mercredi 16 septembre 2015

France: accueil des réfugiés, le revirement de l'Allemagne libère les Français de leur mauvaise conscience

F160915

09:00
- " La décision de l'Allemagne de rétablir des contrôles à ses frontières avec l’Autriche, dans un contexte où l’Europe se montre incapable de coordonner l’accueil des réfugiés, pourrait engendrer « une demande accrue de protection » contre les migrants et les réfugiés de la part des Français" estime M. Cann, Directeur des études politiques chez Elabe, cité par Le Monde.

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Les Français restent partagés sur l’accueil des étrangers 

Par Jean-Baptiste de Montvalon pour Le Monde, le 16 Septembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 16 Septembre 2015 
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Les Français restent majoritairement très réticents à l’idée d’accueillir des étrangers sur leur territoire, qu’ils soient migrants économiques ou réfugiés politiques.
 Le repli sur soi et la demande de sécurité et de protection sont des tendances lourdes et anciennes
Le repli sur soi ainsi que la demande de sécurité et de protection sont dans notre pays des tendances lourdes et anciennes, face auxquelles le drame vécu par les centaines de milliers de personnes qui cherchent à gagner les Etats d’Europe occidentale au péril de leur vie ne pèse que d’un poids très relatif.
Une évolution assez notable s’est certes produite au cours de l’été, compte tenu de l’ampleur du phénomène et de son relais par les médias. L’émotion suscitée par les 71 migrants retrouvés morts dans un camion frigorifique au bord d’une autoroute autrichienne, le 27 août et, surtout, par la diffusion massive, le 2 septembre, de la photo du corps du petit Aylan, un enfant syrien de 3 ans échoué sur une plage turque, a sensiblement modifié les avis recueillis dans les sondages.

Selon une enquête de l’IFOP pour le site Atlantico, réalisée par Internet les 3 et 4 septembre auprès de 1 002 personnes, 49 % des Français se disaient favorables à ce que les migrants « soient répartis dans les différents pays d’Europe et à ce que la France en accueille une partie ». Soit treize points de plus que le taux de réponse à une question quasiment identique posée par le même institut entre le 25 juin et le 2 juillet.
les responsables des instituts de sondage ne croient pas à un revirement de l’opinion
Doit-on voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ? Instruits par l’expérience de dizaines d’enquêtes qui ont mis en lumière, depuis des années, les inquiétudes et la méfiance de la population française, les responsables des instituts de sondage ne croient pas à un revirement de l’opinion.
 L’émotion peut jouer, surtout à gauche
« L’émotion peut jouer, surtout à gauche [où les avis favorables à la question précitée ont progressé de vingt points]. Mais les réticences sont très fortes, et les freins extrêmement puissants », note Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP.
avant d’entrouvrir la porte, on songe à la concurrence de l’emploi, du logement puis au risque terroriste

Selon M. Fourquet, les facteurs qui structurent le plus les avis (favorables comme défavorables) à l’accueil des étrangers sont, par ordre d’importance : le degré de qualification présumé des migrants ; le risque – également présumé – en matière de sécurité ; puis, en dernier lieu, leur statut (migrants « économiques », réfugiés ou demandeurs d’asile). Dit autrement : avant d’envisager d’entrouvrir la porte, on songe en premier lieu à la concurrence sur le marché de l’emploi (et du logement), puis au risque terroriste.
 Au pic de l’émotion, la moitié des Français était défavorable à l’accueil des migrants
On retrouve là les données lourdes qui pèsent sur une société minée de longue date par le chômage et en proie à une profonde crise identitaire. Mieux vaut ne pas sous-estimer la moitié vide du verre… « Au pic de l’émotion, la moitié des Français était défavorable à l’accueil des migrants », préfère donc souligner M. Fourquet.
  Une prudence accrue par le revirement de l’Allemagne
Directeur des études politiques chez Elabe, Yves-Marie Cann a lui aussi mesuré l’évolution de l’opinion début septembre. « La publication de la photo [du petit Aylan] et les images de l’Allemagne accueillant les migrants à bras ouverts ont provoqué une prise de conscience… et une mauvaise conscience », explique-t-il.
Deux sondages réalisés par son institut pour BFM-TV – l’un juste avant la diffusion de la photo, l’autre une semaine plus tard – ont ainsi montré « une évolution spectaculaire » : 53 % des 1 001 personnes interrogées les 8 et 9 septembre se disaient favorables à ce que la France accueille « une part de ces migrants et réfugiés sur son territoire », soit neuf points de plus que le taux de réponses positives enregistré les 1er et 2 septembre.

Après avoir commenté à chaud ce « basculement », M. Cann se montre prudent. « Il s’est produit une sorte de sursaut, mais cela n’efface en rien les réticences, la méfiance, les risques perçus sur le plan économique et social vis-à-vis d’une arrivée de migrants et de réfugiés », souligne-t-il. Une prudence accrue par le revirement de l’Allemagne. La décision de ce pays de rétablir des contrôles à ses frontières avec l’Autriche, dans un contexte où l’Europe se montre incapable de coordonner l’accueil des réfugiés, pourrait engendrer « une demande accrue de protection » de la part des Français, estime M. Cann.

Les enquêtes d’opinion reflètent par ailleurs des constantes. Les clivages socioprofessionnels sont toujours aussi marqués sur les questions d’immigration. « Les cadres et professions supérieures, qui vivent une mondialisation heureuse, sont nettement favorables à l’accueil des migrants, alors que les catégories populaires, notamment les ouvriers, y sont hostiles », note M. Cann, qui lie cette hostilité à un « syndrome de la concurrence victimaire ».

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