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lundi 25 septembre 2017

La «championne du monde libre» risque fort d'être celle par qui la machine européenne va se gripper



« … Il ne faut donc plus attendre d'indulgence de la part de Berlin vis-à-vis des projets européens de l'exécutif français. Souvenez-vous, début septembre, lors d'un discours à Athènes, Emmanuel Macron avait relancée l'idée de créer un Parlement de la zone-euro. La zone monétaire européenne qui serait également munie de son propre ministre et de son propre budget. Une idée qui, comme nous l'avait expliqué l'économiste Charles Gave, signifierait que l'Allemagne devrait consentir à des transferts vers ses partenaires de la zone euro à hauteur de 3 à 6% de son PIB. Une idée déjà quasi impensable avant ces élections et sur laquelle Emmanuel Macron va devoir faire une croix, à en croire Coralie Delaume, dans le cas où Angela Merkel devrait composer avec la FDP |…] Bref, la «championne du monde libre», ainsi que Barack Obama qualifiait Angela Merkel en décembre dernier, risque fort d'être celle par qui la machine européenne va se gripper, décevant les espoirs que l'élection d'Emmanuel Macron avait suscité parmi les fervents partisans de la construction européenne » écrit Maxime Perrotin dans un billet du 25 septembre 2017 à lire ci-dessous.

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« Une victoire cauchemardesque » pour la chancelière, de nouvelles élections pourraient être convoquées

Bonnes lectures
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Législatives allemandes : coup d’arrêt aux projets européens d’Emmanuel Macron?

Par Maxime Perrotin, le 25 septembre 2017

https://fr.sputniknews.com/international/201709251033209771-allemagne-legislatives-france-macron/

Suite aux législatives, la CDU-CSU d’Angela Merkel arrive en tête l’assurant d’un quatrième mandat de chancelière. Une élection marquée par l’entrée au Bundestag d’élus de l’AfD. Un évènement qui, au-delà des fractures qu’il témoigne au sein de l’Allemagne, pourrait avoir des conséquences sur la politique européenne.

Les urnes ont parlé et, une fois n'est pas coutume, le résultat ne satisfait pas pleinement la classe politico-médiatique. Elle revient largement sur la percée des ultra-conservateurs de l'AfD (Alternative für Deutschland [Alternative pour l'Allemagne, NDLR]) au Bundestag, qui remporte ainsi 94 sièges, avec 12,6% des scrutins exprimés. La presse s'est longuement attardée sur le «choc» de ce résultat plus important que prévu, puisqu'on estimait que l'AfD remporterait entre 40 et 50 sièges. Les reportages nous montraient quelques centaines de manifestants brandissant des pancartes «nazis dehors!» ou relayaient les propos pleins de mesure du ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, déclarant «pour la première fois depuis soixante-dix ans, des nazis vont s'exprimer au Reichstag» (notez l'utilisation du mot « Reichstag »).

Il faut dire que si Angela Merkel se dirige vers un quatrième mandat de chancelière, son pouvoir ressort affaibli de ces élections et pas simplement à cause de l'émergence de l'AfD, comme le souligne Coralie Delaume, essayiste, co-auteur avec David Cayla de l'ouvrage «La fin de l'Union européenne » (Ed. Michalon, janvier 2017). En effet, les démocrates-chrétiens de la CDU-CSU ainsi que son allié social-démocrate du SPD ont enregistrés un net recul en terme de sièges: respectivement 63 et 40 députés de moins:

«Les deux partis qui formaient la grande coalition et qui gouvernaient ensemble en Allemagne se sont pris une claque. Le Parti-Social-démocrate fait un score épouvantable — d'ailleurs il a affirmé assez rapidement qu'il ne participerait plus à une autre coalition et la CDU d'Angela Merkel perd 9 points par rapport à 2013 et fait son plus mauvais score depuis 1949, tout de même. Donc c'est quand même une grosse déconvenue.» 

Constat dressé également au sein de la classe politique française, comme l'ex eurodéputé Liêm Hoang-Ngoc — Conseiller régional d'Occitanie, et Président du mouvement Les Socialistes insoumis. Il souligne le «socle très faible» sur lequel repose à présent Angela Merkel, l'alliance CDU — SDP étant le «pivot d'une construction européenne largement contestée» car «ne satisfaisant personne.» En somme, si on reste loin de la recomposition politique observée en France à la suite des élections présidentielles et législatives, l'Allemagne n'aurait finalement pas fait exception à la «poussée populiste» qui traverse l'Europe.

Une poussée qui ne ternit pas l'admiration d'une bonne partie des journalistes pour la longévité d'Angela Merkel, qui rejoindrait ainsi avec un quatrième mandat «les plus grands», comme Konrad Adenauer, Edmund Kohl. Un traitement qui contraste avec celui réservée à la longévité de Vladimir Poutine, dont le 3ème mandat lui vaut déjà d'être comparé à quelques Tsars ou à Staline.

