mardi 18 juillet 2017

Macron : une mission et/ou un destin ?



Voici deux analyses du 17 juillet 2017 à lire ci-dessous qui portent sur le cas Macron. La première est de Pauline Mille, « Villiers, Trump, Netanyahu : Macron président, mission impossible et en même temps mission réussie », l’autre de Philippe Grasset, « Destin ( ?) de Macron ». Il m’a semblé pertinent de les juxtaposer.
 
Bonne lecture.

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Villiers, Trump, Netanyahu : Macron président, mission impossible et en même temps mission réussie

Par Pauline Mille, 17 juillet 2017 15 h 15 min

http://reinformation.tv/villiers-trump-netanyahu-macron-president-mission-impossible-temps-reussie-mille-72707-2/

Impossible de ne pas admirer le président Jupiter : il réprimande le général de Villiers, récupère Trump, caresse Netanyahu. Plus régalien que Macron tu meurs. Mais en même temps, l’état de grâce commence à finir. Et si une partie de sa mission, réussie, était de déconsidérer la fonction qu’il occupe ?

Parmi les ruptures annoncées par En Marche, figurait pour Emmanuel Macron l’obligation d’être une président qui ressemble à un président. Après Calamity Flamby, l’homme casqué qui allait à l’aube porter à scooter des viennoiseries à sa greluche, après le boudiné portant cravate de travers et montre à l’envers, l’homme qui attirait l’averse et la foudre, a succédé le chef des armées en son command-car, le roi soleil qui reçoit Poutine à Versailles, le jeune warrior qui broie la main de Trump, lui tapote l’épaule, le ventre, le bras. Au vieux Vitellius qui au sortir de longs banquets s’adonnait à de confuses parties de billard politique succède un jeune Auguste qui prétend commander nettement, au vu de tous.

Pourquoi la mission de Macron est impossible

Bref, après un président Duracell, le lapin Sarkozy, et un président nigaud, le normal Hollande, voici notre président Jupiter. Régalien, vous dis-je ! Gala, Paris Match, BFM et Roudoudou les belles images nous l’ont complaisamment montré à pied, à cheval et en voiture, jouant au tennis avec les handicapés ou embrassant des mémés. Tonnant parfois, redoutable à l’occasion, olympien quand il lui chante, indomptable toujours. Mais Zeus finit toujours par descendre sur terre, et, la mythologie nous le rappelle, c’est alors que les choses se gâtent pour lui.

De récentes affaires, Ferrand, Bayrou, Sarnez, l’ont montré. Et le débat sur la fiscalité. Chacun sait bien qu’une fois la canicule finie, bien avant l’été indien, avant même la rentrée, les classes moyennes seront mangées, comme la chèvre de monsieur Seguin. Le vrai plaisir de l’affaire est qu’il n’y a pas de surprise. Si la mission de Macron était de résoudre les problèmes qui se posent à la France ce serait une mission impossible : le président est un artiste, pas un magicien.

Mission impossible pour le chef d’état-major des armées

Sans attendre la trêve d’août, le temps a commencé à se gâter. Le chef d’Etat major des armées, Pierre de Villiers, le frère de l’autre, a rué dans des brancards trop étroits, à cause d’une affaire de budget. L’argent, parmi ses vertus, à celle-ci : c’est une mesure de l’impossible.
Sur un budget déjà étique, les armées se sont fait piquer huit cent millions d’euros par un arbitrage de Bercy : des crédits prévus pour un maigre investissements sont réaffectés pour payer des opérations extérieures très gourmandes et qui n’avaient pas de financement (ce qu’il y a de rigolo, c’est que des gens qui travaillent comme ça reprochent à Marine Le Pen son manque de sérieux en matière économique).

