samedi 21 novembre 2015

Santé: pourquoi et comment se protéger du "bien penser" post 13/11

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03:20 -
"De nombreux étudiants ont du mal à se positionner face au « bien-penser ». Ils reçoivent beaucoup d’injonctions d’aller bien, de continuer à vivre, à aller aux concerts et à s’asseoir en terrasse. Il ne faut absolument pas culpabiliser à ce propos car vous n’êtes pas obligé d’aller bien !" conseille Raphaëlle Badie-Perez, médecin coordinatrice du service universitaire de médecine préventive (SIUMPPS) de l’université Paris-Descartes citée par Le Monde.

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Après le choc des attentats, « vous n’êtes pas obligé d’aller bien » ! 

Propos recueillis par Laura Buratti pour Le Monde, le 20 Novembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 21 Novembre 2015 
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Raphaëlle Badie-Perez, médecin coordinatrice du service universitaire de médecine préventive (SIUMPPS) de l’université Paris-Descartes, a déjà accueilli, écouté et orienté de nombreux étudiants choqués par les attentats du 13 novembre. Voici neuf conseils, fondés sur son expérience auprès d’eux, qui peuvent être utiles à chacun pour prendre soin de soi et commencer doucement à aller mieux.
de l’anxiété au choc post-traumatique 
« Habituellement, nous recevons entre 10 et 30 étudiants par semaine en consultations psychologiques. Depuis les attentats du 13 novembre, nous en recevons plus de quinze par jour, le service est plein du matin au soir. Les troubles des étudiants qui viennent nous trouver vont de l’anxiété au choc post-traumatique, en passant par de fortes angoisses. Les cas les plus graves sont orientés vers le psychiatre du service qui pourra prescrire un traitement ou orienter l’étudiant une structure d’accueil adaptée, en cas de besoin. »
  C’est extrêmement tentaculaire
« Je suis frappée par le nombre d’étudiants qui connaissent quelqu’un qui était sur place ou ont un ami qui y était, ou qui connaît quelqu’un qui, etc. C’est extrêmement tentaculaire. Même sans être touchés directement, certains prennent le choc de plein fouet, cela dépend des gens. Ceux-là ont absolument besoin d’être rassurés et sécurisés. »
se positionner face au « bien-penser »
« De nombreux étudiants ont du mal à se positionner face au « bien-penser ». Ils reçoivent beaucoup d’injonctions d’aller bien, de continuer à vivre, à aller aux concerts et à s’asseoir en terrasse. Ils disent : “J’aimerais bien sortir à nouveau mais je ne peux pas, j’ai peur !” Je leur réponds qu’ils ont le droit d’avoir peur et qu’ils ne doivent pas se forcer. Certains prennent les choses moins à cœur, et sont capables de sortir à nouveau, d’autres pas. Il ne faut absolument pas culpabiliser à ce propos, et s’écouter. Vous n’êtes pas obligé d’aller bien ! »
révéler des fragilités préexistantes
« Ce genre d’événement peut amener certaines personnes à “décompenser”, c’est-à-dire à révéler des fragilités préexistantes. On considère généralement qu’environ 12 % de la population a des problèmes d’anxiété légers ou modérés, qui ne sont pas pris en charge, et qui d’ailleurs se gèrent très bien au quotidien. Lors d’un choc, l’angoisse ressurgit et devient incontrôlable, ce qui explique le grand nombre de personnes qui se sentent mal actuellement. »
ne pas rester seul avec ses angoisses
« Il vaut mieux ne pas rester seul avec ses angoisses, et en parler, si ce n’est à un professionnel, au moins à un proche. Les groupes de parole ne sont pas forcément l’idéal, car on met dans la même pièce des gens qui ont vécu des choses très différentes. Pour celui qui est anxieux, entendre quelqu’un évoquer les proches qu’il a perdus ou l’enfer qu’il a vécu peut faire plus de mal que de bien. Mieux vaut privilégier, dans la mesure du possible, un accueil individuel. »
il n’y a que le temps qui puisse agir
« C’est triste à dire, mais nous ne pouvons pas faire grand-chose pour aller mieux, il n’y a que le temps qui puisse agir. Petit à petit, nous allons réapprendre à avoir confiance au quotidien, dans les transports, dans notre environnement. Beaucoup d’étudiants que j’ai vus sont loin de leur famille et se sentent seuls en Ile-de-France. Retourner chez ses parents, reprendre un rythme, manger et se coucher à heures fixes peut les aider. L’essentiel est de prendre des moments de plaisir pour soi, de se réfugier dans tout ce qui fait du bien. »
  prendre de la distance avec les médias et sources d’information.
« Il vaut mieux se protéger de tout ce qui est anxiogène. Les réseaux sociaux par exemple sont à double tranchant : certains y trouvent du soutien et du réconfort, d’autres sont déstabilisés par les récits des victimes ou les messages racistes ou haineux et cela devient une source d’angoisse. Pour ceux-là, il vaut peut-être mieux prendre de la distance avec les médias et sources d’information. »

« Si vous avez des difficultés à trouver le sommeil et que vous faites des cauchemars dans lesquels vous revivez les événements ou des images que vous avez vues, que vous avez du mal à manger ou à vous concentrer, que vous sursautez à la moindre porte qui claque ou sirène hurlant dans la rue, ce sont des signaux qui doivent vous alerter et vous pousser à consulter un spécialiste. »
les jeunes commencent à réaliser ce qui s’est passé
« Juste après les attentats, l’affluence était moindre. Nous recevions des étudiants qui étaient dans la sidération, sous le choc. Mais depuis mercredi, une deuxième vague de consultations arrive, plus intense : les jeunes commencent à réaliser ce qui s’est passé. Nous nous attendons à ce que ce soit un phénomène qui dure et nous allons donc maintenir d’importantes capacités d’accueil dans les semaines à venir. »
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