vendredi 18 mars 2016

UE: sommet UE-Turquie, pas d'accord formel avec Ankara avant plusieurs semaines

A180316

05:30 -
C’est la Grèce qui fait l’effort aujourd’hui et qui le fera demain », a souligné le chef de l’Etat français, François Hollande, cité par Le Monde.


A l'issue de la première journée du sommet UE-Turquie à Bruxelles sur la question des réfugiés et à défaut "d'un accord formel", les 28 Etats membres se sont entendus "sur le cadre" des discussions qui devraient avoir lieu avec Ankara. Concrètement, il n'y aura pas d'accord avec la Turquie avant plusieurs semaines, voir jamais et c'est la Grèce qui va se taper les réfugiés "résiduels" en étant plus ou moins aidée par l'UE grâce aux mesures déjà existantes, en particulier le plan de relocalisation déjà voté et financé pour 160 000 réfugiés, ce qui devrait suffire pour permettre à Athénes de faire face pour 2016/2017.

Etant donné que par ailleurs la route des Balkans est désormais hermétiquement close et qu'aucun itinéraire alternatif n'est véritablement viable pour les réfugiés et leurs passeurs, nous pouvons considérer que la crise migratoire est en grande partie réglée, la Turquie n'ayant plus les moyens de faire pression sur l'UE via Merkel qui a finalement baissé les bras et jeté l'éponge face à une bronca générale de ses partenaires européens. 

Il se trouve qu'entre-temps, la situation en Syrie a complètement basculé, ce qui a été mis en lumière par la décision du président russe de retirer une partie de ses forces pour dynamiser le processus diplomatique via la conférence de Genève où l'opposition soutenue par l'Arabie saoudite (dito les terroristes) a accepté de discuter directement avec le régime de Damas, ce qui est une reconnaissance de fait de la légitimité d'Assad, à charge pour le peuple syrien de décider lui-même de son sort. 

Il est étonnant de constater combien nos "bons journalistes" sont complètement passés à côté de la plaque et n'ont encore rien vu, en tout cas rien écrit de tel. Pourtant, la guerre en Syrie est terminée et la question des réfugiés syrien ne se pose donc plus. 

Par contre, la nouvelle question est celle de la militarisation du terrorisme sur le territoire européen proprement dit mais ça, c'est une autre histoire...
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Crise migratoire : les Vingt-huit s’accordent sur une « position commune » face à la Turquie

Par Nicolas Chapuis (Bruxelles, envoyé spécial) pour Le Monde, le 18 Mars 2016

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 18 Mars 2016


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A défaut d’accord formel, les dirigeants européens ont arrêté une « position commune », dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 mars, sur les propositions qu’ils doivent faire à la Turquie, dans la journée, sur la question des réfugiés.
 entente entre eux sur le cadre précis des discussions avec Ankara
La formule mesurée traduit les difficultés qu’ont eues les Vingt-huit à trouver un terrain d’entente entre eux, sur le cadre précis des discussions avec Ankara, afin d’élaborer le mécanisme qui doit stopper l’afflux de migrants aux frontières de l’Europe et particulièrement en Grèce.
Les pays européens devaient accorder leurs violons avant d’entamer des négociations 
Les pays européens devaient accorder leurs violons avant d’entamer des négociations complexes avec la Turquie, qui espère obtenir le maximum de concessions, tant sur le plan financier que sur la question des visas pour ses ressortissants, ou encore sur le processus d’adhésion à l’UE. La prudence était d’ailleurs de mise, jeudi soir, dans les couloirs du Conseil européen. « Je ne peux pas vous garantir qu’il y aura une conclusion heureuse, (…) on est en bonne voie, mais on n’est pas encore arrivés », a expliqué devant la presse François Hollande, à l’issue du dîner de travail des chefs d’Etat.

 
Principe du « un pour un »

Le président français avait prévenu à son arrivée à Bruxelles qu’il n’accepterait qu’« un accord global », portant à la fois sur les garanties de respect du droit des réfugiés en Turquie et sur les moyens supplémentaires, humains et matériels, qu’il faut allouer à la Grèce pour gérer les frontières et les centres d’enregistrement, les fameux « hot spot ».
 C’est la Grèce qui fait l’effort aujourd’hui et qui le fera demain
« C’est la Grèce qui fait l’effort aujourd’hui et qui le fera demain », a souligné le chef de l’Etat, en insistant sur la nécessité que les centres « puissent fonctionner rapidement ». Si le dispositif est adopté, Paris devrait dépêcher sur place des magistrats et des membres de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). Sur l’accueil des réfugiés, « nous montrerons l’exemple dans les prochains jours », a-t-il également assuré, alors que la France s’est engagée à en recevoir 30 000.

L’accord prévoit que la Turquie réadmette sur son territoire les migrants parvenus illégalement en Grèce, parmi lesquels des potentiels réfugiés syriens. En échange de chaque réfugié raccompagné, l’Europe s’engage à installer sur son territoire un réfugié présent sur le sol turc. C’est le principe du « un pour un », arrêté lors du sommet du 7 mars, mais dont les détails devaient cette fois-ci être précisés. Cette reconduite en Turquie des migrants qui ont tenté la traversée est censée décourager les passages. « Ça doit se faire dans le respect du droit, du droit d’asile, du droit en général », a souligné le chef de l’Etat français. De nombreux doutes ont été émis quant au cadre juridique d’un tel dispositif et quant à son efficacité réelle.

D’autres facteurs peuvent également faire capoter l’accord. A commencer par le cas de Chypre – pays non reconnu par Ankara –, qui surveille de près les négociations. Le président Nicos Anastasiades a menacé de poser son veto, si une accélération du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE était évoquée dans le texte.

Ankara espère, de son côté, obtenir une libéralisation des visas de ces citoyens, qui pourraient circuler plus facilement en Europe. Mais sur les soixante-douze critères de sécurité fixés par l’Europe, la Turquie n’en respecte pleinement que dix, et serait en passe d’en valider vingt-six autres. François Hollande a indiqué qu’il ne transigerait pas sur ce point.

La question des droits de l’homme et de la liberté de la presse pourrait également embarrasser les négociateurs. Le pouvoir turc a mené des opérations contre l’indépendance des médias ces derniers jours, à chaque fois à la veille des sommets européens. « Une provocation », jugeait-on dans l’entourage de François Hollande.
« Il s’est produit en Turquie un attentat qui a fait de nombreuses victimes, mais si l’on peut comprendre que la Turquie veuille se protéger du terrorisme, il ne peut pas être accepté des entorses aux droits de l’homme et aux droits de la presse », a expliqué le chef de l’Etat français. 
la question du respect des droits de l’homme en Turquie devrait passer au second plan des discussions
Mais face au « drame humanitaire » des réfugiés syriens, la question du respect des droits de l’homme en Turquie devrait passer au second plan des discussions.
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