vendredi 11 décembre 2015

Etat islamique: un projet étatique masquant une organisation criminelle

H111215

20:15 -
" l’EI a mis en œuvre un projet étatique, pensé dans les moindres détails, comme le révèle un document interne de 24 pages, en dix chapitres, destiné à la formation des cadres administratifs, que s’est procuré le chercheur Aymenn Jawad Al-Tamimi, et qui a été publié par le Guardian le 7 décembre" rapporte "Le Monde" citant "un document obtenu par le chercheur britannique auprès d’un homme d’affaires commerçant avec l’EI".

Nota: la présentation qui est faite de l'EI dans cet article ne colle pourtant pas complètement avec les dernières révélations fournies par l'actualité, en particulier turque. En effet, si - comme le prétend la conclusion de l'article - "l’équilibre financier du califat repose, pour une grande part (environ les deux tiers), sur l’extorsion des populations, sous couvert de taxes", quid des revenus considérables du trafic du pétrole sans parler du soutien sous diverses formes de nombreux pays, y compris des pays membres du G20, selon les accusations du président russe, Vladimir Poutine, autant de revenus passés sous silence dans cet article. Comme s'il s'agissait de détourner l'attention du fait que l'EI n'est peut-être rien de plus que la vitrine politico-religieuse d'une véritable organisation criminelle internationale dont les véritables structures sont les services de renseignements d'Etats qui, par ailleurs, prétendent combattre cette organisation terroriste via telle ou telle coalition et dont il faut bien reconnaître que les résultats ne sont pas conformes aux objectifs affichés et proclamés.
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Comment l’Etat islamique a organisé son « califat » 

Par Hélène Sallon pour Le Monde, le 11 Décembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 11 Décembre 2015
 
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Dans l’esprit d’Abou Bakr Al-Baghdadi et de ses condisciples au sein de l’organisation Etat islamique (EI), le califat était bien plus qu’un fantasme. Lorsqu’ils ont proclamé, le 28 juin 2014, le califat sur les territoires conquis en Syrie et en Irak, les djihadistes avaient déjà conçu un véritable projet étatique et imaginé une rigoureuse administration pour imposer dans la durée leur idéologie totalitaire à un territoire et sa population.
 Le succès de cette entreprise a fait mentir les pays occidentaux et arabes
Le succès de cette entreprise a fait mentir les pays occidentaux et arabes qui ont voulu voir dans l’EI un simple avorton d’Al-Qaida, voué à l’échec. « Si une équipe de jeunes met un maillot des Lakers, cela ne fait pas d’elle Kobe Bryant », star américaine de basket-ball, avait raillé Barack Obama, en septembre 2014.
 Le groupe djihadiste contrôle toujours un tiers de la Syrie et de l’Irak et une population de près de 10 millions d’habitants
En novembre 2015, le président américain était forcé d’admettre son erreur. Le groupe djihadiste contrôle toujours un tiers de la Syrie et de l’Irak et une population de près de 10 millions d’habitants. Il a mis la main sur une manne financière et des ressources naturelles qui en font la plus riche organisation terroriste au monde. Il a attiré près de 30 000 djihadistes étrangers sur son territoire, obtenu l’allégeance de groupes djihadistes dans une dizaine de pays, et revendiqué la paternité de nombreux attentats à l’étranger, dont les attaques de Paris, qui ont fait 130 morts, le 13 novembre.
l’EI a mis en œuvre un projet étatique, pensé dans les moindres détails
Dès les premiers mois du califat autoproclamé, l’EI a mis en œuvre un projet étatique, pensé dans les moindres détails, comme le révèle un document interne de 24 pages, en dix chapitres, destiné à la formation des cadres administratifs, que s’est procuré le chercheur Aymenn Jawad Al-Tamimi, et qui a été publié par le Guardian le 7 décembre.
 Principes administratifs gouvernant l’Etat islamique
Certainement écrit entre juillet et octobre 2014 par un certain Abou Abdallah Al-Masri, « Principes administratifs gouvernant l’Etat islamique » est le dernier document obtenu par le chercheur britannique auprès d’un homme d’affaires commerçant avec l’EI. En un an et demi, ce spécialiste de la Syrie et de l’Irak a collecté sur les réseaux sociaux et auprès de sources indirectes plus de 300 documents produits par l’organisation, les a traduits en anglais et publié sur son blog.

