait coûter cher à Angela Merkel»

Par Henrik Uterwedde pour Le Figaro, le 20 Janvier 2016

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 20 Janvier 2016


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Le Président de la République Fédérale Allemande Joachim Gauck est intervenu pour demander un réajustement de la politique d'Angela Merkel. Le décryptage d'Henrik Uterwedde.
FIGAROVOX/ANALYSE - Le Président de la République allemand Joachim Gauck a critiqué la politique d'Angela Merkel concernant les migrants. Le fait que le Président intervienne directement dans le débat politique est-il exceptionnel?
un débordement et une impuissance politique des pouvoirs publics 
Henrik Uterwedde - C'est exceptionnel qu'il intervienne directement sur une question politique brûlante. Il a coutume de s'exprimer occasionnellement sur les grandes lignes, mais sans s'immiscer dans la politique quotidienne. Le fait qu'il intervienne, en se faisant le porte-parole de l'inquiétude d'une grande partie des Allemands est donc inhabituel, et s'ajoute à la grogne perceptible au sein de la CDU (le parti d'Angela Merkel), de la CSU (son «parti-frère» bavarois), et même au sein du SPD (les Sociaux-Démocrates), dont l'électorat tient aussi à l'ordre et craint un débordement et une impuissance politique des pouvoirs publics dans la gestion du dossier des migrants.
Merkel semble rester de marbre et ne donne aucun signe de compréhension
Ce qui nous étonne, en tant que citoyens, c'est qu'Angela Merkel semble rester de marbre et ne donne aucun signe de compréhension. C'est d'autant plus dangereux qu'auparavant, ce silence ne touchait que des extrémistes et des populistes, mais que maintenant il touche le cœur de la société allemande, le citoyen lambda, l'électeur centriste. Les gens de bonne volonté qui s'investissent beaucoup dans l'aide à l'intégration du million de gens qui sont arrivés dans la société allemande, et qui n'ont rien à voir avec les extrémistes, sont eux-mêmes atteints.
 incertitude concernant un possible autre million de réfugiés à accueillir
Ils ont déjà fort à faire, mais ils craignent que le gouvernement allemand soit incapable de maîtriser la situation, et sont dans l'incertitude concernant un possible autre million de réfugiés à accueillir. L'inquiétude dépasse donc les partis. On attend un signal de la chancelière qui, jusqu'à maintenant, n'est pas venu.

FIGAROVOX/ANALYSE - Cette inquiétude révèle-t-elle un changement de l'opinion publique allemande concernant la question des migrants? Angela Merkel a-t-elle perdu la confiance des Allemands depuis les événements de Cologne?
l'espoir qu'elle finira par comprendre et par prendre des mesures
Henrik Uterwedde - Il y a une perte de confiance visible dans les sondages. Cela dit, elle garde tout de même un capital confiance de 32,5%. Mais elle doit faire attention. On a toujours l'espoir qu'elle finira par comprendre et par prendre des mesures. On parle de refouler de manière plus systématique les ressortissants de pays considérés comme «sûrs», qui n'ont pas le droit à l'asile, tout en continuant à accueillir ceux qui sont dans un réel besoin. On parle déjà aussi de renvoyer des gens qui se présentent à la frontière sans passeport ou autres papiers. Il y a donc un raidissement de la politique: plus de contrôles, et réduction du nombre de personnes accueillies.
A Cologne, la police était présente, mais totalement impuissante
À Cologne, il y a encore un autre problème. Pour commencer, Cologne donne lieu à tous les fantasmes concernant le «choc des cultures». Mais le pire, c'est que devant un millier de jeunes gens commettant des actes criminels sur des femmes, les agressant sexuellement, la police était présente, mais totalement impuissante et incapable de les aider. Et à partir du moment où la population a l'impression, comme parfois en France, que l'État est impuissant dans ses fonctions régaliennes: maintenir l'ordre, faire respecter les règles, mais aussi contrôler les frontières, il y a de quoi s'inquiéter. Là, je pense que cela peut ouvrir les vannes. Et il y a urgence électorale, puisque nous aurons en mars des élections régionales très importantes.
Elle doit maintenant prouver rapidement qu'elle est capable
Tout cela risque de coûter cher à Angela Merkel et à la CDU, mais aussi au SPD, puisque le parti populiste (AfD) est maintenant à 10%, et risque de grimper encore si rien n'est fait, alors que c'est un parti purement protestataire qui ne propose rien, et ne fait qu'exciter les peurs des Allemands. Ça ne ferait pas avancer l'Allemagne, d'où l'appel insistant de Joachim Gauck: «s'il vous plaît, faites quelques chose!». Angela Merkel doit maintenant avoir des résultats. Parce que les résultats actuels sont les suivants: un million de réfugiés l'année dernière. Or, si les pronostics pour les mois qui viennent sont ceux d'un rythme identique à 2015, ce sera une catastrophe. Elle doit maintenant prouver rapidement qu'elle est capable de réguler les arrivées.
Le cœur du problème, c'est la capacité ou non de réduire le nombre d'arrivants
Après Cologne, la police et les autorités sont alertées, et feront tout pour que cela ne se reproduise pas. Cologne a peut-être été un déclencheur, mais on peut maîtriser ce genre d'événements, moyennant suffisamment d'agents de police, et plus et de fermeté. Le cœur du problème, c'est la capacité ou non de réduire le nombre d'arrivants.

