mardi 25 juillet 2017

Ils ont fait sortir le diable qu’ils sont de sa bouteille



« En hurlant à l’illégitimité du The-Donald, ils [la CIA, ndlr] exposent avec une vulgarité incroyable leur propre illégitimité ; ils commettent des actes trop irréparables pour que le monstrueux simulacre qu’ils ont mis tant de temps à fabriquer ne cède pas à un moment ou l’autre pour laisser voir le visage monstrueux de la Gorgone. Ils ont fait sortir le diable qu’ils sont de sa bouteille. » écrit Philippe Grasset dans un article du 25 juillet 2017 à lire ci-dessous.
 
Bonne lecture

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Un acte historique de la CIA

Par Philippe Grasset, le 25 juillet 2017

http://www.dedefensa.org/article/un-acte-historique-de-la-cia

26 juillet 2017 – On sait que la CIA reste un foyer de résistance active au président Trump. Mike Pompeo, le nouveau directeur, n’a qu’une influence mineure sur l’agence et il n’entend d’ailleurs rien modifier de fondamental par rapport à son prédécesseur John Brennan, l’un des adversaires les plus acharnés de Trump. (Qui nous expliquera par quelle étonnante inconscience, ou ignorance, Trump a-t-il nommé Pompeo, sinon par l’habituelle explication de l’impunité complète du ci-devant Deep State pour décider des nominations qui lui importent ?) Cela implique que, lorsque Brennan parle, c’est la CIA qui s’exprime, – et il ne se prive pas de parler.

En décembre dernier, Brennan, alors encore directeur actif de la CIA avait mis en doute la légitimité de Trump comme président des USA. C’était déjà assez lourd, comme démarche, mais personne ne s’en était vraiment offusqué, – je veux dire, officiellement, dans le monde politique où les vertus d’autorité et de légitimité sont si souvent invoquées. Cette fois, Brennan a été plus loin, bien plus loin ; c’est simple, il a posé un acte historique qui réduit à néant les concepts d’autorité et de légitimité et réduit à une bouillie pour les chats la souveraineté des USA. Cela n’a ému personne en particulier, toujours dans le “monde officiel” dont je parle, et la déclaration de Brennan a été retranscrite vertueusement et verbatim, comme l’on fait d’une aimable conversation.

Brennan évoquait la nomination par le ministère de la justice (DoJ) de l’ancien directeur du FBI Mueller pour enquêter sur l’ensemble chaotique-fantasy nommé Russiagate, simulacre parfait comme chacun sait et dont la fausseté ne cesse d’être démontrée jour après jour, – mais qui cela inquiète-t-il puisqu'il s'agit de coincer Trump ? Mueller a dernièrement annoncé qu’il élargirait son enquête aux affaires personnelles du businessman Trump, quoi qu’il en soit du président Trump, ce qui est aller bien au-delà du mandat tacite dont on l’a chargé. Il se déduit de cela que l’on évoque la possible révocation de Mueller par Trump (outre le secrétaire à la justice Sessions qui s’est défilé devant la responsabilité de l’enquête, outre son adjoint Rosenstein qui a personnellement nommé Mueller). Comme cela est excellemment et patiemment expliqué dans The National Review, Trump a tous les droits à cet égard puisqu’il s’agit de nominations de l’exécutif (on ne parle ici ni de l’habileté, ni de l’intelligence, ni de l’opportunité de telles mesures qui sont très discutables, mais de leur constitutionnalité) :
« Nevertheless, as a matter of constitutional law, everyone in the executive branch, including the DAG [Rosenstein] and the special counsel [Mueller], (a) is obliged to follow presidential orders or resign, and (b) may be terminated by the president at will, regardless of cause. »

Venons-en alors à ce que déclare Brennan, lors d’une interview réalisée par Wolf Blitzer, de CNN, lors du séminaire annuel de l’Aspen Institute. Ce séminaire est particulièrement fameux pour être l’un des lieux de regroupement de l’establishment de Washington D.C., ou du Deep State si vous voulez. (Voyez aussi ZeroHedge.com, avec la vidéo de l’interview, la déclaration de Brennan se trouvant autour de le 43ème minute.)

« In the most vocal opposition to president Donald Trump yet, former CIA Director John Brennan said that if the White House tries to fire special counsel Robert Mueller, government officials should refuse to follow the president orders, as they would be–  in his view, – “inconsistent” with the duties of the executive branch.

