samedi 29 juillet 2017

La normalisation de l’idée de guerre nucléaire



« L‘effondrement actuel du monde unipolaire, avec l’émergence inexorable d’un cadre multipolaire, a favorisé la montée en puissance d’une menace sous-jacente – la normalisation de l’idée de guerre nucléaire. La dernière pièce à verser au dossier concerne un amiral américain [Swift, ndlr] assurant tout un chacun de sa détermination à obéir au président Trump s’il ordonnait une frappe nucléaire contre la Chine. 

Ainsi, ce que l’amiral Swift a dit, en code, est que si l’ordre civil lui en est donné, l’armée des USA déclenchera la Troisième Guerre mondiale (ou la Quatrième Guerre mondiale, en comptant la Guerre froide), par une docile application de la doctrine de première frappe préventive du Pentagone. Ce que Swift n’a pas dit est que le président Trump a également le pouvoir de faire comme Truman, et de congédier tout déséquilibré qui aspirerait au rôle de clone de MacArthur » écrit Pepe Escobar dans un article du 29 juillet 2017 à lire ci-dessous.

Bonne lecture

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Dans le doute, larguez des bombes nucléaires sur la Chine

Par Pepe Escobar

Paru sur Asia Times sous le titre When in doubt, nuke China

L‘effondrement actuel du monde unipolaire, avec l’émergence inexorable d’un cadre multipolaire, a favorisé la montée en puissance d’une menace sous-jacente – la normalisation de l’idée de guerre nucléaire.

La dernière pièce à verser au dossier concerne un amiral américain assurant tout un chacun de sa détermination à obéir au président Trump s’il ordonnait une frappe nucléaire contre la Chine.

Ne nous inquiétons pas du fait qu’une guerre nucléaire au XXIe siècle, entre grandes puissances, serait La Dernière Guerre. Notre amiral – qui s’appelle Swift – est seulement préoccupé de minuscules détails démocratiques, par exemple que « tous les membres de l’armée des États-Unis ont juré de défendre la Constitution des USA contre tous ses ennemis extérieurs et intérieurs, et d’obéir aux officiers et au président des États-Unis en tant que commandant et chef suprême.

Ainsi, tout tourne autour de la loyauté envers le président et au contrôle civil de l’armée – sans considération pour le risque d’incinérer d’indicibles masses desdits civils, y compris des Américains (étant donnée l’inévitable réplique chinoise).

Appelons Swift, encore lui, à la rescousse : « Ceci est la base de la démocratie américaine et chaque fois que vous avez une armée qui s’éloigne de son allégeance au contrôle civil, nous avons un problème sérieux ».

Que le porte-parole de la flotte du Pacifique des USA – Charlie Brown (un nom ad hoc ?) – soit immédiatement passé en mode de contrôle des dégâts en tournant la proposition de l’option (nucléaire) en ridicule n’a aucune importance. La question tout comme la réponse sont révélatrices.
La déstructuration mentale de MacArthur
Pour mettre en contexte ce « contrôle civil de l’armée », un retour à septembre 1950 et à la Guerre de Corée opéré grâce à Korea: The Unknown War (Corée, la guerre inconnue), de Bruce Cumings and John Halliday est loin de pouvoir être tourné en ridicule, notamment parce que des factions actuelles du Parti de la guerre à Washington poussent à un bombardement nucléaire non pas de la Chine, mais de la Corée du Nord elle-même.

Il est central de se rappeler qu’en 1950, le président Truman avait déjà donné l’ordre de « civil à l’armée » de larguer deux bombes atomiques sur le Japon. C’était en 1945 – une première historique.

Truman était devenu vice-président en janvier 1945. FDR le traitait avec le plus profond mépris. Il n’avait pas eu connaissance du projet Manhattan. Quand FDR est mort, il avait été vice-président depuis seulement 82 jours. Il avait donc accédé à la plus haute fonction en ignorant tout des affaires internationales ou des nouvelles options militaires/nucléaires.