Villiers et le président : le temps de l’affrontement

Pour devenir chef d’état major, il faut savoir avaler les couleuvres en silence, mais il y a des moments où trop c’est trop, et Pierre de Villiers a prévenu qu’il ne « se laisserait pas baiser ». C’est une manière de racheter des années de complaisance en tombant noblement : l’honneur d’un général, comme celui d’un capitaine, est parfois de relever la tête. Aussitôt Macron Jupiter a parlé de la couper. Il a dressé un menton proprement mussolinien pour rappeler que « le chef des armées » c’est lui, qu’il y a une chaîne de commandement et que quand il y a un problème entre le président et le chef d’état major, celui-ci s’en va. Puis Castaner et Edouard Philippe ont mis de l’huile dans le circuit, rappelé la haute estime où le président tenait Villiers, et en même temps souligné les exigences du « management ». Mais que Villiers se soumette ou qu’il se démette le résultat sera le même, confiance rompue entre l’armée et son chef. Après l’affaire Sylvie Goulard, ça bouge à la Défense : on n’avait pas vu ça depuis la guerre d’Algérie et l’affaire Dreyfus ! Macron fait une démonstration devant ses peuples admiratifs de l’autorité de l’Etat et de sa propre autorité sans se rendre compte qu’il tourne à vide.

Macron savoure la belle histoire du président Trump

Cette histoire Villiers l’enquiquine. Une fête nationale réussie, c’est pour les enfants les lampions, les pétards, les feux d’artifice, et pour le président adolympien, l’occasion de lampions, de pétards, de feux d’artifice diplomatiques à l’échelle de la planète. Il avait déjà impressionné nos foules avec Poutine à Versailles, voilà maintenant Trump sur la Concorde et sur la tour Eiffel, avec ses limousines et ses gardes du corps. C’est plus cool que Game of Thrones. Trump et le défilé.  Trump et les facéties musicales des militaires. Trump et l’environnement surtout. Notre Macron va le faire revenir sur son retrait de l’accord de Paris. Il lui explique. Il ne désespère pas de « le convaincre ». Il relève explicitement que les villes, les Etats, les industries passent outre la décision de l’Etat fédéral, que celle-ci est donc vaine et le pouvoir de Trump de pure apparence. Il a découvert la lune, le président Macron. Et bien sûr, Trump était si nigaud qu’il n’avait pas pris garde à tout cela, ça lui ouvre les yeux, les arguments de notre Jupiter, et il va voir ce qu’il va pouvoir faire pour revenir par la fenêtre, et Nicolas Hulot juge tout cela « pertinent », et le public est prié d’y croire. Macron fait un tour de l’arène en saluant. C’est si beau la fête nationale, la Seine qui miroite de fusées sous le ciel et les histoires qu’on raconte au peuple. Rien n’y est impossible.

Faire plaisir à Netanyahu : mission réussie

Bien sûr, les ronchons  noteront que les Etats-Unis ne sont pas encore sortis de l’accord de Paris, qu’ils ne sauraient en sortir avant 2020, que rien n’indique ni les convictions profondes ni les intentions de Trump en la matière, et qu’en particulier le président américain sait parfaitement que l’Etat fédéral n’a qu’une influence limitée sur la réalité des politiques pratiquées aux Etats-Unis en matière d’environnement. Mais la Story racontée par Macron est si réussie qu’on a envie d’y croire.

De même le couplet sur la rafle du 16 juillet 1942. Cela fait plaisir à Benjamin Netanyahu. Macron Jupiter fait plaisir à tout le monde. Aux Algériens en leur parlant de nos crimes contre l’humanité. Aux musulmans en leur disant que l’islam n’est pour rien dans le terrorisme islamique. Aux migrants en leur ouvrant grand les portes. Aux Israéliens en leur parlant de la rafle du 16 juillet 1942. Sur cette rafle, soixante-quinze ans après, on pensait que tout avait été dit : Mitterrand, De Gaulle et les autres estimaient que la France n’en était pas responsable, Chirac défend depuis 1995 l’avis inverse, Macron vient de s’y ranger, on ne voit pas bien l’urgence de la chose, mais c’est compter sans Bibi Netanyahu : Bibi Netanyahu étant l’hôte de la France, il faut faire plaisir à Bibi Netanyahu. Ca fait partie du deal avec le pro-sioniste Trump.

