vendredi 27 novembre 2015

Santé: pour résister à la peur, il faut s'unir aux autres, mettre en commun son courage comme ses faiblesses

I271115

20:00 -
"On ne peut pas faire face seul à une situation extérieure destructrice. Il faut, pour résister, s'unir aux autres, mettre en commun avec eux son courage comme ses faiblesses. Parler, donner, recevoir, échanger. Il faut «s'épauler», un mot qui, dans notre langue, dit le partage des forces psychologiques aussi bien que physiques." rapporte Le Figaro citant la psychanalyste Claude Halmos.

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« Avoir peur est normal et utile »

Par Pascale Senk pour Le Figaro, le 27 Novembre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 27 Novembre 2015


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La psychanalyste Claude Halmos* décrypte les notions de peurs «saines» et de phobies pathologiques.


LE FIGARO. - On entend çà et là dire que notre société est devenue «phobique». Que pensez-vous de cette utilisation d'un terme clinique?
  La peur dont l'objet est réel est à distinguer de la phobie qui est du domaine de l'angoisse, donc de l'imaginaire
Claude HALMOS. - Plaquer sur la société des concepts qui relèvent de l'individuel est toujours hasardeux. D'autant qu'il faut pouvoir préciser ces concepts. La peur, par exemple, dont l'objet est réel (j'ai peur que ce chien méchant me morde…) est à distinguer de la phobie qui est, elle, du domaine de l'angoisse et donc de l'imaginaire. Quand on a la phobie des chiens, ce ne sont pas les chiens que l'on redoute mais quelque chose que l'on ne connaît pas et que l'on a, inconsciemment (pour des raisons qui ont toujours un sens), associé aux chiens.

LE FIGARO. - S'agit-il donc de distinguer les peurs «saines» de peurs plus «pathologiques»?
  les gens se sentent menacés mais ils se trompent d'ennemi
Claude HALMOS. - Certaines craintes aujourd'hui peuvent évoquer des mécanismes phobiques: peur du gluten, des vaccins… Au-delà de la réalité, elles indiquent que les gens se sentent menacés. Et ils ont raison. Parce qu'ils sont vraiment menacés. Mais ils se trompent d'ennemi.
 Car le plus grand danger ne vient pas du gluten ou de la viande rouge mais de la crise économique
Car le plus grand danger ne vient pas pour eux du gluten ou de la viande rouge mais de la crise économique qui peut, demain, en les privant de leur travail et de leurs revenus, porter gravement atteinte à leur vie. Or personne ne les aide à prendre conscience que c'est cela qu'ils craignent: les politiques et les médias sont, sur cette question, muets. Alors les gens restent en proie à une angoisse diffuse et, faute de pouvoir prendre conscience de sa véritable origine, ils l'accrochent sur des objets possibles.

LE FIGARO. - Dans la théorie analytique, on s'intéresse plutôt aux peurs enfantines et refoulées. Dans un de vos livres, vous nous alertiez toutefois sur l'importance du contexte social. En quoi les unes et les autres se rencontrent-elles?
aider ces personnes à différencier leurs peurs de leurs angoisses qui accroissent leur détresse
Claude HALMOS. - Le chômage, par exemple, fait éprouver, aussi bien à ceux qu'il frappe qu'à ceux qui le redoutent, des peurs tout à fait justifiées: ne plus pouvoir payer son loyer, nourrir ses enfants… Mais ces peurs viennent se nouer en chacun d'eux à des angoisses issues de leur histoire personnelle. Celles par exemple du nourrisson qui était impuissant à assurer seul sa survie. Il faudrait pouvoir aider ces personnes à différencier leurs peurs - légitimes et incontournables - de leurs angoisses qui, fantasmatiques et invalidantes, accroissent leur détresse.

LE FIGARO. - Peut-on éduquer les enfants à l'expérience de la peur?
  la peur est un signal qui protège
Claude HALMOS. - À notre époque où l'éducation vacille, beaucoup d'enfants et d'adolescents manquent de repères parce que les adultes ne leur ont pas signifié clairement que certaines choses sont dangereuses. Et qu'en avoir peur (ce qui ne veut pas dire être terrorisé) est non seulement normal mais utile. Parce que la peur est un signal qui protège. Quand une jeune fille de 15 ans m'explique fièrement qu'elle prend seule, la nuit, le dernier RER pour rentrer dans une banlieue lointaine, je ne la félicite pas. Je lui explique que c'est dangereux…

LE FIGARO. - Suffit-il de parler pour apprivoiser des peurs liées au contexte social?
On ne peut pas faire face seul à une situation extérieure destructrice
Claude HALMOS. - Non, être écouté est essentiel car cela permet, dans une situation difficile, de rassembler ses forces. C'est la raison pour laquelle il serait important que les chômeurs aient accès à la médecine du travail et à des suivis psychologiques. Mais cela ne suffit pas. On ne peut pas faire face seul à une situation extérieure destructrice, maints exemples, dans l'histoire, l'ont prouvé. Il faut, pour résister, s'unir aux autres, mettre en commun avec eux son courage comme ses faiblesses. Parler, donner, recevoir, échanger. Il faut «s'épauler», un mot qui, dans notre langue, dit le partage des forces psychologiques aussi bien que physiques.
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