A titre d'exemple, en 2011 le Monde titrait déjà sur le «règne» «interminable» du président russe (alors Premier ministre), prophétisant son maintien au pouvoir jusqu'en 2024… L'aspect «rassurant» des deux leaders auprès de leurs populations respectives n'étant médiatiquement reconnu que pour l'imperturbable fille de pasteur élevée en RDA.

Une RDA qui aujourd'hui tourne le dos à Angela Merkel, témoignant d'une fracture tant sociale que géographique en Allemagne. Car l'AfD a obtenu ses meilleurs scores dans les Länder de l'ex-RDA, un paradoxe aux yeux de certains observateurs, l'AfD étant un parti certes anti-immigration, mais également ultra-libéral. Rappelons que l'un de ses deux principaux leaders fut en poste à Goldmann Sachs. Ainsi, Jean Quatremer — correspondant de Libération à Bruxelles —, twittait ce lundi matin: «L'ancienne RDA apparaît clairement dans cette carte de vote AfD […]. Le bilan "globalement positif" du communisme?»

«Les choix migratoires d'Angela Merkel ont beaucoup troublé cette société» selon Coralie Delaume, qui explique ce phénomène par l'importance du «choc démographique d'importance» subit par l'électorat conservateur de ces régions ces dernières années avec le nombre important de réfugiés à intégrer dans un laps de temps très court. Des difficultés sociales qui se conjuguent aux cicatrices de la Guerre froide:

«En réalité, l'Allemagne de l'Est ne va pas très bien, les conditions de la réunification devront être un jour interrogées, c'est un coin de l'Allemagne qui n'a jamais rattrapé économiquement et qui en plus a connu un choc identitaire. La réunification s'est faite quand même à la hussarde…»

Pourtant, la longévité politique d'Angela Merkel ou encore la percée de l'AfD ne sont pas les seuls points déterminant de ces élections allemandes. En effet, ce parti adoubé par Marine le Pen entend «mener la chasse» à la Chancelière en passe d'être réélue, devenant la troisième force politique du pays mais également le principal parti d'opposition. Il partage pourtant quelques points communs avec les FDP, pressenti pour rejoindre la coalition qu'Angela Merkel devra constituer pour gouverner. En effet, le FDP et l'AfD outre un libéralisme assez dur, «ce sont deux partis, le FDP — qui va probablement gouverner — et l'AfD qui sera le premier parti d'opposition qui sont très eurosceptiques, l'un comme l'autre,» insiste Coralie Delaume.

Deux points qui pourraient avoir des conséquences directes sur notre propre vie politique intérieure et européenne, si le FDP arrive effectivement aux affaires. Ce notamment lui qui avait réclamé l'expulsion de la Grèce de la zone-euro, traitement de faveur qu'ils souhaiteraient voir réserver à tous les pays surendettés… club que la Grèce vient de quitter, mais pas la France, l'Italie ou la Grande-Bretagne.

Une coalition dont le positionnement tant vis-à-vis de la politique fédérale qu'européenne risque de trancher par rapport à celui qui avait été adopté depuis 2013 et l'alliance avec le SPD, menée par l'ancien président du Parlement européen, Martin Schulz qui avait porté la politique de la Chancelière vers le centre, délaissant ainsi une importante partie de son électorat de base qui s'est tourné vers l'AfD, «ça va influer sur la droite allemande, la SDU et la CSU bavaroise se sont fait complètement dépassées par les eurosceptiques.»

Il ne faut donc plus attendre d'indulgence de la part de Berlin vis-à-vis des projets européens de l'exécutif français. Souvenez-vous, début septembre, lors d'un discours à Athènes, Emmanuel Macron avait relancée l'idée de créer un Parlement de la zone-euro. La zone monétaire européenne qui serait également munie de son propre ministre et de son propre budget. Une idée qui, comme nous l'avait expliqué l'économiste Charles Gave, signifierait que l'Allemagne devrait consentir à des transferts vers ses partenaires de la zone euro à hauteur de 3 à 6% de son PIB. Une idée déjà quasi impensable avant ces élections et sur laquelle Emmanuel Macron va devoir faire une croix, à en croire Coralie Delaume, dans le cas où Angela Merkel devrait composer avec la FDP:

«C'est terminé: les projets d'union de transfert, de parlement de la zone euro, de budget fédéral, c'est terminé! Le FDP a d'ores et déjà annoncé que c'était une ligne rouge, il a déjà dénoncé les projets de Macron, en disant- en gros — « nous on ne fera pas de transfert budgétaire pour payer les dépenses publiques de la France».»

Néanmoins, comme le souligne l'essayiste, cette coalition n'a pas encore vu le jour, celle-ci risquant d'être fort compliquée à former pour la Chancelière. En effet, Angela Merkel, en plus des libéraux, devra composer avec les écologistes, deux formations politiques qui pour reprendre les mots de Coralie Delaume «sont en désaccord sur presque tout.»

Bref, la «championne du monde libre», ainsi que Barack Obama qualifiait Angela Merkel en décembre dernier, risque fort d'être celle par qui la machine européenne va se gripper, décevant les espoirs que l'élection d'Emmanuel Macron avait suscité parmi les fervents partisans de la construction européenne.

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