jeudi 21 septembre 2017

Démondialisation au quotidien, arrêter de dépendre d'un système à bout de souffle.


« … Bien, cela n’est pas sûr et n’arriverait pas du jour au lendemain, mais il y a là une grande fragilité du système et peut-être n’est-il pas inutile de prendre quelques précautions.

Cela prend des aspects assez simples et même vertueux :
  • Achetez de l’or —encore et toujours— : c'est la seule monnaie à traverser toutes les crises depuis des millénaires ;
  • Faites quelques réserves, cela n’est jamais inutile. Rappelez-vous la grève contre la loi travail et les longues queues à la pompe ou la désorganisation après une grosse tempête. Ces choses arrivent.
  • Essayez autant que possible de vous fournir localement: cela aura la double vertu de stimuler l’économie autour de chez vous en plus de vous assurer une « continuité de service » ainsi qu’un quotidien plus agréable et solidaire. Cela concerne aussi bien :
    • l’achat de vos fruits et légumes auprès du producteur le plus proche plutôt que dans les allées anonymes d’un supermarché ;
    • de manière générale, la redécouverte du petit commerce et même de l’entraide entre voisins et proches ;
    • La redécouverte de la qualité, de biens robustes et réparables plutôt que des objets importés de mauvaises qualité que l’on rachète tous les 2 ans ;
    • votre source de chauffage : en Grèce, au coeur de la crise la demande de poêles à bois explosa, aussi bien chez les riches que chez les ménages les plus modestes. La forêt est une source d’énergie bien plus sûre que le mazout, le gaz ou l’électricité.
Notez bien que ce n’est pas juste une injonction morale ou un voeu pieux. Tout ceci est en train de se développer en ce moment même » écrit Olivier Perrin dans sa lettre du 21 septembre 2017 à lire ci-dessous.

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Bonnes lectures
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La fin de la mondialisation

Par Olivier Perrin, le 21 septembre 2017


https://mail.google.com/mail/#inbox/15ea34dbbe19a429

Cher lecteur, 

Prenez votre téléphone.

Il a sans doute été dessiné en Californie. Les pièces ont été assemblées en Chine, l’écran et le processeur viennent de Corée, eux-même contiennent certains matériaux provenant d’Afrique du Sud. Votre service client se trouve en Irlande et vous-même probablement en France.

Il en va de même pour presque tous les objets qui vous entourent :
  • Cette table en bois de Russie, envoyé en Chine pour y être découpé auquel on ajoute des vis provenant d’Europe de l’Est et livré en France pour une entreprise Suédoise ;
  • Un yaourt à la mangue, dont le fruit a été cueilli en Inde, le lait trait en Allemagne, la recette élaborée en France dans un pot provenant de république tchèque et vendu en Pologne pour un géant de l’agro-alimentaire Suisse.
  • Une chemise taillée au Bangladesh avec du coton américain, une teinture indienne, une coupe italienne et vendue en Asie. 
Si vous deviez enlever de votre supermarché tous les articles pour lesquels au moins une opération a été faite hors de l’Europe… Il n’y resterait pas grand chose. Et je ne vous parle même pas des produits 100% made-in-France.

Prenez l’exemple du poulet et des volailles : elles sont difficiles à importer. Les normes sanitaires sont particulièrement contraignantes et le transport compliqué. Pourtant 30 à 40% du poulet que nous consommons est importé… principalement du Brésil et de Thaïlande.

De manière générale, les biens qui nous entourent ont souvent nécessité des opérations dans de nombreuses monnaies différentes : Yen japonais, Dollar américain, Yuan chinois, Real Brésilien, Rouble russe, Euro… Ainsi que des centaines de monnaies locales.

La réalité est que c’est un cauchemar financier et comptable.

Comment définir le prix de votre téléphone alors que le coût de la batterie peut varier du simple au double selon l’évolution des taux de change ? Comment prévoir votre approvisionnement en matière première pour l’année qui vient sans savoir combien il vous en coûtera réellement ?

