€CALYPSE NEWS

samedi 20 février 2016

UE: une Europe "à la carte" confrontée à une "polycrise" non résolue

B200216

09:40 -
"La négociation avec M. Cameron a amplifié le mouvement vers une Europe « à la carte » qui reste confrontée à une « polycrise » qui n’est pas résolue, la migration, avec un sommet prévu début mars, axé sur la Turquie, puis un autre quinze jours plus tard, qui sera décisif pour l’avenir de l’espace de libre circulation Schengen" rapporte Le Monde.


Parlons donc d'une "polycrise à la carte", c'est intellectuellement plus séduisant que de parler d'un chacun pour soi, ce qui est pourtant la même chose, chacun se préoccupant de sa/ses propre(s) crise(s) sans trop tenir compte de la situation générale. Le cinéma de Cameron à ce sommet le montre suffisamment. 

Au-delà des vraies-fausses décisions de Bruxelles qui n'en sont pas, les migrants continuent d'arriver en masse et toujours aucune solution européenne viable en vue - le catastrophique "Plan A" de Merkel - mais des solutions "à la carte" - le vrai "Plan B" - déjà mises en oeuvre par la plupart des Etats membres qui, "de facto", ferment progressivement leurs frontières condamnant, ce faisant, la Grèce à devenir "un piège à migrants", Tsipras n'étant à nouveau pas à la hauteur des enjeux.

Un prochain rendez-vous est donc fixé avec le Grand Calife d'Ankara, juste avant le prochain sommet européen. A condition qu'entre-temps, une guerre entre la Turquie et ses alliés saoudiens n'éclate pas avec la Russie en Syrie et qu'Ankara et Istanbul soit liquéfiées avec quelques missiles nucléaires tactiques.

Revenons sur ces fameux missiles nucléaires tactiques dont Vladimir Poutine a déjà parlé il y a quelques mois. Il s'agit de bombes nucléaires non stratégiques, finalement comme  celles que les USA ont larguées sur le Japon, et dont le but n'est pas de détruire un pays mais d'obliger son gouvernement à changer de cap politique. 

Rappelons que Vladimir Poutine a même déjà indiqué les cibles prioritaires qui seraient ciblées dans un premier temps: toutes les bases de l'Otan pourvues d'armes nucléaires installées dans des pays dit "non nucléaires", c'est à dire qui n'ont pas l'arme de dissuasion, comme c'est le cas, justement, pour la Turquie, sans parler des pays européens à l'exception de la France et de la Grande Bretagne, mais y compris l'Allemagne.

C'est pourquoi une guerre entre la Turquie et la Russie aurait des conséquences immédiates pour l'Allemagne - donc l'Europe à la carte - l'Allemagne, mais aussi l'UE même si elle est à la carte, étant l'alliée principale d'Ankara dans cette affaire, Merkel incitant son homologue turc à y aller en espérant obtenir en retour une aide pour résoudre la crise migratoire européenne.

Notons que le Pentagone vient de décider le retrait immédiat et pour une durée indéterminée des ses principaux bombardiers de Syrie tandis que Moscou continue de renforcer son armement stratégique en Méditerranée orientale avec des Kalibr à foison et des S400 à profusion confirmant ainsi son rôle prépondérant dans la région.
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L’accord « anti-Brexit » ouvre la voie à une Europe « à la carte »

Par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen) et Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen) pour Le Monde, le 20 Février 2016

