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jeudi 20 juillet 2017

De plus en plus de soldats ne se sentent plus représentés par un chef de l’Etat élu par une minorité de Français



« Parce que l’armée est à l’image de la société, de plus en plus de soldats ne se sentent plus non plus représentés par un chef de l’Etat élu par une minorité de Français et sont, en conséquence, de moins en moins enclins à supporter les humiliations et les coups bas qu’on leur inflige » écrit Philippe Migault dans un article du 20 juillet 2017 à lire ci-dessous. 

Bonne lecture

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La succession du général de Villiers s’annonce difficile

https://francais.rt.com/opinions/41206-succession-general-villiers-sannonce-difficile

Dès sa nomination, le général Lecointre se trouve confronté à une situation intenable. Il va devoir démontrer qu’il est l’homme qui n’aura pas d’états d’âme à accepter l’énième sacrifice demandé, estime expert en Défense Philippe Migault. 

La démission du général Pierre de Villiers de ses fonctions de chef d’Etat-major des armées françaises n’est que le symptôme le plus grave du conflit opposant discrètement depuis des années les armées à leurs autorités politiques de tutelle. Car le malaise n’est pas récent.
Dès la disparition de l’Union soviétique et la fin du Pacte de Varsovie, en 1991, la France a logiquement réduit le volume de ses forces, la menace d’un conflit de haute intensité ayant disparu en Europe. Cette réforme, légitime, du format de nos armées, a été fréquemment vécue comme un traumatisme par ces dernières. En quelques années des dizaines d’unités prestigieuses, souvent riches d’une histoire glorieuse, ont été dissoutes sans ménagement aucun, sans aucune espèce de considération pour les hommes et pour ce que signifiait la disparition de certains corps du point de vue de l’inconscient collectif des armées, plus sensibles qu’aucune autre institution à la sauvegarde de la mémoire. Nos soldats ont accepté et conduit cette mutation. Il y eût de la grogne dans les rangs, tradition oblige, mais les hommes se sont adaptés, sans exprimer leurs doutes et leur fréquent mal-être sur la place publique.

Puis Jacques Chirac a choisi de mettre fin à la conscription et de doter la France d’armées totalement professionnalisées. Cette décision était logique après la guerre du Golfe, au cours de laquelle la France a dû gratter ses fonds de tiroirs pour envoyer 11 000 hommes en Arabie Saoudite lorsque les Britanniques en envoyaient 30 000. Elle ne s’en est pas moins traduite par une nouvelle saignée dans les effectifs et la dissolution de nombreuses unités supplémentaires jusqu’au départ du dernier appelé, fin 2001. Et le mouvement s’est poursuivi sous les administrations Sarkozy et Hollande, des dizaines de milliers d’emplois ayant été supprimés jusqu’au traumatisme des attentats de novembre 2015, marquant un coup d’arrêt au processus. Parallèlement, bien entendu, le budget de la défense a enregistré un recul spectaculaire, passant de plus de 3% du PIB au début des années 90, à 1,6% en 2016. Au terme de vingt-cinq années de coupes claires, on peut affirmer qu’aucune autre administration française n’a connu une réforme aussi violente. Et qu’aucune n’aurait accepté de la conduire sans protester comme l’a fait le ministère de la Défense.

Le résultat est, d’un point de vue strictement qualitatif, incontestable. La France dispose aujourd’hui d’une armée ultra-professionnalisée, qui a fait ses preuves partout, de la Côte d’Ivoire à l’Afghanistan, de la Libye à l’Irak. Un instrument dont les Français, tous les sondages le démontrent, sont, dans leur écrasante majorité, légitimement fiers. Soldats, marins, aviateurs : nos hommes se situent au sommet de l’art militaire. Mais le prix à payer est élevé.

Le lien armées-nation, en premier lieu, n’existe plus. L’armée est désormais seule en première ligne face aux politiques, privées du soutien populaire des Français avec lesquels elle a coupé le cordon.
Faute de réserves suffisantes d’un point de vue quantitatif et qualitatif, faute d’appelés, auxquels de nombreuses missions pouvaient être déléguées, permettant aux soldats de se concentrer sur leur cœur de métier, le combat, nos armées ne sont plus en mesure de remplir l’ensemble des missions qui leur sont demandées.
 
Car il ne suffit pas d’être un professionnel aguerri pour combler les vides, aujourd’hui trop criants, dans les rangs. Pour pallier au manque de matériel moderne et opérationnel. Entre les opérations extérieures (OPEX), l’opération Sentinelle, la multiplicité des missions de souveraineté que les armées assurent au quotidien sans que l’opinion publique ne s’en rende compte, nos soldats n’en peuvent tout simplement plus. Ils n’ont plus de vie de famille, n’ont plus le temps de se reposer entre deux missions, de s’entraîner, de s’approprier sereinement les nouveaux matériels lorsque ceux-ci entrent – enfin – en dotation. Ultra combat-proven, l’armée française, désormais bien trop réduite, n’a plus les moyens des ambitions que les autorités politiques nourrissent pour elle et est de moins en moins bien préparée à des missions sans cesse plus complexes.

En conséquence, nos soldats ont de plus en plus le sentiment d’être les laissés pour compte de la République, laquelle marque bien plus de considération et de respect aux enseignants et aux cheminots, qui ne risqueront jamais, eux, leur vie pour leur pays, mais disposent d’instruments de chantage puissants vis-à-vis des autorités. Privés –légitimement – de droit de grève par leur statut, astreints à un devoir de réserve que l’on a soi-disant élargi au cours des dix dernières, mais qui reste dans les faits aussi restreint qu’une peau de chagrin, les militaires doutent. De plus en plus de cadres quittent précocement la carrière des armes, dans laquelle leurs chances de se voir confier un jour un commandement gratifiant diminuent proportionnellement à l’augmentation de leurs qualifications. Parce que l’armée est à l’image de la société, de plus en plus de soldats ne se sentent plus non plus représentés par un chef de l’Etat élu par une minorité de Français et sont, en conséquence, de moins en moins enclins à supporter les humiliations et les coups bas qu’on leur inflige.

C’est de cette situation qu’hérite le général Lecointre, nouveau chef d’état-major des armées (Cema). Il se trouve confronté d’emblée à une situation intenable. Il va devoir démontrer, sous le regard de tous ses subordonnés, qu’il est l’homme qui n’aura pas d’états d’âme à accepter l’énième sacrifice demandé. Présenté par Emmanuel Macron comme «un héros reconnu comme tel dans l’armée», pour son action sur le pont de Vrbanja, il lui faudra plus que ce coup de marketing présidentiel pour s’imposer. D’abord parce qu’au rythme des multiples OPEX, les héros ne sont pas rares dans les armées et ne peuvent donc compter sur le seul souvenir de leurs actions d’éclats pour faire avaler n’importe quelle pilule à leurs subordonnés. Ensuite parce que les généraux ne sont souvent courageux que sur les champs de bataille. Or c’est dans sa capacité à s’imposer dans l’arène politique que le nouveau Cema sera jugé.

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