lundi 19 juin 2017

Abstention : ce sont les classes populaires qui ont fait massivement la grève de l’isoloir



Je redonne la parole aux autres et pour commencer à Pierre Lévy, spécialiste des questions européennes et dirige la rédaction du mensuel Ruptures, car il reprend via « la grève de l’isoloir » l’un des thèmes que je développe dans mon article précédent, à savoir celui de l’abstention que j’ai décrit comme une sorte de droit de retrait démocratique. Cette abstention majoritaire n’a rien à voir avec la pêche à la ligne ne serait-ce que parce qu’il y a eu 10% de bulletins blancs dont on ne parle pas. Tout cela signifie que le règne Macron s’est bâti sur du sable… entouré d’ « un fossé social de plus en plus profond ».

Après les législatives… attention à la Marche


Un parlement violet, si ce n’est ultra-violet. Une participation en chute libre (43%), constituant même un record absolu dans ce type de scrutin. Un Parti socialiste laminé, une droite classique en déroute et éclatée. Une France insoumise finalement ragaillardie puisque, à défaut de siéger à l’Elysée comme elle en avait fugacement caressé l’espoir, elle disposera d’un groupe au Palais-Bourbon. Et un Front national qui déjoue les pronostics de ses détracteurs en faisant élire, seul contre tous, une huitaine de ses représentants.

Mais au-delà de ce tableau largement commenté, le second tour des législatives confirme, voire amplifie, ce que les scrutins précédents ont marqué : un fossé social de plus en plus profond.

Plus encore que d’habitude, ce sont bien les classes populaires qui ont fait massivement la grève de l’isoloir

C’est caricaturalement visible dans l’abstention : plus encore que d’habitude, ce sont bien les classes populaires qui ont fait massivement la grève de l’isoloir. Ces mêmes catégories qui avaient, pour une large part, placé Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, et permis à Jean-Luc Mélenchon de créer la surprise au premier tour de celle-ci (même si ce dernier a également rallié beaucoup de bobos des centre-villes, séduits par un discours écologique post-moderne, par ailleurs mortifère au regard de toute espérance de transformation sociale).
Idéologiquement : une France ouverte… à l’ultralibéralisme et à la mondialisation ; contre une France «arc-boutée»… sur sa protection sociale et sa souveraineté.

Les candidats macronistes étaient à 70% issus des classes supérieures et dirigeantes

Ce clivage de classe se reflète dans la sociologie des nouveaux élus. Les candidats macronistes étaient à 70% issus des classes supérieures et dirigeantes. Du coup, En Marche! est bel et bien en passe de «renouveler» la classe politique. Mais la question est : dans quel sens ? Certes, le Palais-Bourbon ne brillait pas par l’abondance d’ouvriers, de techniciens, de caissières de supermarché ou de chômeurs.

Mais les nouveaux marcheurs se recrutent essentiellement parmi les «entrepreneurs», les patrons de start-up, les conseils en management ou les directeurs de ressources humaines. Ce que le langage bruxellois nomme avec tendresse «la société civile». Lors de la soirée électorale, il s’est du reste trouvé des invités pour saluer l’entrée en force d’«hommes et de femmes qui connaissent l’entreprise» (privée, de préférence). Autant de nobles représentants du peuple qui, n’en doutons pas, défendront bec et ongles un siècle de conquêtes ouvrières…

Cette loi El Khomri puissance dix répond terme pour terme aux recommandations de Bruxelles

Car l’ordre du jour macronien est connu. Outre la loi dite «de confiance dans la vie démocratique» (un intitulé proprement orwellien…), c’est la loi d’habilitation permettant au futur gouvernement de démonter par ordonnances le code du travail qui tient le haut de l’affiche. Cette loi El Khomri puissance dix répond terme pour terme aux recommandations de Bruxelles. Emmanuel Macron n’a en outre pas caché que ces «réformes» au pas de charge exauceraient les souhaits de Berlin (Angela Merkel n’a pas attendu une heure après la fermeture des bureaux de vote pour envoyer un message de félicitations aux Marcheurs…) et positionneraient ainsi la France en bon élève européen.

Non que le nouveau maître de l’Elysée soit un docile adjudant-chef exécutant fidèlement les ordres de l’UE. Il aspire en réalité à être, avec la chancelière, un des décideurs au sein d’un directoire européen. Car l’Union européenne n’est pas une abstraction, mais l’outil indispensable pour tenter d’imposer aux peuples ce que ces derniers auraient eu la force de refuser au niveau national.

Le prochain rendez-vous est tout proche : le Conseil européen se réunit les 22 et 23 juin. Le président français, de concert avec sa consœur allemande, compte y pousser l’intégration militaire de l’UE. Un «approfondissement» de la gouvernance de la monnaie unique pointe également à l’horizon.

A Bruxelles et dans les cénacles politico-médiatiques inspirés, il est désormais de bon ton, après la victoire d’Emmanuel Macron, de fêter le déclin du «populisme». Entendre par là : les résistances aux projets économiques, sociaux et sociétaux de l’oligarchie.

Les plus lucides, cependant, attendent un peu avant de déboucher le Champagne. Car, après le code du travail, c’est le transfert de la protection sociale vers la CSG qui se profile, ainsi que 60 milliards de coupes dans les dépenses publiques – également un impératif européen.

Il n’est pas certain que le nouveau chef de l’Etat ait devant lui une Marche tranquille.

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