mardi 15 décembre 2015

France/2017: républicanisme, une "alliance entre socialistes raisonnables et républicains modérés"

C151215
09:45 - Pour lutter contre le FN, le républicanisme pourrait se "construire entre socialistes «raisonnables» et centristes ou Républicains «modérés» pour  former un véritable accord de gouvernement. Reste à savoir si le «rassemblement républicain» est le bon mécanisme dans le mesure où c'est la solution rêvée pour sauver François Hollande en 2017 et propulser Marine Le Pen à l'Elysée le coup d'après" note Alexis Brézet dans son Edito pour Le Figaro.
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Le piège de Hollande

L'Edito d'Alexis Brézet pour Le Figaro, le 15 Décembre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 15 Décembre 2015


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Raffarin de l'avoir exprimée le premier: «Nous devons travailler avec le gouvernement car le FN est un adversaire commun.»
 Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand ou Christian Estrosi tournent autour de la même idée: celle du «rassemblement républicain».
Raffarin l'a dit mais, chez les centristes ou les Républicains, partagés entre le soulagement d'avoir évité le pire et l'inquiétude d'avoir à l'affronter demain, bien d'autres responsables pensent au fond la même chose. À leur manière, chacun pour ses raisons, Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand ou Christian Estrosi tournent autour de la même idée: celle du «rassemblement républicain».
 alliance des «républicains des deux rives», en attendant un vrai accord de gouvernement…
De quoi s'agit-il? Puisque l'on sait depuis le second tour des régionales qu'une entente entre ses adversaires permet de barrer la route au FN, il faut, pensent certains, aller plus loin et organiser vraiment les choses: bâtir dans les urnes l'alliance des «républicains des deux rives», en attendant de construire entre les socialistes «raisonnables» et centristes ou Républicains «modérés» un vrai accord de gouvernement…

Le projet, on l'a compris, va beaucoup plus loin que les légitimes convergences droite-gauche, motivées ponctuellement par une appréciation identique de l'intérêt national, qui ont conduit, par exemple, l'opposition à voter l'état d'urgence ou les lois sur le renseignement. La visée est stratégique: c'est un projet de «recomposition» politique qui s'ébauche (aussi) du côté de l'opposition.

L'idée part d'une analyse dont les régionales ont confirmé la brûlante vérité: la droite n'en a pas fini, loin de là, avec le Front national. Le «barrage» a tenu, mais l'eau n'a pas baissé. Il est même à craindre que les résultats de dimanche n'alimentent un peu plus la frustration des électeurs frontistes en leur donnant le sentiment qu'une fois de plus «on leur a volé la victoire»… Le fameux «plafond de verre» a résisté, mais c'est un plafond mobile qui monte d'un cran à chaque élection!

Au vu de la progression constante des scores du FN (+ 7 points sous Sarkozy, + 10 points sous Hollande, et le quinquennat n'est pas fini…), nul ne saurait prétendre avec un début de certitude qu'il ne dépassera pas un jour le seuil des 50 %.
Reste à savoir si le «rassemblement républicain» est le bon mécanisme pour la droite modérée
À l'évidence, la droite ne peut plus se contenter de la vieille recette qui, depuis trente ans, consiste à oublier la réalité du phénomène en temps ordinaire, puis à sonner le tocsin à la veille de chaque élection, et enfin à improviser entre les deux tours des combinaisons politiciennes toujours plus scabreuses afin de lui barrer la route. Elle doit d'urgence inventer un nouveau dispositif. Reste à savoir si le «rassemblement républicain» est le bon.

La formule a sans conteste pour elle la force de l'arithmétique: à deux, on triomphe plus aisément d'un seul. Elle peut être d'une indubitable efficacité, ainsi qu'on a pu le voir en Paca et dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Elle présente néanmoins un certain nombre d'inconvénients qu'il convient de peser.
le «rassemblement républicain», c'est la solution rêvée pour sauver François Hollande! 
Le premier de ces inconvénients ne concerne que la droite: le «rassemblement républicain», c'est la solution rêvée pour sauver François Hollande! Le président de la République l'a bien compris, qui, en habile tacticien, pose un à un les éléments du décor qui permettront de l'imposer. Le «sacrifice» de ses amis socialistes du Nord et de Paca? Un spectaculaire gage de sa bonne foi, dont il se prévaudra en temps voulu quand il s'agira de persuader l'opinion de sa sincérité «antifasciste». Cette furia sécuritaire qui le conduit, par exemple, à récupérer à droite l'idée de déchéance de la nationalité? Un moyen d'afficher aujourd'hui des convergences programmatiques pour mieux défendre demain le principe d'une «majorité d'idées». Il ne manque plus que le retour à la proportionnelle, pour libérer les alliés potentiels de leurs attaches partisanes, et le tour sera joué: drapé dans le statut de rassembleur que lui vaut sa position institutionnelle, François Hollande pourra lancer la campagne de 2017, tel François Mitterrand en 1988, sous les auspices de «La France unie» (contre le FN, cette fois).

Le piège est parfait. Avant de s'y précipiter tête baissée, les responsables de la droite et du centre qui, sans oser encore le dire, se font doucement à l'idée que pour contrer le FN «il faudra bien faire un bout de chemin avec les socialistes», seraient bien avisés d'y réfléchir à deux fois.

L'autre inconvénient ne concerne pas seulement la droite, mais l'ensemble des acteurs qui prétendent s'opposer au FN. Le «rassemblement républicain», dans l'état actuel des choses, peut certes permettre de barrer la route de l'Élysée à Marine Le Pen en 2017, mais c'est un fusil à un coup. En entérinant la naissance d'un nouveau bipartisme (d'un côté le FN, de l'autre les «républicains» de tous bords), il fait du Front national la seule force d'alternance et crée de facto les conditions de son accession au pouvoir. Si l'action de ce gouvernement chèvre-chou - qu'il soit dirigé par la droite ou par la gauche - n'est pas couronnée de succès, ou s'il fait davantage de mécontents (ce qui n'est pas à exclure, vu les difficultés qui l'attendent), alors Marine Le Pen aura gagné son ticket pour l'Élysée! Elle le sait bien et n'attend que cela: à terme, le «barrage républicain» est son meilleur marchepied.

À mille lieues de ces combinaisons partisanes, dignes des couloirs de la IVe République, il existe pourtant une autre solution, expérimentée avec succès par une poignée de nouveaux élus régionaux. Valérie Pécresse (Île-de-France), Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes), Bruno Retailleau (Pays de la Loire) incarnent tous trois une droite «assumée», libérale en économie, ferme en matière régalienne, conservatrice sur les sujets de société. Sans complaisance envers le Front national, mais sans fausse pudeur quand il s'agit de s'attaquer aux maux qui le nourrissent, ils l'ont contenu au premier tour et fait reculer au second. Intransigeants envers les socialistes, qui les ont parfois violemment attaqués (Valérie Pécresse en sait quelque chose!), ils ont tous trois triomphé, quand leurs homologues «centristes» ne brillaient guère. Plutôt que d'organiser le sauve-qui-peut général en échafaudant de subtils scénarios de «recomposition» qui ne profiteront qu'au PS, peut-être la droite pourrait-elle songer à s'inspirer de leur succès…
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