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mardi 22 mai 2018

Italie, une alliance de circonstance entre opportunistes sans avenir

« Le nouveau gouvernement semble finalement prendre forme en Italie; c’est l’un des plus étranges assemblages que l’on puisse imaginer. Le Mouvement Cinq Etoiles conduit par Luigi Di Maio est incontestablement populiste, mais c’est un populiste de gauche. La Ligue conduite par Matteo Salvini est populiste, mais populiste de droite. Par quel miracle ont-ils pu s’associer? » s’interroge Bruno Bertez dans un Edito du 21 mai 2018 «Editorial. Italie: la guerre est inéluctable, vers le grand sacrifice des Italiens. »

http://cacaou3.blogspot.fr/Note – Après avoir renoncé à quitter l’euro, le nouveau gouvernement italien renonce à annuler 250 milliards de dette publique. L’objectif de ce gouvernement a été de prendre le pouvoir et maintenant de le conserver. Pour cela, la Ligue et M5S ont bien étudié la méthode grecque de Tsipras, la méthode espagnole de Podemos et la méthode française de Macron et c’est ce qu’ils sont en train de mettre en œuvre en Italie.

Du fait de la transition historique en cours, l’Europe est condamnée à disparaitre mais ce ne seront pas des opportunistes élus par la voie démocratique qui s’en chargeront. La coalition au pouvoir en Italie est une magouille post-électorale, une alliance de circonstance entre deux partis politiquement inconciliables sauf pour se partager sur le dos des Italiens les prébendes liés à un pouvoir en déroute courant comme un poulet sans tête.

L’avenir de l’ensemble des pays européens va dépendre des différents traités d’armistice en cours de négociation entre les Etats-Unis et les révisionnistes. Le sort des Européens ne dépend donc pas d’eux mais des arrangements entre Kraken Trump et différents chefs de guerre ennemis victorieux. EG

Bonne lecture

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Editorial. Italie: la guerre est inéluctable, vers le grand sacrifice des Italiens.

Par Bruno Bertez, le 21 mai 2018


Le nouveau gouvernement semble finalement prendre forme en Italie; c’est l’un des plus étranges assemblages que l’on puisse imaginer. Le Mouvement Cinq Etoiles conduit par Luigi Di Maio est incontestablement populiste, mais c’est un populiste de gauche. La Ligue conduite par Matteo Salvini est populiste, mais populiste de droite. Par quel miracle ont-ils pu s’associer?

Il semble bien que les points d’accord aient pris le pas sur les points d’opposition, discorde serait un trop faible mot. Ils semblent s’être rencontrés sur l’immigration, sur le rejet de la classe et de la politique des élites, et le mépris de la chose européenne. Fondamentalement ces deux formations expriment l’éclatement du système politique italien, son émiettement, avec d’un côté un ensemble qui rejette les pratiques actuelles et de l’autre une masse qui ne sait pas très bien où est la solution, mais qui vote contre.

Les points ou les deux formations se rejoignent sont des points importants, ce sont des points de principe , mais la question qui se pose est la suivante: est-ce que cela fait suffisamment de convergence pour gouverner ensemble, pour affronter la gestion quotidienne, pour lutter contre l’opposition de l’establishment et surtout contre la coalition de la BCE, des marchés, de Bruxelles, des médias, des administrations, et des autres Kleptocrates mondialistes? L’accord porte en grande partie sur du négatif, c’est à dire du rejet, du dédain, ou même de la haine. Mais entre-temps, il faut bien vivre, gérer, faire face aux échéances, aux déceptions.

L’originalité du programme qui a été annoncée réside dans la combinaison d’ambitions sociales fortes, qui correspondent aux attentes populaires et aussi il faut le dire à la nécessité et les ambitions tout aussi fortes de réduire les taxes, les prélèvements de toutes sortes. Cette combinaison débouche tout à fait logiquement sur un besoin de financement considérable, un besoin de financement qui ne peut donc être satisfait que par une explosion des dettes du pays. Si vous dépensez plus, si vous réduisez la pression fiscale il n’y a qu’une certitude: les déficits augmentent et les besoins d’émettre de nouvelles dettes s’envolent.

La dette de l’Italie est donnée pour 130% du GDP; nous sommes persuadés que la dette réelle est bien supérieure à ces 130%, la dissimulation a été possible grâce à la complicité de Bruxelles et de la BCE, mais acceptons ces 130%. C’est un ratio qui fait peur quand on sait que les politiques monétaires sont devenues plus restrictives, que la banque centrale directrice mondiale, la Fed monte les taux, et que la BCE prévoit de modifier sa politique dans un sens restrictif d’ici quelques mois. Les taux européens sont nettement inférieurs aux taux américains et surtout très inférieurs à ce qu’ils devraient être. Une forte hausse des coûts d’emprunt est dans l’ordre des choses.

Par ailleurs les règles de consolidation fiscale européennes imposées par l’Allemagne sont draconiennes et bien sur l’Italie ne les respecte pas. Le programme italien ne cherche même pas à faire semblant de se conformer aux règles en faisant un truc à la Trump et en disant que la croissance va payer pour elle-même, non les Italiens font carrément un pied de nez aux règles européennes et aux Allemands; Allemands  maintenant, notons-le, représentés par leurs délégués, Le Maire et Macron, les nouveaux pères fouettards.

Personne ne peut faire semblant de dire que c’est acceptable ou que l’on peut s’en accommoder temporairement, non, c’est trop gros et trop manifeste. Les partenaires associés dans le nouveau gouvernement ont choisi clairement, frontalement, de faire voler en éclat la gouvernance de l’Union et de la Banque Centrale réunies.