Truman a eu cinq ans après le bombardement du Japon pour tout apprendre, sur le terrain. L’action était désormais sur le front coréen. Avant même le débarquement amphibie à Inchon menés par le général MacArthur – le plus important depuis le débarquement de Normandie en 1944 – Truman avait autorisé MacArthur à dépasser le 38e parallèle. Il y a débat historique sur la latitude exacte qui avait été laissée à MacArthur – du moment qu’il gagnait. Parfait pour un homme qui aimait à citer Montgomery : « On ne donne jamais de directives adéquates aux généraux ».

Quoi qu’il en soit, MacArthur avait reçu un mémo secret de Truman soulignant que toutes les opérations au nord du 38e parallèle étaient autorisées, mais « seulement si les Soviétiques ou les forces communistes chinoises n’entrent pas en Corée du Nord, s’il n’y a pas n’annonce de ce type d’entrée, ni de menaces de contre-attaque militaire envers nos opérations ».

Ensuite, MacArthur avait reçu un message confidentiel du chef du Pentagone George Marshall : « Nous voulons que vous vous sentiez les coudées franches, tactiquement et stratégiquement, pour avancer au delà du 38e parallèle. »

MacArthur continuait à avancer. Il était sûr que la Chine n’interviendrait pas en Corée : « Si les Chinois tentaient d’accéder à Pyongyang, il y aurait un massacre ». Il avait tort. Les forces américaines ont pris Pyongyang le 19 octobre 1950. Exactement le même jour, pas moins de 250 000 soldats du 13ème groupe armé de l’Armée des volontaires du peuple chinois traversaient le fleuve Yalou et entraient sur le territoire de Corée. Les renseignements américains n’avaient strictement rien décelé à propos de ce que l’historien des armées S.L.A. Marshall a ensuite décrit comme « un fantôme qui ne projette pas d’ombre ». [NdT : L’opération, très habilement menée, avait permis aux 250 000 hommes de progresser sans aucunement trahir leur présence.]

MacArthur est ensuite devenu de plus en plus incontrôlable, allant jusqu’à appeler à un bombardement atomique de la Corée du Nord. Il devait partir. La question était de savoir comment. Les civils – Dean Acheson, Averell Harriman – était pour. Les généraux – Marshall, Bradly – étaient contre. Mais ils s’inquiétaient aussi du fait que, « Si MacArthur n’est pas relevé de son poste, nombre de nos citoyens vont accuser les autorités civiles de ne plus contrôler l’armée. »

Truman avait déjà pris sa décision. MacArthur a été remplacé par le lieutenant-général Ridgway. Mais la folie de la guerre faisait toujours rage, parce qu’elle était l’otage de la « menace » sino-soviétique de « domination mondiale communiste ». Plus de deux millions de Nord-Coréens ont été tués. Et ce que le général Curtis LeMay – un Dr Folamour grandeur nature – allait dire plus tard sur le bombardement du Vietnam « jusqu’à le faire retourner à l’âge de pierre » avait été infligé par les USA à la Corée du Nord.

L’industrie et les infrastructures de la Corée du Nord ont été totalement détruites. Il est impossible de comprendre les actions des leaders de Pyongyang, au cours de ces dernières décennies, si l’on ne tient pas compte du poids de ces destructions humaines et matérielles dans les esprits nord-coréens.

Ainsi, ce que l’amiral Swift a dit, en code, est que si l’ordre civil lui en est donné, l’armée des USA déclenchera la Troisième Guerre mondiale (ou la Quatrième Guerre mondiale, en comptant la Guerre froide), par une docile application de la doctrine de première frappe préventive du Pentagone. Ce que Swift n’a pas dit est que le président Trump a également le pouvoir de faire comme Truman, et de congédier tout déséquilibré qui aspirerait au rôle de clone de MacArthur.

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