Bien sûr le problème ne date pas d’hier et cela fait bien longtemps qu’une solution par défaut a été trouvée.

Quelle monnaie pour le monde ?

Rappelez-vous les 3 fonctions d’une monnaie :
  • Compter : Une monnaie vous permet de comparer les valeurs d’une baguette à 1€ et d’un steak à 5€ ;
  • Stocker : la monnaie est une réserve de valeur qui permet de différer la production de valeur de sa dépense par exemple pour des vacances, votre retraite ou des temps de vaches maigres ;
  • Échanger : la monnaie vous permet d’acheter et de vendre des biens et services. Votre boulanger refusera sans doute d’être payé en bonbons mais jamais en euros.
Voilà comment ces fonctions sont prises en charges dans le système international :

Le dollar est l’unité de compte. le prix du baril de pétrole saoudien est en dollar de même que la comptabilité des groupes internationaux.

La réserve de valeur est déjà plus compliquée : si votre entreprise française —dont les coûts de fonctionnement sont en euros— vend ses produits en dollars, ses revenus peuvent varier fortement selon les cours de change. Il lui est difficile de conserver la valeur créée au niveau mondial. C’est un risque important, le risque de change, pour lequel les banques ont développé des systèmes d’assurance complexes, qui représentent la part du lion des produits dérivés :

L’entreprise française qui veut exporter son produit en dollar contractera une assurance auprès de sa banque afin de garantir son taux. De son côté, la banque contractera elle-même un produit dérivé particulier, « un swap de change » pour couvrir le risque de change.

Mais le vrai problème est la fonction d’échange.

Nous en revenons au problème de liquidité.

La majorité des échanges mondiaux sont libellés en dollars. Même si la Chine importe du pétrole saoudien, l’échange se fera en dollars et non en yuans ou en riyals saoudiens.

Il faut donc que la Chine et l’Arabie saoudite aient des dollars en stock.

Où trouvent-elles ces « dollars » ?

Au niveau mondial la création de ces « dollars » provient du déficit de la balance des paiements américaine. Grossièrement, il faut que l’Amérique importe plus qu’elle n’exporte (en biens et en capitaux) pour que plus de dollars sortent des États-Unis qu’il n’en rentre chaque année, ce qu’elle fait constamment depuis 1971.

Là est le problème.

Tant que la croissance mondiale était tirée par la consommation et le déficit américains, il y avait une corrélation entre la création monétaire mondiale aussi tenue soit-elle et l’activité économique mondiale.

À partir du moment où les États-Unis ne sont plus le moteur de la croissance mondiale, cela veut dire qu’ils « exportent » moins de dollars qu’il n’en faudrait pour faire fonctionner l’économie mondiale.

Vous pouvez donc vous retrouver dans la situation où la Chine, la Turquie, l’Arabie saoudite même se retrouvent en panne à cause du manque de « dollars ».

Et c’est exactement ce qui est en train de se passer.

C’est là une raison sérieuse pour expliquer l’échec des pays en développement dont je vous parlait hier à développer leur marché intérieur : elles n’ont pas eu accès aux financements, aux liquidités pour opérer cette transition.

À ce propos, si vous vous demandez pourquoi les Chinois et les Qataris sont les seuls à accepter d’investir dans Deutsche Bank, vous avez maintenant la raison : il s’agit de mettre la main sur les opérateurs de la finance mondiale.

Cela serait malheureusement trop simple si cela s’arrêtait-là.

Pour pallier le manque de « dollars » les banques, et en particulier Deutsche Bank, ont développé un système d’une complexité incroyable par le biais des produits dérivés.

Je ne peux rentrer dans les détails de ce système de comptabilité plus mathématique qu’économique dans cette simple chronique amateur.

Mais retenez une chose : le dollar a échoué à devenir la monnaie mondiale.

Nous vivons dans une économie mondialisée avec des monnaies régionalisées.

Nous avons développé des prodiges de complexité pour maintenir un statu quo le plus longtemps possible. Mais quand la mer se retire, peu importe la solidité du bateau…

Il faut soit une monnaie mondiale soit une économie démondialisée.

