vendredi 25 décembre 2015

Chine: éventuelle expulsion d'une journaliste de "l'Obs" qui soutient le terrorisme ouïgour

D251215

17:40 - Une journaliste de "l'Obs" pourrait être expulsée de Chine parce qu'elle critique la lutte des autorités chinoises contre le terrorisme ouïgour, une population turcophone et musulmane dont on connait, par ailleurs, les alliances objectives avec Daesh en Syrie et en Irak. Faudrait-il se plaindre de cette éventuelle expulsion comme le font "Le Monde" et les médias internationaux, c'est à dire essentiellement occidentaux?


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La correspondante de « L’Obs » à Pékin expulsée de Chine 

Par Brice Pedroletti (Pékin, correspondant) pour Le Monde, le 25 Décembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 25 Décembre 2015 
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Plus d’un mois après une violente campagne de dénigrement lancée à son encontre dans la presse officielle chinoise, la correspondante de L’Obs à Pékin, Ursula Gauthier a annoncé, vendredi 25 décembre, son expulsion par la Chine. Sa carte de presse, qui conditionne l’obtention de son visa de journaliste, n’a pas été renouvelée. Elle doit quitter le pays le 31 décembre. 
 si je ne faisais pas publiquement amende honorable
« On m’a confirmé que si je ne faisais pas publiquement amende honorable (…) tout en me désolidarisant des ONG dénonçant à travers mon cas les atteintes à la liberté d’expression en Chine, ma carte de presse ne serait pas renouvelée et je devrais partir le 31 décembre. »
une entrave réelle à l’exercice du métier de journaliste en Chine
Après cette annonce, le ministère de la culture français « rappelle son attachement à la défense de la liberté d’expression » et dit chercher les voies d’un « dialogue » avec la Chine. « Il y a encore une semaine pour que le dialogue s’instaure et pour éviter l’expulsion », a-t-il noté. Pour le directeur de l’Obs, Matthieu Croissandeau, « c’est une atteinte inacceptable à la liberté d’informer et c’est une entrave réelle à l’exercice du métier de journaliste en Chine »
dans la région autonome ouïgour du Xinjiang, la population autochtone est turcophone et musulmane
Cette situation trouve son origine dans un article du 18 novembre dans lequel Mme Gauthier relevant les ambiguïtés de la lutte antiterroriste chinoise dans la région autonome ouïgour du Xinjiang, dont la population autochtone est turcophone et musulmane.
Les autorités chinoises évitent d’expulser directement des journalistes étrangers
Les autorités chinoises évitent d’expulser directement des journalistes étrangers. En 2013, ils avaient par exemple retardé jusqu’au dernier moment l’attribution de visas aux journalistes du New York Times et de Bloomberg suite à leurs articles sur la fortune cachée de proches des dirigeants chinois.
Editoriaux belliqueux et menaces
À l’instar du Monde et de tous les médias internationaux
À l’instar du Monde et de tous les médias internationaux, Mme Gauthier s’était interrogée sur une opération policière sanglante évoquée à demi-mot par Pékin au lendemain des attentats de Paris. Cette intervention contre les auteurs présumés d’un massacre dans une mine de la région d’Aksu, non loin de la frontière avec le Kirghizistan. Ce massacre, persiste-t-elle aujourd’hui, tenait davantage de la vendetta que du terrorisme.
Radio Free Asia (radio financée par le Congrès américain) 
L’affaire de la mine d’Aksu est typique des incidents que les autorités locales étouffent. Seul le service en ouïgour de Radio Free Asia (radio financée par le Congrès américain) avait, dès le début, publié des témoignages circonstanciés sur l’implication dans l’attaque de plusieurs familles ouïgoures établies de la région ayant eu maille à partir avec les autorités locales.

Mme Gauthier s’est retrouvée attaquée dans deux éditoriaux successifs du quotidien Global Times, porte-parole belliqueux du Parti communiste chinois, qui l’ont accusée de « prendre la défense des terroristes du Xinjiang, en rendant hommage à leurs morts et en chantant leurs louanges », et de ne pas « exprimer de sympathie pour les victimes du terrorisme en Chine », comme « s’il était diabolique de tuer des civils en France mais compréhensible d’en tuer en Chine ».

