lundi 9 novembre 2015

UE: guerre migratoire, l'Europe - sans volonté politique - est abandonnée aux vents des passions contradictoires

H091115

20:45 -
"Tout se passe comme si les classes dirigeantes européennes préféraient surfer sur les émotions de passage que décider, gouverner, choisir, prendre leurs responsabilités. L'Europe se présente comme un bateau ivre, sans gouvernail - sans volonté politique - et abandonné aux vents des passions contradictoires" rapporte Le Figaro citant Maxime Tandonnet.

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Angela Merkel, les migrants et le bateau ivre européen

Par Maxime Tandonnet pour Le Figaro, le 7 Novembre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 9 Novembre 2015


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FIGAROVOX/TRIBUNE - Maxime Tandonnet analyse les tergiversations européennes au sujet de la crise de migrants. Pour lui, l'indécision des dirigeants politiques désarçonne les opinions publiques.
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Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l'exercice de l'État pour FigaroVox. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République, Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l'Élysée est paru en août 2014. Découvrez également ses chroniques sur son blog.
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Angela Merkel suit l'opinion allemande très favorable à l'accueil des réfugiés
Les grandes titres de la presse passent mais ne se ressemblent pas. Le 10 septembre 2015, Le Monde écrivait à sa une: «Angela Merkel suit l'opinion allemande très favorable à l'accueil des réfugiés».
 Angela Merkel de plus en plus isolée en Allemagne» dans sa politique d'accueil.
Moins d'un mois plus tard, le 6 octobre, le climat avait basculé et le quotidien du soir titre: «Angela Merkel de plus en plus isolée en Allemagne» dans sa politique d'accueil.
 une leçon d'ouverture et d'humanité à la France
Au début de septembre, l'opinion publique allemande et européenne était bouleversée par l'image du petit Aylan Kurdi trouvé mort noyé sur une plage turque. L'Allemagne se présentait comme un «pays modèle», donnant, comme l'écrivait L'Express du 8 septembre, «une leçon d'ouverture et d'humanité à la France».
  Madame Merkel surnommée «la mère» des réfugiés
Les experts débordaient d'explications: 
  • l'Allemagne a besoin de main d'œuvre en raison de son dynamisme économique
  • et d'un apport massif de migrants pour redresser sa démographie. 
  • Elle est portée par un esprit nouveau, moderne, optimiste, ouvert sur le monde et sur l'avenir, contrairement à sa voisine d'outre-Rhin, condamnée au repli et à la morosité. 
  • Madame Merkel surnommée «la mère» des réfugiés, posait avec ces derniers à Berlin, appelait l'Europe à organiser leur «accueil» dans le cadre de quotas, débloquait 6 milliards d'euros pour organiser la prise en charge des nouveaux venus.


Puis, entre-temps de nouvelles informations sont tombées.
  • Le nombre de réfugiés accueillis en Allemagne en 2015 ne serait pas seulement de 800 000, mais encore bien plus élevé. 
  • Les images de la foule des réfugiés en perdition à Munich 
  • et les centres d'accueil débordés réveillent des souvenirs douloureux dans la conscience collective. 
  • Des rumeurs selon lesquels un tiers d'entre eux ne seraient pas syriens ni irakiens, donc non victimes de la guerre, circulent dans l'opinion.
  rétablir unilatéralement les contrôles aux frontières européennes de l'Allemagne
Madame Merkel, dans un geste paradoxal, signe d'un profond désarroi, après avoir plaidé en faveur d'un large accueil, décide le 14 septembre de rétablir unilatéralement les contrôles aux frontières européennes de l'Allemagne. Ce geste, fondé sur un motif de contrôle de l'immigration, enfreint sans aucun doute possible le droit européen (article 26 du règlement «Schengen»).
  l'affaire des quotas déchire l'Europe
Et puis l'affaire des quotas déchire l'Europe, entraînant de vives réticences de plusieurs pays de l'Est et de la Grande-Bretagne. L'Allemagne fustige ses voisins orientaux, les accusant de bafouer les droits de l'homme en bloquant l'entrée des migrants dans l'espace européen. Mais étrangement, elle leur reproche aussi de ne pas assurer leur devoir de contrôle de la frontière extérieure européenne...
les esprits s'affolent et les polémiques fusent 
Bref, les esprits s'affolent et les polémiques fusent sur les thèmes de l'immigration dans toute l'Europe, notamment en France... Les sondages basculent: en un mois, + 11 points d'avis négatifs en Allemagne. 
  • Après le temps de l'émotion, l'opinion publique s'interroge et doute: 
  • où et comment l'hébergement des centaines de milliers de nouveaux-arrivants sera-t-il assuré? 
  • Quel est l'avenir de ces derniers dans le contexte d'une Europe qui compte 20 millions de chômeurs et tant de drames sociaux de l'exclusion? 
  • A long terme, quel sera l'impact de ces arrivées, en nombre considérable, sur les sociétés européennes? 
  • Jusqu'où ce mouvement de populations peut-il aller? 
  la fuite des classes dirigeantes dans le passionnel, le virtuel
Mais la pire source d'inquiétude, dans les opinions publiques européennes, provient du sentiment de la fuite des classes dirigeantes dans le passionnel, le virtuel, et la désertion du champ des réalités, de la politique, de l'action, du gouvernement. Les politiques européens, de l'extrême droite à l'extrême gauche, donnent l'impression d'avoir tenté, non pas de gérer, mais de subir voire de récupérer le drame des migrants par des images et des slogans, à des fins personnelles ou électoralistes.
 se complaire dans l'inertie et l'indécision
Car entre temps, il faut bien le dire, au-delà des paroles et déclarations, rien ou presque n'a été fait. L'Europe politique - non pas au sens des institutions de Bruxelles, mais celui de la communauté des gouvernements nationaux - a paru se complaire dans l'inertie et l'indécision.
  privé de la volonté d'agir
Le continent a semblé balloté par des passions contradictoires, mais privé de la volonté d'agir. 
  • Où en est l'action militaire contre les passeurs esclavagistes en méditerranée, envisagée en mai dernie r? Nulle part. 
  • Et l'installation d'espaces humanitaires de protection des populations à proximité des lieux de combats? Néant. 
  • Et la concertation européenne en vue de la constitution, avec la Russie et les pays arabes, d'une coalition armée destinée à abattre l'Etat islamique Daesh? Rien.
 L'Europe se présente comme un bateau ivre
Tout se passe comme si les classes dirigeantes européennes préféraient surfer sur les émotions de passage que décider, gouverner, choisir, prendre leurs responsabilités. L'Europe se présente comme un bateau ivre, sans gouvernail - sans volonté politique - et abandonné aux vents des passions contradictoires.
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Trumpisme, le suivisme européen en question

Bien qu’il soit difficile de comprendre le trumpisme tant son auteur sort des codes habituels de la politique, il semble qu’il provoque che...