Le dollar aurait pu il y a 5 ou 6 ans devenir la monnaie mondiale si les Américains en avaient eu le courage. Les nouvelles ambitions impérialistes de la Russie, le chaos politique des États-Unis et la situation paradoxalement affaiblie d’une Chine qui s’affirment rendent un tel mouvement aujourd’hui impossible.

On cite souvent des DTS « Droit de tirage Spéciaux », censés prendre le relais comme monnaie mondiale. Ce panier de devises a été créé par le FMI, mais les quotas sont si faibles qu’ils ne peuvent prétendre au titre de monnaie mondiale.

Il faut donc prendre extrêmement au sérieux l’éventualité d’un mouvement de démondialisation par manque de monnaie mondiale.

Et cela implique des choses très pratiques pour votre quotidien.

Démondialisation au quotidien

Imaginez 2 villes séparées par un grand fleuve, l’une entourée de champs fertiles et l’autre de forêts giboyeuses. Pendant des années ces deux villes échangent bois et céréales grâce à un grand pont.

Le jour où celui-ci s’effondre : que se passe-t-il ? Les habitants des champs sauront-ils se passer du bois des habitants des forêts et inversement ?

Il faut alors réapprendre à s’auto-subvenir, au moins en partie.

Il ne m’appartient pas de juger si un tel mouvement serait bon ou non, il est en revanche à prévoir une période chaotique pour passer d’un état à un autre et mieux vaut s’y préparer.

Bien cela n’est pas sûr et n’arriverait pas du jour au lendemain mais il y a là une grande fragilité du système et peut-être n’est-il pas inutile de prendre quelques précautions.

Cela prend des aspects assez simples et même vertueux :
  • Achetez de l’or —encore et toujours— : c'est la seule monnaie à traverser toutes les crises depuis des millénaires ;
  • Faites quelques réserves, cela n’est jamais inutile. Rappelez-vous la grève contre la loi travail et les longues queues à la pompe ou la désorganisation après une grosse tempête. Ces choses arrivent.
  • Essayez autant que possible de vous fournir localement: cela aura la double vertu de stimuler l’économie autour de chez vous en plus de vous assurer une « continuité de service » ainsi qu’un quotidien plus agréable et solidaire. Cela concerne aussi bien :
    • l’achat de vos fruits et légumes auprès du producteur le plus proche plutôt que dans les allées anonymes d’un supermarché ;
    • de manière générale, la redécouverte du petit commerce et même de l’entraide entre voisins et proches ;
    • La redécouverte de la qualité, de biens robustes et réparables plutôt que des objets importés de mauvaises qualité que l’on rachète tous les 2 ans ;
    • votre source de chauffage : en Grèce, au coeur de la crise la demande de poêles à bois explosa, aussi bien chez les riches que chez les ménages les plus modestes. La forêt est une source d’énergie bien plus sûre que le mazout, le gaz ou l’électricité.
Notez bien que ce n’est pas juste une injonction morale ou un voeu pieux. Tout ceci est en train de se développer en ce moment même.

Cela se passe maintenant.

Regardez le développement des paniers de fruits et légumes livrés directement par le producteur, les initiatives de « voisins vigilants », les plateformes de financement participatif, de partages de voiture, de logement, de savoir, de bateau… le retour de l’artisanat, du bricolage, des potagers…

Mes proches me disent souvent que je suis la personne la plus déprimante de leur entourage : je suis le porteur de mauvaises nouvelles. Oui c’est vrai. Les temps sont durs ? Je n’y peux rien… et vous non plus. Eh bien arrêtez de vous lamenter et préparez-vous. Il ne s’agit pas de vous enterrer bien au contraire mais de faire l’effort de redécouvrir un mode de vie simple et sain. D'arrêter de dépendre d'un système à bout de souffle.

Je crois au profond de moi que cette démarche est bonne.

À votre bonne fortune,

Olivier Perrin

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