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 20 Février 2016


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« Deal done. » Donald Tusk, le président du Conseil européen, a officialisé sur Twitter, vendredi 19 février vers 22 h 30, l’accord péniblement négocié entre les Européens pour permettre à David Cameron de défendre, devant les électeurs britanniques, le maintien de leur pays dans l’Union européenne (UE).
  « statut spécial » pour le Royaume-Uni
Au bout de près de trente heures d’une négociation quasiment continue, le premier ministre britannique a arraché à des partenaires pressés d’en finir ce qu’il qualifie, sur un ton triomphant, de « statut spécial » pour le Royaume-Uni. Il lui reste à le défendre désormais devant ses électeurs pour gagner le référendum qu’il a accepté d’organiser, dont la date, probablement le 23 juin, sera annoncée officiellement samedi matin, à l’issue d’un conseil des ministres britanniques.
nous ne participerons pas aux parties de l’Union qui ne fonctionnent pas [Schengen, l’euro] 
Le verbe toujours très efficace, David Cameron s’est félicité, dans une salle de presse comble, vendredi soir, d’avoir obtenu gain de cause sur toutes ses demandes. 
« Le Royaume-Uni ne fera jamais partie d’un super Etat de l’Union européenne, le pays n’adoptera jamais l’euro, nous ne participerons pas aux parties de l’Union qui ne fonctionnent pas [Schengen, l’euro] », a-t-il insisté.
limiter l’accès des travailleurs non européens aux prestations sociales britanniques
« Il ne sera plus jamais question d’avoir quelque chose sans contrepartie », a ajouté le premier ministre conservateur, faisant référence à l’une des principales concessions faites par ses partenaires, le droit pour le pays de limiter sur une durée de quatre ans l’accès des travailleurs non européens aux prestations sociales britanniques. 
« C’est suffisant pour moi afin de faire campagne pour le oui au référendum. L’Union n’est pas parfaite, mais lui tourner le dos n’est pas une solution », a t-il conclu.
 Les Européens ont donc fait leur part du travail pour éviter un « Brexit »
Les Européens ont donc fait leur part du travail pour éviter un « Brexit » (« British Exit », ou sortie de l’UE). Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a défendu sans enthousiasme le compromis en le qualifiant d’« honnête », puisqu’il est censé satisfaire en réalité toutes les sensibilités nationales. « Pas glamour, mais sans concession sur les valeurs fondamentales de l’Europe », a réagi Donald Tusk. Le président de la Commission et celui du Conseil se sont livrés à un petit jeu : M. Cameron avait conclu son intervention en lançant : « Je n’aime pas Bruxelles, mais j’aime la Grande-Bretagne. » « J’aime Bruxelles et la Grande-Bretagne », a répliqué M. Tusk. « J’aime Bruxelles plus que d’autres parties de l’Europe », a ironisé M. Juncker…
un succès pour le leader conservateur britannique
Interminable, ce sommet restera, en tout cas, comme un succès pour le leader conservateur britannique. Plus anecdotique, mais tout aussi symptomatique d’une Europe un peu déboussolée, malade de ses dissensions béantes, les participants au « Brexit deal » retiendront cette photo retweetée des centaines de fois et devenue l’événement du jour : on y voit la chancelière allemande, Angela Merkel, surprise en train de s’offrir un cornet de frites, vers 18 heures, sur une place proche du Conseil. Alors que, sur tous les médias, est diffusée l’information que la négociation bat son plein…

En réalité, elle était suspendue parce que François Hollande voulait consacrer deux heures à une émission sur France Inter, pour y parler d’Europe et de politique intérieure. Une bonne partie de ses collègues était, eux, dans leur chambre d’hôtel depuis le matin : ils se sentaient peu concernés et regardaient d’un œil distrait le débat sur le « Brexit »…
 négociations laborieuses et dramatiques
La dernière ligne droite de l’interminable processus de négociation aura été plus laborieuse et dramatique qu’escompté. 
  • Laborieuse : « Un conseil européen, ce n’est pas parce qu’il dure longtemps qu’il s’y passe grand-chose », a résumé M. Hollande.
  • Dramatique : la discussion sur le « Brexit » a été rattrapée par ce que beaucoup, à Bruxelles, Berlin ou Vienne, considèrent comme la véritable crise, celle des migrants.
  un vaste « piège à migrants »
Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a menacé de bloquer tout compromis avec les Britanniques s’il n’obtenait pas la garantie que les pays de l’Est et des Balkans ne fermeraient pas leurs frontières, ce qui transformerait son pays en un vaste « piège à migrants ». Face à un tel risque, la négociation avec M. Cameron a soudain semblé très décalée, voire complètement improbable, aux yeux des hauts fonctionnaires, même les plus chevronnés.

