€CALYPSE NEWS

jeudi 1 octobre 2015

France: crise agricole, "le scénario le plus probable est donc celui d’un déclin de l’élevage français"

B011015

18:30 -
"Les marchés émergents montrant peu d’intérêt pour la qualité, le coût de production est donc la variable stratégique du succès sur les marchés internationaux, le scénario le plus probable est donc celui d’un déclin de l’élevage français, avec des faillites nombreuses dans toutes les filières" rapporte Le Monde citant Pierre-André Buigues (Professeur d’économie à Toulouse Business School (Université de Toulouse) et ancien conseiller économique de la Commission Européenne).

~~~~~~~~~~~~
Pourquoi l’élevage français perd pied ?  
Par Pierre-André Buigues (Professeur d’économie à Toulouse Business School (Université de Toulouse) et ancien conseiller économique de la Commission Européenne) pour Le Monde, le 1er Septembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 1er Septembre 2015 
________***__________ 
La part de marché mondiale de la filière viande française est passée de 8 % en 2002 à 5 % en 2012, tandis que l’Allemagne gagnait des parts de marché. Dans la volaille, le porc ou le bovin, l’élevage français perd pied, ce qui montre bien le caractère structurel de ce déclin, tout comme pour l’ensemble de l’agroalimentaire.
  en Allemagne  l’emploi y a augmenté de 0,9 % alors qu’il a baissé de 0,8 % en France
Entre 2005 et 2010, la production agroalimentaire a augmenté en Allemagne de 1,2 % par an en moyenne annuelle, contre seulement 0,4 % en France ; et l’emploi y a augmenté de 0,9 % alors qu’il a baissé de 0,8 % en France sur la même période.
Toutes les composantes de la filière sont touchées
Toutes les composantes de la filière sont touchées. La volaille, dont le commerce international est le plus important en volume, connaît une forte augmentation de la demande mondiale. L’Allemagne, qui produisait 550 000 tonnes de poulets de moins que la France en 2000, en produit plus depuis 2012. 
Les élevages français de poulet sont beaucoup plus nombreux et de plus petite taille : il y en a plus de 8 000 en France, contre 1 000 environ en Allemagne. Entre 2000 et 2012, la production porcine française a baissé de 3 % alors que la production porcine allemande a progressé de 28 %. L’Allemagne est le premier exportateur européen de porc.
50 000 porcs abattus par semaine
Les abattoirs allemands dépassent souvent 50 000 porcs abattus par semaine, quand les abattoirs français sont généralement vétustes et investissent peu. Dans la viande bovine, la France reste le premier producteur européen, mais la balance commerciale entre la France et l’Allemagne est déficitaire. Il y a en Allemagne plus de 200 unités qui dépassent le millier de têtes quand, en France, les unités de plus de 350 têtes se comptent sur les doigts d’une main.
à l’international, c’est le prix qui est déterminant
Comment expliquer cette forte dégradation ? Contrairement au marché français, où la qualité et les labels (Label rouge, fermier) constituent un avantage compétitif, à l’international, c’est le prix qui est déterminant. Or, l’Allemagne se positionne sur des produits à bas coût et standardisés.
  les marchés émergents montrent peu d’intérêt pour la qualité
La France a une image « gastronome » de produits chers, quand les exportations allemandes sont porteuses d’une image « industrielle » bon marché, ce qui correspond à la demande internationale de viande, portée par les marchés émergents qui montrent peu d’intérêt pour la qualité. Le coût de production est donc la variable stratégique du succès sur les marchés internationaux.
le coût du travail est plus élevé en France et la taille des élevages plus faible
Or, le coût du travail est plus élevé en France et la taille des élevages plus faible. Le coût de la main-d’œuvre est un des principaux postes de dépense dans l’industrie de la viande. Dans les coûts d’abattage et de découpe, il y aurait un surcoût de neuf centimes en moyenne par kilo pour les bovins et de cinq centimes par kilo de porc entre la France et l’Allemagne. La taille permet aussi des économies d’échelle, et donc des coûts de production plus bas.
L’Europe agricole est un espace de concurrence par les prix et la compétitivité
L’Europe agricole n’est plus un espace régulé par la politique agricole commune, mais un espace de concurrence par les prix et la compétitivité. L’élevage français n’a plus le choix. Il n’y a guère que deux options. Soit trouver des débouchés pour une production haut de gamme avec des labels forts à l’exportation, qui permettent à de petites exploitations faisant le choix de la qualité de survivre avec des prix élevés. On peut être sceptique sur ce scénario à court terme, étant donné la nature de la demande mondiale.
dépôt de bilan de nombreux élevages de petite taille et l’acceptation d’un élevage intensif
Soit opérer des restructurations lourdes pour consolider le secteur, ce qui signifie le dépôt de bilan de nombreux élevages de petite taille et l’acceptation d’un élevage intensif. Le procès fait à la « ferme des 1 000 vaches » montre que l’opinion française refuse ce passage à l’industrialisation de l’élevage. L’administration a d’ailleurs limité la taille de la ferme à 500 têtes seulement, ce qui en compromet l’équilibre financier.
le scénario le plus probable est donc celui d’un déclin de l’élevage français
Si les tendances à l’œuvre se poursuivent, le scénario le plus probable est donc celui d’un déclin de l’élevage français, avec des faillites nombreuses dans toutes les filières et une accentuation de la baisse des parts de marché à l’exportation. 

Catalogne : la guerre civile est inévitable si la loi martiale est déclarée

Salvador Dalí,   Construction molle avec haricots bouillis:  Prémonition de la guerre civile , 1936 «  La Catalogne est l...