FIGAROVOX/ANALYSE - Angela Merkel peut-elle revenir en arrière, après l'intervention de Joachim Gauck?
Elle ne peut pas faire marche arrière brutalement, ni reconnaître qu'elle s'est trompée
Henrik Uterwedde - Elle ne peut pas faire marche arrière brutalement, ni reconnaître qu'elle s'est trompée, mais il y a toujours des moyens de recentrer sa politique. Elle peut dire qu'elle a agi dans une situation très tendue, face à des gens en détresse, et qu'elle a ouvert les frontières dans un geste humanitaire reconnu par tout le monde, mais que, dans l'intérêt même des gens accueillis par l'Allemagne, il faut maintenant ne pas surcharger la barque. Elle a besoin de changer sa politique, et elle pourrait le faire sans perdre la face. Faute de solutions au niveau européen, il y a des voix en Allemagne, et pas seulement à la CDU, qui disent qu'il faudra peut-être passer à des contrôles nationaux.

Je pense que l'Allemagne ne pourra pas se passer de ces mesures nationales, ne serait-ce que temporaires, qui sont d'ailleurs compatibles avec les lois de Schengen, vu la carence de l'Europe et la politique d'autres pays comme le Danemark, la Suède et l'Autriche.
passer par des mesures plus répressives, sans perdre la face
Pour l'instant, la doxa du gouvernement ne le dit pas ouvertement. Jean-Claude Juncker et son entourage disent «Attention, ce serait la mort de Schengen», mais c'est un peu abstrait. La poudrière est en Allemagne, et il y a urgence. La grande question est de savoir si Angela Merkel trouvera le moyen de reprendre en main le dossier avec son gouvernement, et de passer par des mesures plus répressives, sans perdre la face. Les prochaines semaines seront décisives pour elle et son gouvernement. L'opinion n'a pas encore basculé, elle est à «cinquante-cinquante». Il y a encore un grand nombre d'Allemands qui voient la nécessité de cette politique d'accueil, qui ont beaucoup de bonne volonté et qui s'occupent des familles en détresse. Mais il y a aussi ceux qui disent qu'on ne peut pas accueillir de réfugiés supplémentaires.

Le problème, c'est qu'Angela Merkel s'en était remise à l'Europe pour protéger les frontières, mais que comme nous le savons, nous n'aurons pas de police des frontières européenne fonctionnelle du jour au lendemain. Ça peut prendre des mois, peut-être un an… Et elle n'a pas tout ce temps!

FIGAROVOX/ANALYSE - L'Union Européenne est-elle menacée par cet afflux de migrants?
état très fragile de l'Union Européenne
Henrik Uterwedde - Cette affaire montre en tous cas encore une fois de plus l'état très fragile de l'Union Européenne, indépendamment du fait que certains pays accusent Merkel de la responsabilité de ce problème et estiment que c'est à elle de le régler. C'est notamment la position hongroise. Mais ce n'est pas vrai. Les réfugiés sont arrivés sur les côtes siciliennes et grecques bien avant le discours de Merkel en juillet. Je trouve honteuse la façon dont se comportent certains pays, qui sont toujours là quand il y a quelque chose à distribuer, mais ont visiblement une autre façon de définir le mot Union de l'Union Européenne: cela implique aussi des charges de solidarité.
La cohésion de l'Europe est en danger
Avec la vague de populisme à travers toute l'Europe (qui n'a rien à voir avec la vague de réfugiés), l'Union Européenne n'est pas en très bon état, et demander un sursaut, une politique des frontières enfin musclée mais qui exige la participation de toute l'Europe, est difficile dans un moment où la tendance est plutôt eu repli et au Brexit. La cohésion de l'Europe est en danger, mais ce n'est pas l'afflux migratoire qui lui donne le coup mortel. La crise de légitimité de l'Europe est plus ancienne, même si le problème des réfugiés n'arrange rien.
besoin d'une refondation de l'Europe
Pour aller plus loin, cette crise montre qu'il y aurait peut-être besoin d'une refondation de l'Europe. C'est une piste à explorer. On voit bien qu'on a besoin de l'Union Européenne dans les fonctions régaliennes: protéger les Européens d'agressions extérieures, protéger les frontières européennes, en d'autres termes: faire ce que chaque État ne peut pas faire seul efficacement. L'Europe sera populaire le jour où elle aura une vraie politique extérieure, et un contrôle des frontières. Il faudrait peut-être la concentrer sur les questions vitales.
installer une Europe à plusieurs vitesses ou plusieurs centres
Mais on ne peut pas y arriver à 28: nous avons peut-être besoin de proposer une coalition avec la dizaine de pays qui veut aller plus loin et avancer sur ces questions essentielles, quitte à laisser s'installer une Europe à plusieurs vitesses ou plusieurs centres, plus différenciée. Mais pour l'instant nous sommes dans l'urgence des migrants. Ensuite il faudra régler la question du Brexit. Après, nous verrons, mais j'insiste sur le fait que cette dernière question ne se pose pas dans l'immédiat.
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