Macron transforme la France en Camp du drap d’or

Avec Macron la France est transformée en un gigantesque et permanent Camp du drap d’or. Trump, Poutine, Netanyahu se succèdent et on leur sert dans la même vaisselle de vermeil à chacun la soupe qu’il préfère. Et en même temps on vend aux Français l’idée que la politique est affaire des grands de ce monde, qui prennent ensemble, pour les peuples qu’ils représentent, mais sans être mandatés, les décisions qui s’imposent à leur communauté d’esprits éclairés. C’est la gouvernance mondiale mise à la portée de Closer, Gala et Point de vue et images.
Le président de la république française devient ainsi une sorte de monsieur Loyal de l’Europe et du monde, ce qui flatte l’ego des spectateurs, tout en le privant du pouvoir que lui donnent l’histoire et la constitution, celui de souverain au nom du peuple. Il vide ainsi complètement la fonction présidentielle de son contenu réel et en même temps il donne un grand lustre de communication à sa nouvelle fonction qui est celle de gauleiter de la France et go-between entre les autres gauleiters des principaux pays d’Occident.

Macron réussit quand il réussit et en même temps quand il échoue

Mission réussie, mais en même temps mission impossible, car viendra un moment, où la réalité viendra bousculer ces belles images. Le scrogneugneu du général de Villiers en est le grincement annonciateur. C’est la limite de la stratégie Macron et en même temps c’en est le triomphe : car alors, après avoir vidé la fonction présidentielle de sa substance, il la discréditera aux yeux du peuple : le président Jupiter s’avouera impuissant à tenir ses promesses, à trouver la quadrature du cercle qu’il a annoncée, parce qu’elle est impossible. Alors les Français se détourneront un peu plus, déçus jusqu’à l’os, de la politique, et seront tout à fait prêt pour l’esclavage, pour la soumission à la gouvernance mondiale. L’échec programmé de l’autoritarisme de Macron est une propédeutique à notre avenir totalitaire.

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Destin (?) de Macron

Par Philippe Grasset, le 18 juillet 2017

http://www.dedefensa.org/article/destin-de-macron

D’abord un mot en guise d’avertissement, qui vaut d’ailleurs pour certains textes de ce Journal-dde.crisis. Ce texte ci-dessous aurait aussi bien pu figurer, sous une forme à peine modifiée (sans les interventions à la première personne) dans une rubrique courant du site. Mon choix a été différent parce que j’ai l’impression de faire ici un peu de cette prospective que l'on s’emploie à éviter dans les analyses du site. Du coup, le traitement du problème devient très personnel et mérite de figurer là où il se trouve. En passant, j’ajoute cette précision plus générale et qui concerne tous les textes en général : le rôle que j’attribue éventuellement à Macron n’implique aucune espèce d’estime, de jugement, d’appréciation sur l’homme, qui n’a pas encore donné de matière à ce qu’on le juge. Pour moi, Macron, comme les autres acteurs, est d’abord un pion de forces supérieures. Je le dis plus loin, je l’annonce d’une façon plus conceptuelle ici.

17 juillet 2017 – Il y a eu cette rencontre Macron-Trump, comme il y avait eu une rencontre Trump-Poutine, comme il y a eu également une ou deux rencontres Poutine-Macron, et la perception qu’on a de ces rencontres, – quoi qu’il en soit de leurs contenues, – et cette même ligne essentielle d’une entente des trois hommes notamment sur le sujet symbolique de la façon de résoudre la question syrienne. Je ne crois pas une seconde que cela la résoudra, cette question syrienne, je vous parle de perception et vous invite à découvrir ce qui unit les deux partenaires de Macron : ils sont les deux protagonistes, – involontaires, réticents, incrédules, etc., qu’importent leurs humeurs, – de l’énorme simulacre qui déchire Washington D.C., et ce simulacre animé par une pression  incroyable d’une force quasi-divine, – ou disons complètement diabolique, si vous voulez bien et pour être plus juste, – qui est la haine que le Système porte à Trump (et, au-delà mais vraiment très serré, à Poutine également, au nom d’un antirussisme qui est de la même catégorie haineuse)... Par conséquent, Macron est dans cette galère-là.

