vendredi 4 août 2017

Les risques du cannabis ‘skunk’ pour la santé mentale



«Selon des experts internationaux pour qui les jeunes sont particulièrement vulnérables, les risques du cannabis ‘skunk’ pour la santé mentale sont suffisamment sérieux pour justifier une campagne de santé publique.( ) Nous avons suffisamment de preuves de l’impact de la consommation de cannabis, particulièrement chez les jeunes qui en ont consommé tôt et de façon régulière, sur bon nombre de fronts liés au développement et à la santé mentale. A mon sens, c’est le groupe sur lequel nous devons cibler notre message, avec également ceux qui ont une histoire familiale de maladie mentale, et ceux qui souffrent eux-mêmes de troubles mentaux. » écrit Ian Sample dans un article du 4 août 2017 à lire ci-dessous.
 
Bonne lecture

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Cannabis et santé mentale : les scientifiques sont inquiets

Par Ian Sample

Paru sur
The Guardian sous le titre Cannabis: scientists call for action amid mental health concerns 

Introduction

Culturellement, le débat sur le cannabis est un terrain miné : sa consommation s’inscrit dans l’hédonisme né dans les années soixante et aujourd’hui majoritaire, de sorte qu’il est très difficile de le remettre en question sans s’attirer les foudres des zélateurs des nouvelles libertés individuelles. Cela pousse les scientifiques qui en étudient l’impact sur la santé à toutes sortes de précautions oratoires quand il s’agit d’en dénoncer les méfaits ; malgré tout, ils signalent un développement des facultés cognitives entravé et une augmentation des cas de psychoses chez les jeunes utilisateurs réguliers. En cause, l’augmentation des niveaux de THC dans les variétés les plus communément vendues.

Selon certains, la légalisation du cannabis permettrait à l’Etat de surveiller ces niveaux et de les réguler, mais l’expérience des États des USA qui l’ont légalisé démontre qu’au contraire, la concurrence entre débitants les pousse à tenter de fidéliser leur clientèle en sélectionnant les variétés les plus fortes. De plus, le cannabis légal ne change rien au trafic illégal, puisqu’il est taxé et qu’en conséquence, il coûte plus cher que le cannabis de la rue – qui, étant donnée l’interdiction du cannabis légal à la vente aux mineurs, reste de toutes façons le seul marché ouvert à la clientèle la plus vulnérable, les adolescents.

Ajoutons que toute tentative de régulation des taux de THC du cannabis légal par les autorités ne ferait que pousser les clients à retourner se fournir en drogue plus forte sur le marché noir. La seule solution : comme pour l’alcool et le tabac, une information nette, claire et accessible à tous sur les dangers du cannabis. De quoi tuer les nouvelles perspectives d’un juteux marché légal ? Tant pis. Quand même une publication libérale-libertaire bon teint comme le Guardian britannique décide de tirer la sonnette d’alarme, c’est que les problèmes de troubles du développement et d’états psychotiques chez les fumeurs réguliers de cannabis deviennent trop importants pour être ignorés plus longtemps.

Traduction

Selon des experts internationaux pour qui les jeunes sont particulièrement vulnérables, les risques du cannabis ‘skunk’ pour la santé mentale sont suffisamment sérieux pour justifier une campagne de santé publique.

L’avertissement de scientifiques issus du Royaume-Uni, des USA, d’Europe et d’Australie reflète un consensus grandissant selon lequel un usage fréquent de cette drogue augmenterait les risques de psychose chez les personnes vulnérables.

Bien que la vaste majorité des fumeurs de cannabis ne développent pas de troubles psychiatriques, ceux à qui cela arrive peuvent voir leur vie détruite. La psychose se caractérise par des hallucinations, des idées délirantes et des comportements irrationnels, et bien que la majorité des patients arrivent à sortir d’épisodes psychotiques, quelques-uns d’entre eux développent une schizophrénie incurable. Le risque est plus grand chez les patients qui continuent leur consommation de cannabis.