Directives administratives et religieuses, annonces publiques, extraits de livres de comptes… Le penchant bureaucratique de l’EI offre un précieux matériau d’étude. 
« Les documents de ce type offrent une fenêtre sur l’organisation interne de l’EI au-delà de la propagande ininterrompue que le groupe diffuse. Quand on dit par exemple que l’EI fournit des services, sur la base de photos et de vidéos, cela permet d’expliquer de quoi il retourne », commente Aymenn Al-Tamimi.
l’Etat islamique se pose en héritier d’une tradition : celle du djihad 
Sur le plan idéologique, l’Etat islamique se pose en héritier d’une tradition : celle du djihad (« guerre sainte ») théorisé par l’Egyptien Sayyid Qutb en 1964 dans son ouvrage Jalons et depuis porté en Afghanistan, en Irak ou en Tchétchénie ; et celle du califat ottoman démantelé en 1924 et restauré – selon l’organisation – non pas en 2014 mais dès 2006 avec la création par Abou Moussab Al-Zarkaoui de l’Etat islamique en Irak (EII).
  unifier la communauté des croyants (« oumma ») sous une seule identité musulmane et une même bannière
L’avènement du califat d’Abou Bakr Al-Baghdadi – qui a pris le titre de calife Ibrahim – est présenté comme la réponse à l’échec du mouvement djihadiste, et notamment de l’EII, à s’implanter, du fait, dit le texte, d’un manque d’ancrage local et de la propagande de l’Amérique et de ses alliés qui a réussi à le faire passer pour « un projet hypocrite ». L’ambition du califat, assène le texte, ne doit donc pas s’arrêter à la « guerre sainte » mais s’atteler à unifier la communauté des croyants (« oumma ») sous une seule identité musulmane et une même bannière. Il doit être un « système englobant » destiné à changer la société et à éduquer les générations futures selon les lois coraniques, pour leur permettre de se soustraire à la dépendance, jugée néfaste, de l’Occident, du nationalisme arabe et du tribalisme.
ce projet étatique s’est traduit par la mise sur pied d’une administration centrale composée de 16 ministères
De ce constat découle la mise en place d’une solide administration destinée à ancrer l’EI sur un territoire – par l’exploitation rationalisée et économe de ses richesses – et au sein de la population – par l’éducation, l’intégration entre « immigrés » et « locaux » et la propagande, qui se voit accorder une place centrale et est placée sous l’autorité directe de la direction de l’EI. Dans les faits, ce projet étatique s’est traduit par la mise sur pied d’une administration centrale composée de 16 ministères, reproduite dans chacune des provinces de l’EI sous l’autorité d’un émir. Ses principes généraux se sont vus déclinés en milliers de règles et règlements régissant tout, des domaines militaire, économique et politique, à l’organisation sociale et culturelle.
la question de l’écart entre la théorie et la pratique
Mais, souligne Aymenn Al-Tamimi, se pose constamment la question de l’écart entre la théorie et la pratique, l’adaptation de ces principes à une réalité et à un contexte en constante évolution. En dépit de son rejet des affiliations tribales, l’organisation a ainsi été obligée d’accepter la persistance des solidarités tribales en ouvrant un département spécialisé. La distinction entre espaces syrien et irakien reste, dans une grande mesure, une réalité en dépit de l’abolition par l’EI des frontières dessinées par l’accord Sykes-Picot en 1916. Les relations avec les pays étrangers qui respectent les musulmans, ainsi que la souveraineté et les frontières du califat, promues dans cette déclaration, restent pour le moins théoriques.

