lundi 16 novembre 2015

France: la "guerre" donc. Mais jusqu'où?

G161115

11:25 -
"La « guerre  », donc. Mais jusqu’où ? Hausser le niveau de la réaction se révèle d’autant plus problématique que cet état de guerre n’est pas nouveau et que le président, condamné au durcissement, ne dispose pas pour autant de réelles marges de manœuvre" rapporte Le Monde.

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Attaques de 13 novembre : quelle riposte envisage François Hollande

Par Bastien Bonnefous et David Revault d'Allonnes pour Le Monde, le 16 Novembre 2015 

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 16 Novembre 2015


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Que faire de plus sur le chemin de la guerre ? Quelle riposte crédible et susceptible de rassurer une opinion traumatisée, alors que l’exécutif est déjà, et de longue date, engagé dans une spirale sécuritaro-militaire ?
 délicate équation
Cette délicate équation se pose à François Hollande qui, pour la première fois de son quinquennat, s’exprimera devant le Congrès convoqué en urgence à Versailles, lundi 16 novembre à 16 heures.
acte de guerre
Le président, dans son intervention d’environ quarante-cinq minutes, devait qualifier à nouveau l’attaque terroriste de vendredi d’« acte de guerre, perpétré par une armée de terroristes, piloté depuis la Syrie, préparé et organisé avec une logistique européenne, avec des complicités en France», selon l’Elysée.
 un projet de loi
Des derniers arbitrages étaient encore en cours, lundi matin, concernant les mesures que le chef de l’Etat annoncerait à Versailles. Après avoir fait montre de compassion, en l’occurrence participé à la minute de silence à l’université de la Sorbonne avec des enseignants et des élèves des écoles du quartier, il tentera de se situer à un niveau de réaction suffisamment convaincant. Il devait confirmer la présentation d’un projet de loi, mercredi en conseil des ministres, pour transmission immédiate aux commissions des lois des deux assemblées, prolongeant de trois mois l’état d’urgence décrété vendredi soir.
bombardements de Rakka censés caractériser « notre détermination de répondre de façon impitoyable
Le dispositif, datant de 1955 et de la guerre d’Algérie, devrait être modifié pour faciliter perquisitions, placements à résidence et saisies. M. Hollande devait annoncer un renforcement du dispositif militaire sur le territoire national ainsi que de nouveaux moyens matériels et humains pour les forces de sécurité. Il devait également revenir sur les bombardements de Rakka en Syrie, dimanche, censés caractériser « notre détermination et notre volonté de répondre de façon impitoyable à l’attaque de vendredi », selon l’Elysée, et revenir sur la « nécessité de frapper cette armée terroriste qui se déploie depuis la Syrie ».
 un durcissement de ton
Renforcement de l’arsenal juridique et des moyens des forces de sécurité ici, frappes militaires là-bas : la présentation de ces mesures décidées dès la nuit de vendredi à samedi, de même que le rétablissement des contrôles aux frontières, témoignent, autant que d’une volonté de renforcement manifeste du dispositif de sécurité, d’un durcissement de ton.
  La France est en guerre, donc il faut tenir un discours de guerre
Samedi matin, à l’issue du conseil de défense, François Hollande avait réuni dans son bureau Manuel Valls, et les ministres Bernard Cazeneuve (intérieur), Jean-Yves Le Drian (défense) et Christiane Taubira (justice), quelques minutes avant son intervention télévisée, la deuxième en moins de douze heures. Tous étaient instantanément tombés d’accord : «  La France est en guerre, donc il faut tenir un discours de guerre  », explique-t-on dans les rangs du gouvernement.
 La « guerre  », donc. Mais jusqu’où ?
La « guerre  », donc. Mais jusqu’où ? Hausser le niveau de la réaction se révèle d’autant plus problématique que cet état de guerre n’est pas nouveau. Le premier ministre l’avait déjà invoqué, le 13 janvier, dans son discours post-attentats devant l’Assemblée nationale. Des répliques de plus faible intensité, échouées ou déjouées, avaient confirmé depuis la persistance de la menace.