Les deux partenaires le reconnaissent, ils ne sont pas inconscients ou stupides, non ils y vont, la fleur au fusil, ils vont au combat. Ils écrivent: “il est nécessaire de revoir toute la gouvernance économique européenne, car elle est asymétrique; elle est basée sur la domination du marché et néglige les dimensions sociales et économiques plus larges”. En clair la gouvernance européenne est ultra-libérale, elle fait la part belle aux marchés et ce faisant elle néglige les dimensions sociales et économiques larges, c’est à dire en fait, elle néglige le politique. C’est écrit dans le programme.

Allant plus loin, le nouveau gouvernement veut réformer le Marché Unique pour les biens et les services pour le capital et le travail dans un sens dit-il plus respectueux de l’intérêt national des participants à l’Union.

C’est la structure même de l’Union qui est donc contestée, c’est le principe même de l’Union qui est contesté radicalement avec la libre circulation de tout. La grande Bretagne contestait une partie de la structure de l’Union, mais elle ne contestait pas tout, elle voulait réintroduire une part limitée de souveraineté en particulier en matière d’immigration et de disposition sur le travail et la fiscalité.

Ici le nouveau gouvernement italien, lequel représente la souveraineté nationale jusqu’à nouvel ordre, ce nouveau gouvernement veut revoir la politique d’immigration, il refuse les orientations de la réforme bancaire qui tient tant aux Allemands. Il accuse cette réforme bancaire d’être responsable du stress des familles, surtout des petites entreprises et par conséquent de la croissance inexistante du pays. De sa paupérisation.

L’analyse est tout à fait cohérente quoi qu’en disent les médias de l’élite comme le Financial Times ou les médias aux ordres des gouvernements, le diagnostic est juste et tout à fait adapté. Ce n’est pas du Trump ou du Le Pen. Les partis associés allaient même plus loin et on s’en aperçoit dans la mesure qui était proposée mais qui a été supprimée pour des raisons tactiques: l’annulation de 250 milliards de dettes. Tout cela est évident, l’Italie est asphyxiée, à la fois par la gouvernance imposée de l’Union dominée par l’Allemagne et asphyxiée par une dette qui ne peut et ne sera jamais remboursée. Ce qui ne peut être honoré ne le sera jamais.

Ce que propose le nouveau gouvernement est inadmissible à la fois pour les marchés, pour les gouvernements européens, pour les banques, et bien sûr pour les médias aux ordres des entreprises. On ne peut même pas imaginer un début de réalisation, on est dans le sacré, dans ce à quoi on ne peut pas toucher en Europe. L’Italie déchire purement et simplement les règles que les allemands ont eu tant de mal à imposer. Le pâle Le Maire essaie de balbutier “il y a des règles il faut les respecter,” les coalisés Italiens lui disent vos règles, voilà ce que l’on est fait…

Le Brexit à coté ce n’était rien, une petite promenade de santé et si les Européens avaient été moins rigides et les Anglais moins bêtes, le Brexit aurait pu être évité. Mais ici non c’est impossible, on est au coeur de ce qui fait cette Union Européenne et c’est ce coeur que le nouveau gouvernement veut détruire. Les Britanniques étaient totalement stupides car ils n’avaient même pas envisagé de préparer un plan cohérent pour leur Brexit, mais ici c’est totalement différent : les Italiens ont envisagé la situation, ils sont à l’intérieur de l’Union, ils sont encastrés, enracinés, ils font partie de la zone euro, la BCE croule sous leurs dettes qu’elle a accumulé , l’Allemagne a des créances Target 2 irrécouvrables sur le système italien, les banques françaises ont des milliards et des milliards qui sont exposés au risque, vulnérables. Et puis les marchés financiers sont inter connectés. Le problème n’est pas italien, il est européen soutenons-nous. Par ailleurs il y a eu l’apprentissage grec …

Tout ceci pour dire que la mise en difficulté de l’Italie sera saignante mais saignante pour tout le monde y compris la Construction Européenne et y compris les autres pays participants à l’Union.
C’est en vertu de cette analyse que j’ai tout de suite avancé l’idée que nous étions en situation de guerre, l’Europe ne peut accepter d’entrer en matière avec le nouveau gouvernement italien elle ne peut que lui déclarer la guerre à mort, pour l’anéantissement pur et simple.

Le plus probable c’est une guerre sans pitié mais souterraine et vicieuse. Il faut que la coalition s’effondre et rapidement; Au besoin il faut créer le chaos pour mettre les biens pensants du côté de l’ordre européen. Peu importe les dégâts, peu importe si cela ruine et détruit encore plus l’Italie; de toutes façons on ne peut rien en espérer pensent les élites européennes, il faut la sacrifier.

L’Italie a eu une longue, très longue tradition de dysfonctionnement, elle est en quelque sorte par elle-même une sorte d’exemple du chaos. L’Europe a une tradition maintenant bien établie de non-respect des veux populaires, de viol des souverainetés et jusqu’à présent, il faut reconnaître que cela a marché, Bruxelles jusqu’à présent a toujours gagné. Par défaut, certes au prix d’un mépris, d’un dédain voire d’une haine de l’Europe chez les sujets, mais les élites s’en fichent, tout ce qu’elles demandent c’est que cela dure. Continuer, même si c’est en tuant la raison même qui a conduit à faire l’Europe: rapprocher les peuples.


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