vendredi 18 décembre 2015

France/2017: se retrouver face-à-face avec le FN, le meilleur scénario pour gagner une (ré)élection

A181215

15:10 -
"Inviter la droite à travailler avec le gouvernement est un moyen pour celui-ci de la piéger, en installant le FN en seule opposition véritable. Si le piège fonctionne jusqu’au bout, la droite serait ainsi marginalisée, et M. Hollande se retrouverait, au moment de la présidentielle, dans un face-à-face direct avec l’extrême droite. Le meilleur scénario pour une réélection" rapporte "Le Monde".

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Ce que cherchent Hollande et Valls en tendant la main à la droite

Par David Revault d'Allonnes et Bastien Bonnefous pour Le Monde, le 17 Décembre 2015 
Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 18 Décembre 2015 

____________***_____________

C’est un pas supplémentaire. En proposant au gouvernement, mercredi 16 décembre, un « pacte républicain contre le chômage », le sénateur du parti Les Républicains (LR) Jean-Pierre Raffarin a apporté une nouvelle pierre au scénario d’une recomposition politique en débat depuis la poussée du FN aux régionales.
 Un pacte républicain pour l’emploi.
D’autant que Manuel Valls y a aussitôt répondu favorablement : « Un pacte républicain pour l’emploi. Tous rassemblés pour en finir avec le chômage ! O.K. avec Jean-Pierre Raffarin », a réagi le premier ministre sur Twitter.
 endiguer la dynamique de l’extrême droite
Un chef de gouvernement de gauche qui tope avec un de ses prédécesseurs de droite, le tout pour tenter d’endiguer la dynamique de l’extrême droite, l’image est assez inédite.
 avancer ensemble, sans a priori sur le fond
« Que chacun réfléchisse à la manière dont la droite et la gauche peuvent travailler ensemble sur certains grands sujets, comme l’emploi, c’est un dialogue normal », estime M. Valls, qui a l’intention de recevoir à Matignon, « le plus vite possible », les représentants de tous les groupes parlementaires, ainsi que les partenaires sociaux, pour évoquer ces dossiers. Il participera également, fin janvier, à la réception par M. Hollande de tous les présidents de région, pour « écouter, dialoguer et voir, dans le cadre d’un nouvel équilibre territorial, comment il est possible d’avancer ensemble, sans a priori sur le fond », explique l’Elysée.
Tout ce qui va dans le sens de l’union va dans le bon sens
Dans ce climat d’entente cordiale, le chef de l’Etat est à son aise. Il devait dévoiler, jeudi, une plaque commémorative au Monument des fraternisations de Neuville-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais, département où le PS s’est retiré entre les deux tours des régionales pour appeler à voter pour le candidat LR et faire barrage au FN. Le président de la République s’est préalablement entretenu de son déplacement avec Xavier Bertrand, le futur président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, et Gérard Larcher, le président du Sénat, présents à la cérémonie. « Chacun a considéré que, dans un esprit de concorde, il était bon qu’il participe à la commémoration. Tout ce qui va dans le sens de l’union va dans le bon sens », explique l’Elysée.
  père de la nation
Depuis les attentats de janvier et novembre, M. Hollande n’a cessé d’accentuer cette posture transpartisane. Comme s’il avait décidé de ne plus se consacrer qu’à « l’union nationale » et au « rassemblement ». Il en tire d’ailleurs bénéfice dans l’opinion, au point que ses conseillers n’hésitent plus à le dépeindre en « père de la nation ». 
« Il pense qu’on est dans un moment difficile, menacé de l’extérieur par le terrorisme, avec une crise économique qui perdure à l’intérieur et des Français plongés dans l’inquiétude et parfois la colère, explique un proche. Plus que jamais, la classe politique doit être exemplaire. Et le président doit en tenir tous les fils. C’est le cœur de sa fonction. »
Si vous voulez gouverner dans la durée, la gauche seule n’est plus suffisante
M. Valls partage, en la matière, des intérêts politiques convergents avec M. Hollande. Le premier ministre plaide depuis longtemps pour une reconfiguration du paysage partisan et un élargissement de la base électorale socialiste. « Si vous voulez gouverner dans la durée, vous avez besoin d’une assise la plus large possible, car la gauche seule n’est plus suffisante », explique-t-il. Mais l’exécutif avance à pas lents, car il sait que le moment n’est pas idéal pour procéder à une telle recomposition. « La difficulté, c’est de le faire en 2016 », reconnaît M. Valls, alors que l’année à venir va être le théâtre, à droite, de la primaire pour la présidentielle.

Un bouleversement général pourrait advenir après l’élection de 2017. « La recomposition peut se passer au moment de la présidentielle », estime le premier ministre. C’est la raison pour laquelle M. Valls, qui avait déjà évoqué la création d’une « maison commune » avec « toutes les forces progressistes », en octobre 2014, préempte ce dossier. Quoi qu’il advienne dans les prochains mois, il pourra se prévaloir d’avoir pris les devants.

En revanche, l’Elysée et Matignon n’envisagent pas un grand remaniement qui ouvrirait certaines portes ministérielles à des responsables de l’opposition. « Faire de la politique autrement, si on va au bout de la logique, ce n’est pas forcément réfléchir à des questions de casting ou d’organigramme », explique-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat, préférant se concentrer sur « des majorités d’idées ». Pas plus qu’il n’est prévu de modifier le mode de scrutin aux législatives, en instaurant la proportionnelle intégrale. Trop dangereux politiquement, tant le risque est grand de provoquer l’élection de plusieurs dizaines de députés FN.
un face-à-face direct avec l’extrême droite. Le meilleur scénario pour une réélection
Derrière les appels répétés à l’union nationale, le calcul politique existe aussi : inviter la droite à travailler avec le gouvernement est un moyen pour celui-ci de la piéger, en installant le FN en seule opposition véritable. Si le piège fonctionne jusqu’au bout, la droite serait ainsi marginalisée, et M. Hollande se retrouverait, au moment de la présidentielle, dans un face-à-face direct avec l’extrême droite. Le meilleur scénario pour une réélection. 
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~