» “I think it’s the obligation of some executive branch officials to refuse to carry that out. I would just hope that this is not going to be a partisan issue. That Republicans, Democrats are going to see that the future of this government is at stake and something needs to be done for the good of the future,“ Brennan told CNN’s Wolf Blitzer at the Aspen Security Forum, effectively calling for a coup against the president should Trump give the order to fire Mueller. »

Ce que vous comprenez comme je le comprends est bien ceci : l’homme qui dirigeait la CIA il y a encore six mois, et qui reste une des influences majeures sinon exclusives dans l’orientation de l’Agence, déclare sans ambages qu’au cas où Trump révoquerait le Conseiller Spécial Mueller, ce qui est parfaitement autorisé par la Constitution, il suggérerait avec force qu’il serait le temps venu pour les officiers et hauts fonctionnaires du gouvernement de refuser d’exécuter les ordres du président.

Cela se nomme un appel à l’insubordination, à la mutinerie et à la sédition, et jamais sans doute à Washington D.C. un homme d’un tel poids, dans de telles circonstances publiques, n’a émis une telle recommandation d’une façon aussi directe, et avec une telle publicité. Même durant le Watergate, qui est l’affaire qui se rapproche le plus de l’actuelle crise dans la forme des circonstances, notamment les débats publics et les imbroglios juridiques, personne n’a émis une telle recommandation de sédition à visage découvert aussi évidente et aussi tranchante. Il s’agit donc d’un acte historique qu’a posé Brennan, et derrière lui cette machinerie d’une puissance inouïe qu’est la CIA.

Et qu’en dit-on dans le grand appareil général de la communication, la presseSystème, les réseaux-TV, les commentateurs dont le bavardage semble infini sans soulever la moindre polémique chez leurs maîtres à tous ? Rien de précis, rien de notable me semble-t-il. Certes, je n’ai pas dévoré les traces diverses et les colonnes palpitantes de ces innombrables organes mais il me semble que je pourrais en mettre la main au feu. On continuera, j’en jurerais, à vous parler de l’ignominie d’un Trump, de son narcissisme, de ses mensonges, – et d’ailleurs, parfois sinon plus souvent sans vraiment forcer la vérité, parce que l’homme ne s’embrassasse pas de la moindre stature, ni de la cohérence dans ses actes ; on vous parlera de tel ou tel sondage, du “bilan” des six premiers mois de Trump, bref de tout ce qui se passe comme s’il ne se passait rien. Mais j’en jurerais, pas un mot sur cet acte historique du directeur Brennan, l’homme-lige de la CIA. Ainsi serez-vous bien informés pour poursuivre votre fara niente, bonne gens, au chaud soleil du réchauffement climatique qui n’a pas lieu d’être puisqu’à son ombre, au moins, on en profitera pour allonger les vacances.

Cela signifie, ce passage anecdotique que nous vous rapportons pour meubler nos colonnes par temps de vacances où les nouvelles me manquent, que la CIA est bel et bien entrée dans l’Histoire à visage découvert. Elle apparaît désormais pour ce qu’elle est, un appendice “central” du Système, qui ne s’embarrasse plus, ni de gants, ni de simulation, ni de dissimuler une seconde son hybris. Elle ne cache plus ni ne maquille, derrière le masque de brute épaisse de John Brennan, sa prétention à une sorte de souveraineté à elle, celle de faire et de défaire les présidents à sa guise, au su et au vu de tous, sans même l’effort de nous sortir un Lee Harvey Oswald de derrière les fagots. Elle s’en fout, elle est une manifestation fondamentale du “déchaînement de la Matière” et tout lui est permis, et rien ne lui résiste.

La seule chose qui m’intrigue et, après tout, me met du baume au cœur en songeant à la si courte distance entre le Capitole et la Roche Tarpéienne, c’est-à-dire entre la surpuissance et l’autodestruction, c’est que tout cela se fasse à propos d’un Trump. Ils ont été piqués par une méchante déesse porteuse d’une pandémie ravageuse dont le nom pourrait être celui d’une Némésis invertie, cela qui les fit soudain devenir des possédés d’une haine sans retour contre cet homme dont ils auraient pu si aisément s’arranger. A cause d’un Trump, ce géant terrifiant qu’est le Système hurle et tempête, et brise les colonnes du temple, et s’inflige à lui-même d’irréparables dommages. En hurlant à l’illégitimité du The-Donald, ils exposent avec une vulgarité incroyable leur propre illégitimité ; ils commettent des actes trop irréparables pour que le monstrueux simulacre qu’ils ont mis tant de temps à fabriquer ne cède pas à un moment ou l’autre pour laisser voir le visage monstrueux de la Gorgone. Ils ont fait sortir le diable qu’ils sont de sa bouteille.
Encore un effort, Brennan, et tu connaîtras la colère de Zeus dont tes services t’avaient juré pourtant mais un peu vite qu’il était un agent au-dessous de tout soupçon, suffisamment rétribué et corrompu par des palettes de dollars pour qu’il laisse faire.

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