Le volet « migration » de ce sommet, qui devait ne servir que de thème de diversion le temps du dîner de jeudi soir, a finalement mobilisé les esprits durant cinq heures. Ce qui a renvoyé au milieu de la nuit le début des négociations bilatérales consacrées aux demandes du premier ministre britannique.

Dans la foulée, vendredi, Mme Merkel et M. Hollande se sont employés à rassurer le premier ministre grec, Alexis Tsipras, durant une bonne partie de la journée. Le président français s’est aussi entretenu en tête-à-tête avec le chancelier autrichien Werner Faymann. Ce dernier lui a expliqué qu’il ne reviendrait pas sur la décision de son gouvernement d’instaurer des quotas pour les demandeurs d’asile, afin de limiter le nombre des arrivées quotidiennes, quitte à contrevenir au droit européen. Mais, selon nos informations, le chancelier aurait renoncé à l’organisation, à Vienne la semaine prochaine, d’un sommet pour coordonner la fermeture de la route des Balkans. Finalement, M. Tsipras a préféré baisser la garde et n’a plus évoqué sa menace de blocage lors de la dernière table ronde, vendredi soir.

Entre le début du sommet, jeudi à 17 heures, et sa conclusion, dans la soirée de vendredi, les sherpas et les conseillers juridiques des dirigeants ont, durant des heures, écrit et réécrit, à la virgule et au substantif près, un texte de compromis qui, dans les grandes lignes, n’a, en fait, pas vraiment varié depuis deux semaines.
soigner la « chorégraphie » autour des discussions
Londres voulait aussi soigner la « chorégraphie » autour des discussions, tout le monde surjouant un peu en évoquant la difficulté des négociations. Il fallait laisser à M. Cameron la possibilité d’affirmer qu’il s’était battu comme un lion, tandis que les autres membres de l’UE voulaient prouver qu’ils avaient résisté de toutes leurs forces.
il n’y a d’accord sur rien tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout
Le scénario était bien suivi, les responsables britanniques descendant régulièrement dans l’Atrium, l’immense salle de presse du Conseil, avec ses centaines de journalistes, pour répéter qu’il restait « beaucoup de travail » à accomplir. Imités par le premier ministre belge, Charles Michel, qui, de manière très inhabituelle, est venu deux fois au contact direct des journalistes, pour défendre les « lignes rouges » de son pays et répéter, comme tous les autres, en boucle qu’« il n’y a d’accord sur rien tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout ».

Les ministres polonais et tchèque insistaient eux aussi, lourdement, face caméra, sur leurs préoccupations concernant les restrictions d’accès aux allocations familiales pour les parents exilés au Royaume-Uni et dont les enfants sont restés au pays. Et s’inquiètent des conséquences pour leurs ressortissants si les Britanniques mettaient leurs menaces à exécution. « Jusqu’à 100 000 enfants restés en Pologne seront concernés », assurait un responsable polonais.

A l’inverse, les Danois se demandaient s’ils pourraient utiliser le même mécanisme que les Britanniques (allocations familiales réduites en fonction du niveau de vie des pays où résident les enfants des bénéficiaires) pendant que les représentants de l’Est exigeaient que cette disposition ne soit pas étendue à d’autres pays que le Royaume-Uni…
L'Union reste confrontée à une « polycrise » qui n’est pas résolue
Le bilan pour l’Europe ? Même si M. Juncker invite les journalistes « avec l’élégance qui les caractérise » à ne pas considérer qu’elle est « en crise ou incapable de décider », l’Union semble bien fatiguée par cette négociation au long cours. Elle reste confrontée à une « polycrise » qui n’est pas résolue, la migration, avec un sommet prévu début mars, axé sur la Turquie, puis un autre quinze jours plus tard, qui sera décisif pour l’avenir de l’espace de libre circulation Schengen. Les divisions et le manque de solidarité entre les pays membres n’ont jamais semblé aussi profonds.
vers une Europe « à la carte »
La négociation avec M. Cameron a, elle, amplifié le mouvement vers une Europe « à la carte ». Alors même que le résultat du référendum britannique reste très incertain : un non éventuel des électeurs britanniques réduirait à néant la négociation des derniers jours mais provoquerait un nouveau séisme pour une Union en plein questionnement.
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