Ne cherchez aucune attitude rationnelle d'explication à développer pour expliquer ces quelques observations de départ, aucune ne peut résister à la puissance de la communication et à la contraction monstrueuse du Temps qu’elle suscite, et par conséquent à l’accélération folle de l’Histoire. Cette contraction-accélération est telle qu’il arrive qu’on ne la mesure plus ni ne la ressente, comme avec cette comparaison que j’affectionne de l’immobilité du calme absolument paradoxal qui caractérise l’œil du cyclone alors que l’on se trouve au cœur de la force titanesque de la tempête. Par conséquent, si l’on n’y prend garde on n’y voit que du feu et si vous parlez au quidam moyen de la rapidité folle de l’Histoire, il vous regarde comme on contemple un excité incontinent. Passons...

Les autres acteurs ? Il y a les Chinois assurant leur stature de discrète première économie du monde et, pour rester dans le champ des USA qui doit tous nous intéresser parce qu’en matière de crise c’est là que tout se passe, je serais bien poussé à penser qu’ils vont développer leurs liens avec ce que Madsen nomme The United States of Pacific, en y adjoignant des relations à développer avec le Canada, le Mexique, l’Australie, etc. Vis-à-vis de Washington D.C., les Chinois restent sur la réserve et n’ont pas de tendresse particulière pour Trump qui est le souffre-douleur de Washington D.C. Ils s’arrangent très bien avec Merkel qui déteste Trump, mais elle sans le dissimuler et donc dans un sentiment différent des de celui des Chinois.

Certes, je verrais bien ces deux acteurs, la Chine et Merkel, s’arranger d’une certaine distance sinon une distance certaine vis-à-vis de Trump (avec l’esprit différent entre les deux qu’on a vu), et cela les mettant par conséquent, avec plus ou moins d’engagement et plus ou moins d’empressement, proche ou très proche d'un camp qui est celui du Système et du vrai Washington D.C. (Tout cela informel, certes, mais ayant du poids dans les perceptions réciproques.) Encore une fois, revenez à l’Australie, qui est par ailleurs et pour des raisons différentes dans les plans des Chinois, et rappelez-vous à nouveau ce point essentiel qui était déjà rappelé le 14 juillet dans une allusion analogique valant exclusivement pour Merkel dans ce cas, qui est un point si fondamental, sur lequel je ne cesserais d’assez insister :

« [...L]a mauvaise humeur et la dureté de Merkel vis-à-vis de Trump ne signifient en rien une révolte contre l’hégémonie US mais exactement le contraire, c’est-à-dire une bonne et stricte obéissance aux conseils du Deep State [et du Système]. C’est bien le sénateur McCain puis l’ancien directeur du renseignement national James Clapper qui sont allés en Australie, début juin, dire, l’un après l’autre, qu’un bon allié des USA, aligné sur les USA comme il doit l’être, doit aujourd’hui complètement tourner le dos au président Trump, bras d’honneur compris, et attendre paisiblement sa chute qui ne saurait tarder. »

Il faut absolument cesser de percevoir les USA/Washington D.C. comme une seule entité, naturellement hégémonique, et par conséquent avec Trump comme son représentant, mais bien comme une “Guerre Civile” opposant la puissance énorme de la bureaucratie, du Système, contre l’Usurpateur, le Traître-absolument-inexpiable. Et là-dessus, je crois qu’il faut absolument insister sur ce point que cette “guerre civile” n’a aucun sens rationnel, stratégique, ni même de simple corruption des intérêts en jeu ; même si ces facteurs demeurent, elle est pour l’essentiel sinon toute entière animée, sinon noyée par une haine incompréhensible par la seule raison. La puissance de la communication ne cesse d’alimenter cette haine et interdit donc à la raison de s’exercer pour en démontrer le ridicule complet et, au-delà, le terrible effet autodestructeur. Cet aspect influence tout le reste : je veux dire par là que les positions des uns et des autres, nécessairement considérées par rapport à la crise US comme ils l’étaient par la puissance US, subissent les effets et les conséquences de cet antagonisme de haine.