Aucune mention n’est faite de l’incident d’Aksu, poussant notamment les lecteurs à s’imaginer que la journaliste exprimait les mêmes doutes sur les attentats qui ont ensanglanté la Chine en 2014. Des centaines d’internautes s’en sont alors pris à elle, la couvrant d’injures et de menaces de mort.
soutien d’organisations de défenses de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) 
Mme Gauthier a de son côté reçu le soutien d’organisations de défenses de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) appelant ainsi Pékin « à cesser d’utiliser le levier des accréditations pour intimider les journalistes étrangers et entraver leur travail d’information sur son territoire ».
« Ils me font un procès d’intention »

Depuis l’incident, Ursula Gauthier a rencontré à trois reprises des fonctionnaires de l’International Presse Center (IPC), la structure en charge des journalistes attachée au ministère des affaires étrangères chinoises. Dans un courrier adressé aux autorités chinoises et au Global Times, elle a également dressé la liste des nombreuses distorsions et exagérations dont son article a fait l’objet dans la presse chinoise. L’ambassadeur de France et son équipe à Pékin ont également eu plusieurs entretiens avec des responsables chinois sur ce dossier.

Le 9 décembre, lors de sa dernière convocation à l’IPC, Mme Gauthier s’est vue remettre trois exigences de la part des autorités chinoises : 
une insulte à ma propre éthique et à la déontologie de journaliste 
« Je devrais m’excuser d’avoir soutenu le terrorisme ouïgour – alors que je ne l’ai bien sûr jamais fait. Déclarer ma sympathie pour les victimes chinoises du terrorisme, et me désolidariser des ONG internationales qui ont présenté mon cas comme une atteinte de la liberté de la presse en Chine. Je leur ai dit que je n’avais pas à le faire. C’est une insulte à ma propre éthique et à la déontologie de journaliste – ils me font un procès d’intention », dit-elle.
il est légitime et crucial de raconter ce qui se passe au Xinjiang, comme on l’a fait pour la Tchétchénie et la Russie
Mme Gauthier estime « qu’il est légitime et crucial de raconter ce qui se passe au Xinjiang, comme on l’a fait pour la Tchétchénie et la Russie ».
 et Dieu sait sur quoi demain
« L’enjeu, ce n’est pas seulement moi. Si on cède sur mon cas, on trace un trait sur la possibilité pour les journalistes étrangers d’écrire librement sur ce qui se passe au Xinjiang aujourd’hui, et Dieu sait sur quoi demain. »
deux poids deux mesures des Occidentaux en matière de définition du terrorisme
La Chine s’est plusieurs fois indignée du deux poids deux mesures des Occidentaux en matière de définition du terrorisme – tout en cherchant à soustraire ses politiques au Xinjiang à tout regard critique. Le sud de la région glisse dans une spirale de violence, aggravée par l’opacité des informations, l’absence de contre-pouvoirs, et la répression souvent aveugle qui y est menée.

En 2014, Pékin a ainsi condamné à perpétuité pour « séparatisme » l’universitaire ouïgour Ilham Tohti, qui s’était donné pour mission d’informer et de réfléchir sur la situation au Xinjiang à travers son site d’information. La même année, l’avocat pékinois Pu Zhiqiang était arrêté pour incitation à la haine raciale après avoir fustigé la politique digne de « colonisateurs » menée par la Chine au Xinjiang. M. Pu a été condamné à trois ans de prison avec sursis la semaine dernière.
  un avertissement à la presse étrangère
Expulser une journaliste étrangère revient à lancer un avertissement à la presse étrangère, déjà très entravée dans son travail au Xinjiang par la surveillance policière. « Les autorités chinoises ne veulent pas que les Chinois et le reste du monde sachent ce qui se passe au Xinjiang », estime Ursula Gauthier. 
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