Les avertissements publics sur le cannabis ont été très limités jusqu’ici parce que la drogue est illégale dans la plupart des pays, et des questionnements subsistent sur son réel impact sur la santé mentale. Mais nombre de chercheurs pensent aujourd’hui que les preuves d’impact négatif sont suffisantes pour justifier des avertissements clairs.
« Il n’est pas raisonnable d’attendre une preuve formelle sur le cannabis en tant que composante des causes du développement des psychoses », a dit Sir Robin Murray, professeur en recherche psychiatrique au King’s College de Londres. « Nous avons déjà assez d’indications pour demander une campagne d’éducation publique sur les risques liés à la consommation quotidienne de cannabis, notamment les variétés les plus fortes. Pour de nombreuses raisons, nous devons avoir des campagnes publiques d’avertissements. »

Les chercheurs sont soucieux ne pas exagérer la menace : à lui tout seul, le cannabis n’est ni nécessaire au déclenchement d’un état psychotique, ni suffisant pour le causer. Mais la drogue occasionne clairement des dommages chez les plus vulnérables. [NdT : Des plus, en psychiatrie, il est impossible de déterminer d’avance qui est psychologiquement vulnérable et qui ne l’est pas. C’est une loterie où la génétique et d’autres facteurs prédisposant individuels, sociaux, culturels et autres peuvent intervenir.] Les estimations suggèrent que l’arrêt de l’usage quotidien de cannabis pourrait réduire de 8 à 24% des admissions psychiatriques pour psychoses, selon les zones. A Londres, où la forme la plus commune de cannabis est le ‘skunk’, l’arrêt de son usage quotidien éviterait des centaines de cas d’hospitalisations pour états psychotiques.

Aux USA, le cannabis devient plus puissant et plus populaire. Au cours des vingt dernières années, la puissance du cannabis saisi par la DEA (Drug Enforcement Administration, l’unité de police américaine dédiée aux stupéfiants) avait augmenté de 4 à 12% de THC. Dans le même temps, le nombre de consommateurs était passé de 14,5 millions à 22,2 millions en 2014.

Cette tendance à la hausse s’est accompagnée d’une baisse de la perception des risques liés à la consommation de cannabis chez les jeunes, une conséquence probable du débat public sur sa légalisation et de sa libéralisation de son usage curatif, selon l’Institut national sur l’abus de drogue (National Institute on Drug Abuse, NIDA) du gouvernement des USA.

« Il est important d’éduquer le public sans plus attendre », a dit Nora Volkow, dirctrice de NIDA. « Les ados qui commencent à consommer des drogues au cours de leurs années formatives ne réaliseront peut-être jamais leur potentiel inné. Cela est également vrai à propos du risque de psychose. Le risque est significativement plus élevé chez les gens qui commencent à user de marijuana au cours de l’adolescence. Et malheureusement, aujourd’hui, la plupart des gens ne savent pas s’ils sont génétiquement prédisposés à la psychose ou aux addictions. »
Au Royaume-Uni, le cannabis est la drogue illégale la plus populaire, et selon les données britanniques de la santé publique, plus de jeunes appellent les centres de traitement pour des raisons liées au cannabis qu’à n’importe quelle autre drogue, alcool compris. Le nombre de jeunes âgés de moins de 18 ans en traitement pour consommation de cannabis a augmenté de 9000 en 2006 à 13400 en 2015. Cette drogue est aujourd’hui responsable des trois-quarts des hospitalisations de jeunes dans des centres de désintoxication. L’âge le plus fréquemment rencontré est 15-16 ans.

Les raisons de cette tendance à la hausse restent obscures. La baisse de popularité des drogues dures expliquent peut-être que les services cliniques reçoivent davantage de consommateurs de cannabis. Mais l’augmentation des jeunes en traitement peut être liée au ‘skunk’, une forme puissante de cannabis qui a envahi le marché et supplanté les anciennes résines moins fortes.

Le ‘skunk’ et d’autres formes puissantes de cannabis dominent aujourd’hui le marché des drogues illégales dans de nombreux pays. De 1999 à 2008, le marché britannique du cannabis est passé de 15 à 81% de ‘skunk’. En 2008, le ‘skunk’ confisqué dans les rues contenait une moyenne de 15% de THC (delta-9 tetrahydrocannabinol), trois fois le niveau des anciennes résines saisies la même année. Le Ministère de l’intérieur n’a pas évalué la puissance du cannabis depuis.

