mardi 24 novembre 2015

France: pour un examen complet des brèches qui ont laissé passer des djihadistes dûment répertoriés

D241115

19:20 -
"Pour faire face au péril actuel, et se préparer aux suivants, un examen complet des brèches qui ont laissé passer des djihadistes dûment répertoriés pourrait être bien plus pertinent que des réactions dictées par l'urgence des circonstances d'autant plus que certaines restrictions des libertés ne peuvent être tolérées que sur une très brève période de temps" estime dans son Editorial Jérôme Fenoglio, Directeur du "Monde".

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Après les attentats, échapper au climat d’urgence 

Edito par Jérôme Fenoglio (Directeur du "Monde") pour Le Monde, le 24 Novembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 24 Novembre 2015 
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Depuis la tragique soirée du vendredi 13 novembre, et pour des mois désormais, la France vit dans un état d’urgence voté par la quasi-totalité de ses députés et soutenu par une écrasante majorité de ses citoyens.
 Cette situation d’exception peut être momentanément justifiée
Cette situation d’exception peut être momentanément justifiée par le danger imminent de nouvelles attaques. Cette unanimité traduit le mélange d’effroi et de colère ressenti par des Français aussi choqués, au sortir de cette année 2015 ouverte par les tueries de janvier, que le furent les Américains au lendemain du 11-Septembre.
  W. Bush  s’était ensuite fourvoyé sur un chemin pavé d’erreurs et de mensonges
Entre les deux pays, entre les deux époques, les similitudes sont nombreuses et certains risques communs. Soutenu par le monde occidental, George W. Bush s’était à juste titre attaqué au sanctuaire terroriste de l’Afghanistan et des talibans. Mais il s’était ensuite fourvoyé sur un chemin pavé d’erreurs et de mensonges, de guerres, de recours à la torture, de reniements de l’Etat de droit et de renoncements à certaines libertés.
 Ces fautes expliquent en grande partie la situation dont nous héritons
Ces fautes, notamment en Irak, conduisirent à une série de désastres, expliquant en grande partie la situation dont nous héritons.
 recherche et traitement des causes profondes de ce conflit
La France peut éviter de tels errements. A une condition principale, qui n’a plus été remplie depuis des lustres : échapper à l’urgence, sortir de la réaction dictée par les circonstances, pour reconstruire, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, une stratégie de prévention des risques et donc de recherche et de traitement des causes profondes de ce conflit.
 Certaines restrictions des libertés ne peuvent être tolérées que sur une très brève période de temps
De ce point de vue, le tournant sécuritaire engagé par le président de la République n’est pas des plus rassurants, du moins dans sa durée. Certaines restrictions des libertés ne peuvent être tolérées que sur une très brève période de temps. Les perquisitions administratives, en particulier, ne doivent pas devenir un moyen de s’affranchir de la procédure pénale. Mais le plus inquiétant réside dans la volonté présidentielle de réviser la Constitution pour y inscrire le principe de l’état d’urgence. Cela reviendrait à institutionnaliser l’urgence au lieu de mettre en place les moyens d’y échapper, au lieu de limiter au maximum ces périodes de réaction au plus grand danger.
un examen complet des brèches qui ont laissé passer des djihadistes dûment répertoriés
Pour faire face au péril actuel, et se préparer aux suivants, bien plus pertinent pourrait être un examen complet des brèches qui ont laissé passer des djihadistes dûment répertoriés, qui ont empêché les services de renseignement de prévenir des attaques pourtant jugées inéluctables. 
  • Manquent-ils encore de moyens ? 
  • Sont-ils mal organisés ? 
  • Ont-ils, à tort, délaissé le renseignement humain pour se noyer dans les données de la surveillance généralisée ?
  le contre-pouvoir parlementaire est plus indispensable que jamais
Pour obtenir des réponses et reconstituer des capacités de prévention, les députés, qui ont voté la loi renseignement, devraient se saisir de ce dossier en formant une commission d’enquête. Comme l’avaient fait, après le 11-Septembre, leurs homologues américains. Et parce que, dans une situation d’état d’urgence, le contre-pouvoir parlementaire est plus indispensable que jamais.
les bombardements sur l’EI ne constituent qu’une partie de la réponse
Refuser l’urgence comme seule réponse, c’est aussi examiner en profondeur les racines du « djihadisme français », ou comment des centaines de jeunes hommes et femmes ont choisi, délibérément, de rejoindre les rangs de l’Etat islamique. Dans ces colonnes, Olivier Roy parle de « révolte générationnelle et nihiliste » pour décrire l’engagement de ces jeunes radicalisés et considère qu’il s’agit, non pas de « la radicalisation de l’islam mais de l’islamisation de la radicalité ». La France fournit plus du tiers des djihadistes européens en Syrie. Quel que soit leur impact, les bombardements sur l’EI ne constituent donc qu’une partie de la réponse.
  réévaluer une tactique invalidée par les faits depuis longtemps
Sur le théâtre extérieur, la stratégie de Hollande chef de guerre a, elle aussi, été contaminée par l’urgence. Les attentats du 13 novembre ont fait sauter tous les principes établis depuis trois ans : le « ni Assad ni EI » comme la défiance à l’égard de la Russie. Comme s’il avait fallu attendre les tueries de Paris pour réévaluer une tactique invalidée par les faits depuis longtemps.
 clarifier nos relations avec les acteurs régionaux
La France participe, à raison, à la coalition contre l’Etat islamique. Mais les frappes ne suffiront pas pour briser l’EI. Une intervention occidentale au sol n’est pas non plus souhaitable. Il faudra bien que des forces locales se déploient et pour cela clarifier nos relations avec les acteurs régionaux.
 Au Proche-Orient, la France devra reconsidérer l’ensemble de ses alliances
Au Proche-Orient, pour construire une vraie stratégie de long terme, la France devra reconsidérer l’ensemble de ses alliances, devenues, ces derniers temps, passablement illisibles. Et se poser notamment la question de sa relation privilégiée avec l’Arabie saoudite, si riche et si proche, par son fondamentalisme religieux, des mouvements les plus radicaux de l’islam sunnite. La sortie de l’urgence est au prix de quelques révisions douloureuses.
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L’Iran reconnaît implicitement Israël et réduit quasiment à rien le principal argument anti-iranien d’Israël

« Les pays musulmans ont décidé d’affirmer collectivement… leur reconnaissance de Jérusalem-Est comme capitale de l’État de la Palestine...