vendredi 27 mai 2016

France : Loi El Khomri, 69% des Français sont favorables à son retrait

L27051619:00 - "Près de sept Français sur dix (69 %) sont favorables au retrait du projet de loi et redonner de la valeur au projet de loi El Khomri est une bataille perdue. A ce stade, l’exécutif est le plus mal en point. Un retournement de situation en sa faveur paraît peu probable et c’est le gouvernement qui encourt la sanction la plus forte dans ce conflit" tranche Le Monde.

Le verdict de la bien-pensance parisienne est tombé. Il est sans appel. Le gouvernement perd ainsi son principal porte-voix malgré les millions de subventions versés au journal. Les choses, enfin, commencent à bouger !
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Loi travail : le gouvernement a-t-il perdu la bataille de l’opinion ? 
Le Monde, le 27 Mai 2016 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 27 Mai 2016 
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L’épreuve « de force » engagée autour de la « loi travail » masque la relative fragilité des parties en présence.
 C’est le gouvernement qui encourt la sanction la plus forte dans ce conflit
Chacun dispose, certes, de moyens d’action non négligeables. 
  • Les syndicats contestataires, CGT en tête, sont en capacité de bloquer certains secteurs d’activité. Le faible taux de syndicalisation ne leur donne toutefois pas un socle très solide. 
  • Le gouvernement dispose des prérogatives que lui confèrent les institutions, y compris, le cas échéant, l’usage (légitime) de la force. Mais son impopularité record, les divisions au sein de la majorité, ainsi que le parcours pour le moins chaotique du projet de loi El Khomri, ne laissent guère d’espoir à l’exécutif de remonter la pente. C’est lui qui encourt la sanction la plus forte dans ce conflit.
les deux adversaires qui se font face s’accusent mutuellement d’être minoritaires, non sans arguments de part et d’autre
Derrière une façade où chacun montre ses muscles, les deux adversaires qui se font face s’accusent mutuellement d’être minoritaires, non sans arguments de part et d’autre. Mardi 24 mai sur France Culture, François Hollande déplorait « un blocage » décidé « par une minorité ». « Le président n’a plus la majorité », a répliqué le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, jeudi 26 mai, avant le début de la manifestation parisienne. « La minorité qui nous gouverne » doit retirer « un projet refusé par les trois quarts des Français », a renchéri Eric Beynel, porte-parole de Solidaires.
L’opinion sera l’arbitre de ce match
L’opinion – perçue à travers l’ampleur des mobilisations mais aussi les sondages – sera l’arbitre de ce match. De tous ces Français qui disent, de longue date, le plus grand mal des responsables politiques et syndicaux, il s’agit d’obtenir une moindre désapprobation que l’adversaire.
 A ce stade, l’exécutif est le plus mal en point. Un retournement de situation en sa faveur paraît peu probable
A ce stade, l’exécutif est le plus mal en point. Un retournement de situation en sa faveur paraît peu probable.

L’opposition à la « loi travail » est ancienne et massive, tant l’affaire fut dès le départ mal engagée. « L’avant-projet de loi n’a jamais été expliqué correctement. Puis il a été porté par une ministre peu connue. Les conditions d’une bonne acceptabilité n’étaient pas réunies », rappelle le directeur général délégué d’Ipsos, Brice Teinturier. Dès lors, poursuit-il, « le président s’est trouvé à la remorque d’une dynamique qui a été activée beaucoup plus par les syndicats contestant le projet que par ceux qui le soutenaient ».
Dès le départ, le gouvernement a perdu la bataille de l’opinion
« Cette loi aurait eu un autre destin si elle avait été portée en début de quinquennat, avec un espoir associé, ce qui n’est pas du tout le cas », souligne Emmanuel Rivière (Sofres). « Dès le départ, le gouvernement a perdu la bataille de l’opinion, y compris au sein du noyau dur de son électorat. Il n’a pas réussi à convaincre du bien-fondé de ce texte », renchérit Yves-Marie Cann. Le directeur des études politiques chez Elabe souligne que « la perception d’un projet de loi très déséquilibré, très favorable au patronat », s’est rapidement imposée.
 près de sept Français sur dix (69 %) sont favorables au retrait du projet de loi 
Le dernier sondage de son institut confirme la persistance d’une nette majorité d’opposants à ce texte. Selon cette enquête, réalisée pour BFM-TV les 24 et 25 mai auprès de 1 000 personnes, et publiée mercredi, près de sept Français sur dix (69 %) sont favorables au retrait du projet de loi « pour éviter un blocage du pays ». Quasiment deux tiers (65 %) des sympathisants de gauche, 46 % des proches du seul Parti socialiste, partagent ce souhait.
 Redonner de la valeur au projet de loi El Khomri est une bataille perdue
« Le gouvernement, qui n’a quasiment pas d’alliés, fait face à une coalition d’anti », note M. Teinturier. « Redonner de la valeur au projet de loi El Khomri est une bataille perdue », ajoute-t-il.

Au demeurant, le front s’est déplacé. Pour le gouvernement, il s’agit désormais moins de chercher à convaincre du bien-fondé de la « loi travail » que de faire porter sur l’adversaire la responsabilité des blocages. De ce point de vue là également, l’exécutif aura fort à faire. Selon le sondage précité, 59 % des personnes interrogées désignent François Hollande et Manuel Valls comme les principaux responsables des tensions, 40 % jugeant que ces derniers sont les organisations syndicales.

Un autre sondage, réalisé les 19 et 20 mai par Odoxa pour Le Parisien, publié le 25 mai, montre que les Français projettent un jugement identique à moyen terme. 61 % des personnes interrogées estiment que le gouvernement serait responsable si l’Euro de football, organisé en France à partir du 10 juin, était perturbé par les mouvements sociaux, contre 37 % qui incriminent par avance, dans cette éventualité, les syndicats.

Les Français, qui rejettent la « loi travail », n’approuvent certes pas les blocages dans les mêmes proportions. Mais l’agacement que ces blocages peuvent susciter se traduit plus, à ce stade, par « une injonction au gouvernement à remettre de l’ordre » que par une mise en cause des syndicats, relève M. Cann.
« Si le gouvernement attend un retournement de l’opinion en raison des blocages, il fait peut-être fausse route », ajoute Jérôme Fourquet (IFOP). Son institut a réalisé deux sondages, avant et après le blocage des raffineries. Il en résulte que le regard porté sur le mouvement social ne s’est modifié que de façon marginale entre les deux vagues de l’enquête : 62 % des sondés estimaient le mouvement contre la « loi travail » « justifié » après le début des blocages, contre 65 % avant.
les Français admonestent d’abord le gouvernement
L’état d’esprit des Français ? « Les gens râlent. Mais d’une part, il n’y a pas de pénurie totale. Et d’autre part, la réforme est perçue de manière anxiogène, et le gouvernement arc-bouté dans l’autoritarisme », résume M. Fourquet. Qu’ils désapprouvent la réforme et/ou réclament de l’ordre, les Français admonestent d’abord le gouvernement, qui, pris entre deux feux, aura fort à faire pour répondre à cette double injonction.