La raison n’a plus sa place, cela est un constat impératif même si la ou les causes de cette absence doivent encore être déterminées avec précision. Il n’y a pas de phrase plus vraie que celle-ci, ricanante et sarcastique puisque venue d’un personnage de fiction qui semble parfois plus vrai que nature, qui doit avoir le cynisme comme ligne de conduite... « Bienvenue à la mort de l’Âge de la Raison », dit le président Underwood (Kevin Spacey) dans la Saison 5 (2016-2017) de la série The House of Cards.

Il y a donc une situation très particulière, complètement inédite, sans précédent possible parce que dépendante en vérité de la vitesse et de la puissance d’un phénomène inédit, lui-même sans équivalent ni précédent : la communication, dans des conditions où la raison ne peut plus lui imposer aucun frein. C’est d’ailleurs elle, la communication, qui, en un sens, du point de vue des moyens opérationnels, a totalement annihilé la raison en ne lui laissant plus aucun espace de temps pour opérer. Pour cette raison (!), il me semblerait extrêmement concevable et logique (ce constat venu du travail de notre raison intérieure, pour les happy few qui encore la capacité de la consulter) que cette pression constatée à Washington D.C., démente, fondée sur une haine incompréhensible et d’autant plus indélogeable, ne cessera pas de se renforcer jusqu’à des conséquences extraordinaires de rupture. Les conditions d’alliance, de coopération, d’antagonisme en sont complètement modifiées, comme si nous réalisions en un sens une répétition en temps réel de la disparition des USA.

Voilà donc mon hypothèse centrale : l’alliance avec les USA ne représente plus aujourd’hui le régulateur global qu’il était (qu’on l’appréciât ou qu’on le détestât) parce que ce lien se modifie à une vitesse stupéfiante, non pas entre ceux qu’il lie mais en plusieurs liens différents. Une proximité avec Trump ne signifie en aucun cas une proximité avec les USA, et Merkel comme les Australiens, qui travaillent directement avec les courroies de transmission du Washington D.C. anti-Trump, sont beaucoup plus tributaires et soumises à la vassalisation des USA que ceux qui entretiennent de bons rapports avec Trump. La Chine dépend moins si pas du tout de cette logique, bien entendu parce qu’elle est toujours un peu à part ; elle peut effectivement préférer travailler avec les USA d’une manière tangentielle par rapport au(x) pouvoir(s) US et sans trop s’occuper de Trump ni de Washington D.C., selon une logique océanique (l’Océan Pacifique), mais elle le ferait avec sa prudence et sa discrétion coutumières.

Mon constat est donc que les liens et les lignes stratégiques habituels, établis selon les règles de la globalisation appuyées sur des puissances fortes et centralisées (USA d’abord, puis USA et Chine selon les schémas classiques) ont tendance à perdre leurs positions impératives. Qui plus est, dans une telle occurrence, je choisis sans hésiter de ne faire intervenir aucun plan nouveau, aucune stratégie novatrice, car il faut garder à l’esprit que cette sorte d’évolution se ferait alors que la plupart des acteurs seraient marqués, à cause de leurs habitudes et de leurs structures bureaucratiques solidement liés à leurs systèmes de communication et à leurs élites, par des psychologies effectivement secouées, voire endommagées gravement et donc erratiques par le climat actuel exacerbé par les événements US, et d’autant plus que l’absence d’affirmation sinon de réalisation de ces événements laissent ces psychologies à découvert. A mon sens, dans les acteurs principaux occupant actuellement une place traditionnelle, seules la Russie et la Chine disposent encore d’une certaine liberté de leur raison pour juger de la situation, mais ils sont d’une telle prudence que leurs initiatives rationnelles seraient toujours marquées du sceau de la retenue, du refus aussi affirmé que possible du bouleversement, etc., et nécessairement de type défensif là où il se peut ...