Sur le plan militaire, le document décrit par le menu quelle doit être l’organisation de la formation des combattants locaux et étrangers – militaire, mais aussi religieuse et linguistique –, et ce dès le plus jeune âge avec des camps pour enfants, pour promouvoir la mixité et l’ascension méritocratique. « En pratique, cette organisation a été instaurée. Il y a même eu des efforts pour démanteler les bataillons de combattants étrangers composés d’une seule ethnie ou nationalité, comme celui du bataillon des Libyens Al-Battar Al-Libi, mais des preuves anecdotiques semblent indiquer que la distinction entre immigrés et locaux persiste, et que les immigrés sont perçus comme une classe privilégiée », indique Aymenn Al-Tamimi.
  la gestion des ressources naturelles, considérée comme la clé de l’indépendance et de la survie du califat.
L’autre aspect fondamental mis en exergue dans ce document est la gestion des ressources naturelles, considérée comme la clé de l’indépendance et de la survie du califat. Le document prévoit l’appropriation des ressources jugées primordiales et la centralisation de leur gestion : pétrole, gaz, or, eau, antiquités, moyens de production militaire et alimentaire et routes d’approvisionnement. Cela est confirmé, dans la pratique, par les divers documents auxquels a eu accès Aymenn Al-Tamimi, qui révèlent que l’Etat islamique a placé des spécialistes lui ayant fait allégeance à la tête des installations énergétiques ou du trafic d’antiquités notamment. Les fonctionnaires et personnels spécialisés qui étaient employés par les Etats syrien et irakien ont été maintenus à leurs postes, comme le prône ce texte. Mais, note Aymenn Al-Tamimi, beaucoup sont partis et ceux qui sont restés ont dû payer environ 2 500 dollars pour obtenir une carte de repentance, renouvelable chaque année pour environ 200 dollars.

A côté de cette gestion centralisée des ressources jugées primordiales, le document vante les mérites de la décentralisation, de la liberté d’entreprise et d’investissement et des échanges avec l’extérieur sans intermédiaires. 
« Un certain degré de pragmatisme existe sur le plan économique, car l’EI a compris que le maintien d’un flux de devises avec l’extérieur est essentiel à sa survie financière », note M. Tamimi.
La décentralisation administrative s’applique dans une large mesure. La liberté d’entreprise et d’investir existe, mais elle a un prix : un contrôle étroit et l’imposition d’importantes taxes aux commerçants et sur les échanges. L’augmentation des taxes sur les commerces de Mossoul, à l’automne, a forcé de nombreux marchands et restaurateurs à fermer boutiques.
l’imposition du califat et de son administration sur les populations s’est faite davantage par la coercition que par l’adhésion
Ce que ce document ne dit pas, c’est que l’imposition du califat et de son administration sur les populations s’est faite davantage par la coercition que par l’adhésion. Une police (« hisba ») traque ceux qui enfreignent les règles morales de l’Etat islamique et impose amendes et châtiments (« houdoud ») cruels. Ceux qui ont refusé de rester vivre au sein du califat ou de continuer à y exercer ont vu leurs biens confisqués. « Il y a beaucoup à dire sur la continuité entre la brutalité de l’Etat islamique et celle de l’EII pendant la guerre d’Irak de 2006. La structure étatique imaginée par l’EI est seulement plus sophistiquée et parvient à mieux réprimer toute dissension interne », estime Aymenn Al-Tamimi.
« Les documents internes révèlent un renforcement du contrôle, notamment sur l’accès à Internet. Il y a une inquiétude croissante au sein de l’EI à maintenir une structure sécuritaire rigide pour prévenir une révolte interne. Certains documents, à l’instar de l’amnistie générale décrétée pour les déserteurs en octobre, suggèrent des problèmes de cohésion militaire », ajoute le chercheur.
Les habitants souhaitant se déplacer hors du territoire de l’EI doivent demander une autorisation à l’administration et donner des gages de retour.
 une économie de guerre en quête de la moindre ressource pour survivre
Les documents ainsi que les témoignages de personnes vivant ou ayant vécu sous le califat autoproclamé confirment que l’Etat islamique est bien loin de l’image d’Etat-providence pour l’oumma qu’il souhaitait incarner, et plus proche d’une économie de guerre en quête de la moindre ressource pour survivre. Les services publics tournent au ralenti faute de personnel et de moyens – notamment de médicaments pour les services de santé –, beaucoup d’écoles ont été fermées, les prix comme les taxes ne cessent d’augmenter, les salaires ont été baissés de moitié dans certaines villes.
L’équilibre financier du califat repose, pour une grande part, sur l’extorsion des populations
L’équilibre financier du califat repose, pour une grande part, sur l’extorsion des populations, sous couvert de taxes. Un extrait du livre de comptes de la province de Deir ez-Zor, daté de janvier 2015 et publié par le chercheur britannique, révèle que les recettes mensuelles de la province se composent aux deux tiers des revenus de ces taxes et confiscations. Les dépenses sont, elles, consacrées pour plus des quatre cinquièmes aux soldes des combattants, au fonctionnement des bases militaires, aux pensions pour les familles de « martyrs », au fonctionnement de la police et des médias
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