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jeudi 20 juillet 2017

L'ombre d'une immaturité régalienne



« … le conflit avec le chef d'État-major des armées ( ) laisse transparaître comme l'ombre d'une immaturité régalienne… L'ère de la représentation, de la seule pratique symbolique des responsabilités s'achève. C'est désormais le vif qui saisit le pouvoir… Le Prince ne peut plus seulement s'abîmer dans le reflet flatteur que lui renvoie une opinion bien plus virtuelle que concrète… Le macronisme de gouvernement s'offre ainsi son trauma originel, la scène primitive d'un tout premier désarroi.. La com' à tout prix a ses limites et l'excès d'images heureuses peut nuire aussi à la réputation » écrit Arnaud Benedetti dans un article du 20 juillet 2017 à lire ci-dessous. 

Bonne lecture

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Démission du général Pierre de Villiers : la fin de l'illusion communicante

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour le spécialiste de la communication Arnaud Benedetti, avec la démission de Pierre de Villiers, « l'ère de la seule pratique symbolique des responsabilités s'achève » pour Emmanuel Macron. L'heure du retour au réel a sonné.
Cette fois-ci c'est bien la fin de la com'... L'illusion communicante est en passe de faire long feu , et notre jeune Président risque de l'apprendre à ses dépens . Il ne suffit pas de «chorégraphier» le pouvoir pour en asseoir la légitimité . La démission du Général de Villiers n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel enchanté depuis le 7 mai par une politique de papier-glacé , de selfies ludiques et de facebooklive soigneusement préparés ; elle est d'abord le retour à la normale de l'action publique , de ses aspérités et de ses contradictions . En homme responsable , renouant avec la geste gaullienne , le chef d'Etat-major a sobrement rappelé que l'agir n'était pas exclusivement communicationnel , qu'il ne saurait se réduire à la phraséologie et à la scénographie aussi maîtrisée soit-elle . Il faut aussi un moment que les convictions épousent les actes . Le Général a restauré le réel et bousculé le storytelling permanent , anesthésiant de consciences sidérées par une com' léchée, envoûtante, séquencée avec juste ce qu'il fallait de latence pour stimuler le teasing .
On a beaucoup célébré ces dernières semaines les détours d'un chemin initiatique venant scander l'apprentissage épiphanique du nouvel élu . La com' avait aspiré comme par miracle les inquiétudes , les ressentiments , les mauvaises humeurs , sans toutefois éteindre une certaine forme de circonspection . Dans sa phase de conquête la providence politique , la connivence médiatique , une communication digne de la gestion d'une marque prometteuse furent les bonnes fées de l'élève Macron .
De la pyramide jusqu'au 14 juillet , l'entrée au palais se fit par la suite à coup de ballets , de saynètes , de récits dont le sens consistait à produire l'effet d'une remise en ordre d'un monde présidentiel malmené par deux quinquennats , éruptif pour le premier , chaotique pour le second . L'ère de la représentation , de la seule pratique symbolique des responsabilités s'achève . C'est désormais le vif qui saisit le pouvoir , la mécanique imprévisible de la décision et de l'action qui vient perturber ainsi le bel agencement narratif auquel le macronisme s'efforce d'assigner chacun d'entre nous , à l'instar de spectateurs émerveillés par le flux continu de prouesses scéniques . Le Prince ne peut plus seulement s'abîmer dans le reflet flatteur que lui renvoie une opinion bien plus virtuelle que concrète .
Entrer dans l'action , c'est évidemment sortir de l'image et se confronter à l'épreuve . Premiers accrocs au «new-deal» communicant initié par un Emmanuel Macron soucieux du contrôle constant de l'expression , les hésitations liées à la mise en œuvre de la suppression de la taxe d'habitation ont constitué une alerte inaugurale . D'un tout autre volume apparaît le conflit avec le chef d'État-major des armées qui laisse transparaître comme l'ombre d'une immaturité régalienne . En effet , l'épée ne se gère pas avec la légèreté insolente d'un startupper congédiant un CDD. Sans doute est-ce cette impression collective dont l'onde a balayé politiques , commentateurs , et nombre d'observateurs , à droite et à gauche , qui a suscité un émoi réel et dont la portée a été manifestement sous-estimé par l'actuel hôte de l'Élysée. N'y prenant garde , confondant management et sens de l'État , le risque a été pris - nous l'écrivions ici même voici quarante-huit heures - d'ouvrir la première grande crise depuis le début de la V ème République entre le civil et le militaire .
Le macronisme de gouvernement s'offre ainsi son trauma originel , la scène primitive d'un tout premier désarroi. Dans la foulée de sa démission , l'annonce de la nomination du successeur du Général de Villiers , paré pour la circonstance par le porte-parole du gouvernement de tous les attributs de l'héroïsme vise non seulement à assurer la continuité du service à son plus haut niveau mais également , symbolique oblige, à substituer une icône à une autre . Tout se passe comme s'il fallait effacer de la série à succès ce mauvais épisode ... Mais en se rendant sur le Tour de France le jour même du fracas , le Président n'a-t-il pas pris le risque, voulant recharger son capital sympathie auprès d'un grand événement populaire , de rajouter à la crise une pincée de futilité? La com' à tout prix a ses limites et l'excès d'images heureuses peut nuire aussi à la réputation .

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