Dans cet environnement, il s’avère objectivement qu’il y a quelque chose de nouveau et que c’est pour la France. En un sens, la France est bien placée parce qu’elle dispose de la réputation d’une loyauté européenne (relations avec Merkel) et transatlantique classique (ce qui est devenu la faction Deep State anti-Trump) héritées des nullités précédentes, tandis qu’elle a très récemment noué de bons contacts avec deux forces nécessairement mises dans le camp adverse par la haine dominante à Washington D.C., Trump lui-même et Poutine ; et, d’une certaine façon, Trump et Poutine ayant besoin d’alliés de bonne réputation face à Washington D.C.-la-haine. C’est exactement le cas de la France, qui peut encore plus assumer cette position qu’il lui reste une tradition et certains outils de son indépendance nationale. S’il n’est pas assuré du tout que Macron ait voulu tout cela, il n’empêche qu’il faut observer qu’il a voulu sans attendre des rencontres avec Poutine et avec Trump.

Tout cela n’assure en rien qu’il (Macron) soit conscient de cette distribution du jeu, ou plutôt de cette hypothèse de distribution du jeu que je soulève. Il est donc difficile de savoir ce qu’il en ferait 1) si l’hypothèse se vérifiait complètement, et 2) s’il s’en apercevait d’une façon vigoureuse et lucide. Il n’est même pas nécessaire de s’interroger sur le fait de savoir s’il pourrait être un “grand homme”, hypothèse risquée et chose qui m’importe assez peu ... Mais l’on doit encore une fois observer l’étrange tournure des événements, car ce sont bien les événements eux-mêmes qui agissent dans leurs enchaînements si improbables et inattendus pour nous puisque si dépourvus de moteurs rationnels humains ; ils placent potentiellement, dans le jeu international, un pays (la France) qui avait tellement sombré qu’il en était devenu absolument insignifiant jusqu’à l’inexistence et le non-être, dans une situation potentielle complètement nouvelle à la fois dans la capacité d’arbitrer en étant sollicité par plusieurs parties, à la fois dans la capacité de s’engager dans une démarche où il pourrait travailler dans un sens antiSystème... L’on peut en déduire que la France, même lorsqu’elle hérite d’une diplomatie nulle au-delà de toute description (la succession Sarkozy-Hollande avec l’époustouflant enchaînement Kouchner-Juppé-Fabius-Ayrault), trouve chez les dieux la possibilité d’un complet renversement avec l’option d’une diplomatie renversant le courant pathétique des dix dernières années.

Macron saura-t-il avoir un destin quelle que soit sa propre valeur ? La question est bien délicate et l’on ne devrait pas se risquer à y répondre positivement et je ne m’y risquerais pas, et d’ailleurs sans juger cette question-là véritablement intéressante ; il suffit, pour notre édification et pour croire alors à la possibilité d’un pseudo-destin de Macron, d’avoir toujours à l’esprit qu’il y a les événements métahistoriques eux-mêmes, soufflant comme des grands vents dominants, en mode de tempête, qui peuvent pousser dans un sens intéressant et inattendu. Les temps courants ne cessent de devenir, de périodes en périodes de plus en plus courtes, eux aussi de plus en plus intéressants et inattendus.

Peut-être que les dieux jouent aux échecs mais nous qui servons de pions, nous sommes joués à quitte ou double... C’est quand même mieux que d’être “quitte” avant même de jouer, comme ce fut le cas pendant une décennie.

Les gouvernements et les banquiers ont seulement besoin d’un peu d’électricité pour produire de la monnaie en un clic

«  … les gouvernements détruisent la valeur de la monnaie. Comme ils ne parviennent pas à gérer l'économie et à joindre les deux bo...