« Aucun doute ne subsiste sur le fait que le cannabis à taux élevés de THC, comme le ‘skunk’, cause davantage de problèmes que les anciennes variétés de cannabis, et que le haschisch », a dit Murray au Guardian. « C’est le cas pour la dépendance, mais surtout pour la psychose. »

Ian Hamilton, un conférencier expert en santé mentale de l’université de York, dit qu’une surveillance détaillée de la consommation de cannabis est fondamentale pour s’assurer d’informations crédibles et utiles. La plupart des recherches sur le cannabis, notamment les études qui ont déterminé les politiques publiques, sont fondées sur les anciennes résines moins fortes, explique-t-il. « Dans les faits, nous avons une expérimentation de masse en cours, où les consommateurs sont exposés à des formes plus puissantes de cannabis dont nous ne comprenons pas complètement les risques à court et à long terme. »

En Australie, selon une étude de 2013, la moitié du cannabis confisqué dans les rues contenait plus de 15% de THC. Le professeur Wayne Hall, directeur du Centre de recherche sur l’abus de drogues de l’université de Queensland, a dit que, même si la plupart des consommateurs peuvent prendre du cannabis sans se mettre en danger de psychose, le public doit être mieux informé.

« Nous voulons une campagne de santé publique parce que, pour ceux qui développent la maladie, les conséquences sont désastreuses. Cela peut transformer une vie, pour le pire », a-t-il dit. « Les gens ne vont pas développer une psychose après deux joints au cours d’une soirée. C’est l’usage quotidien qui semble le schéma comportemental le plus dangereux : nous parlons de gens qui fument tous les jours, et plusieurs fois par jour. »

La preuve que le cannabis peut causer des états psychotiques n’est pas concluante à 100%. Il est également possible que des gens prédisposés à la psychose soient plus susceptibles de consommer cette drogue. La vérité est qu’une certitude de causalité de 100% ne peut pas être obtenue. Les dommages causés par le tabac ont été faciles à établir parce qu’ils sont physiques. Vous pouvez donner du cannabis à des animaux de laboratoire et voir ce qui se passe, mais comment reconnaître une souris psychotique ? Les scientifiques ne peuvent pas non plus donner du cannabis à fumer à des ados, et les comparer dix ans après à un groupe de contrôle de non-fumeurs de cannabis.

« Quand vous êtes confronté à une situation où vous ne pouvez pas déterminer la causalité, mon opinion personnelle est que le principe de précaution doit s’appliquer. Il s’agit de trouver des moyens de minimiser le danger », a dit Amir Englund, un chercheur spécialisé dans le cannabis du King’s College de Londres.

Dans les années 60, le cannabis des Pays-Bas contenait moins de 3% de THC, mais les variétés actuelles en contiennent 20% en moyenne. Jim van Os, professeur de psychiatrie au centre madical de l’université de Maastricht, dit que des campagnes de santé publique sont désormais justifiées. Ils pensent que les gens devraient être dissuadés de consommer du cannabis avant l’âge de 18 ans, avertis sur les dangers des variétés les plus fortes, et invités à ne pas consommer de cannabis seuls ou pour compenser des problèmes de vie.

Les campagnes publiques peuvent ne pas marcher, malgré tout. Pour prévenir quelques cas de schizophrénie, plusieurs centaines de fumeurs quotidiens devraient probablement arrêter. Cela pourrait changer avec une meilleure compréhension des populations les plus vulnérables. « Une fois que nous aurons compris pourquoi le cannabis augmente les risques de psychose chez certaines personnes, et dans quel contexte, nous pourrons peut-être identifier les individus ou groupes à risque, et lancer des campagnes ciblées qui seront beaucoup plus efficaces », a dit Suzi Gage, une associée de recherche de l’université de Bristol.

Comme pour nombre de campagne, la crédibilité est essentielle. « Nous devons transmettre le message aux plus vulnérables sans alarmer, sans être trop sensationnalistes et donc, sans danger d’être ignorés », a dit le Dr Wendy Swift de l’unité de recherches sur la drogue et l’alcool de l’université de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. « Nous avons suffisamment de preuves de l’impact de la consommation de cannabis, particulièrement chez les jeunes qui en ont consommé tôt et de façon régulière, sur bon nombre de fronts liés au développement et à la santé mentale. A mon sens, c’est le groupe sur lequel nous devons cibler notre message, avec également ceux qui ont une histoire familiale de maladie mentale, et ceux qui souffrent eux-mêmes de troubles mentaux. »

Un porte-parole du gouvernement a dit que sa position sur le cannabis était claire. « Nous devons prévenir la consommation de drogues dans nos communautés et aider les gens dépendants à guérir, tout en nous assurant de l’application de nos lois anti-drogue. Il y a des preuves scientifiques et médicales claires selon lesquelles le cannabis est une drogue nocive, qui peut détruire la santé mentale et physique de la population, et qui nuit aux communautés. »

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