  allocutions, réunions  et réception
Et depuis vendredi, l’exécutif n’a parfois semblé que rejouer onze mois plus tard, à la puissance dix au vu de l’ampleur des massacres, le scénario de la riposte de janvier, entre allocutions en série du président, réunions dans le « fumoir » de la place Beauvau transformé en QG de crise, et réception à l’Elysée de Nicolas Sarkozy, puis de la représentation nationale et partisane.
 Les Français avaient-ils l’impression d’être en guerre ? 
« Ce qui vient de se passer est différent. Il apparaît que cet attentat a été clairement organisé et planifié depuis la Syrie. Il y a désormais des éléments suffisamment explicites », explique cependant au Monde Manuel Valls, qui perçoit dans l’opinion une conscience nouvelle : « Les Français avaient-ils l’impression d’être en guerre ? Je n’en suis pas sûr. »
  L’« esprit du 11-Janvier » tant brandi par l’exécutif n’est plus
La consultation des formations politiques, la réunion du Congrès, et au-delà les appels à « l’union sacrée » de M. Valls, quoique indispensables, pourraient vite se révéler inopérants. L’« esprit du 11-Janvier » tant brandi par l’exécutif n’est plus, et celui du 13 novembre s’annonce déjà d’une autre nature.
 se préparer à une bataille.... politique 
Dès ce week-end, le chef du gouvernement a mis en garde ses ministres. « Valls nous a prévenu qu’il allait y avoir une tension très forte de l’opposition et du FN, et qu’il fallait se préparer à une bataille politique», explique l’un d’entre eux. « Les corps n’étaient pas encore froids que Sarkozy était déjà à l’offensive », feint de s’indigner un conseiller ministériel.
l’unité nationale ne durerait pas 
François Hollande et Manuel Valls ont compris tôt que l’unité nationale, qui avait prévalu plusieurs semaines en janvier, ne durerait pas. Dès samedi matin, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont attaqué, estimant pour le premier que « des inflexions majeures » en matière de sécurité devaient être prises, pour la seconde que « les Français n’étaient pas en sécurité ».
  Le pays peut basculer
Des offensives face auxquelles l’exécutif surjoue la responsabilité. « Je crains la surenchère, indique M. Valls au Monde. Quand un peuple est attaqué ainsi, il y a des risques de dérapage, de confrontation. C’est dans ces moments que ceux qui gouvernent doivent être attentifs. Le pays peut basculer. »
 La posture de l’apaisement et du « rassemblement », pourtant, est un peu courte.
La posture de l’apaisement et du « rassemblement », pourtant, est un peu courte. L’Elysée convient qu’il ne s’agit de « ne pas faire l’unité pour l’unité, mais pour décider et pour agir ».
 la réponse sécuritaire importe davantage que le message unitaire
Aujourd’hui, la réponse sécuritaire importe davantage que le message unitaire. C’est pourquoi M. Valls n’a pas évacué d’emblée la proposition du député Laurent Wauquiez (Les Républicains, Haute-Loire) de placer en centre d’internement toutes les personnes avec une fiche « S » : 
  • « Je suis ouvert à toutes les propositions car les Français demandent de l’efficacité », a-t-il expliqué samedi sur TF1, même s’il la sait inapplicable
  • C’est aussi pourquoi il a affirmé, lundi matin sur RTL, que mosquées et associations radicales « qui s’en prennent aux valeurs de la République » doivent être fermées.
Comment persuader l’opinion que l’exécutif en fait davantage ?

Comment persuader l’opinion que l’exécutif:
  • qui a déjà déployé l’armée sur le territoire national, 
  • donné carte blanche, ou presque, aux services de renseignement en matière d’interceptions électromagnétiques
  • et décidé cet été de frapper Daech en Syrie, en fait davantage ?
  condamné au durcissement sans pour autant disposer de réelles marges de manœuvre
C’est le défi posé au président, condamné au durcissement sans pour autant disposer de réelles marges de manœuvre. 
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