mardi 17 novembre 2015

France: "la France n'est pas en guerre, elle a simplement subi une attaque terroriste"

B171115

07:35 -
"La France n'est pas en guerre, elle a simplement subi une attaque terroriste comme aux grandes heures de l'anarchisme ou du séparatisme. On ne tue pas les mouches au lance-flammes, surtout quand il est vide et que ce sont des guêpes. Et on ne menace pas les associations de malfaiteurs du feu nucléaire. Il est temps de redevenir sérieux" selon Stratediplo.

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Cessons de compter sur l'armée 

Stratediplo, le 16 Novembre 2015 
Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 17 Novembre 2015 
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De tous bords, on entend qu'il faut envoyer l'armée nettoyer les banlieues de France et de Navarre. 
l'armée française n'est pas une force de police 
Faut-il encore une fois rappeler que l'armée française n'est pas une force de police ? L'armée de terre en possédait une, nommée gendarmerie, on l'a érigée en armée distincte plus nombreuse que la marine et l'armée de l'air réunies puis on l'a transférée au ministère de l'Intérieur, et aujourd'hui on se rend compte que les corps expéditionnaires ont besoin de prévôté et que les plantons-cibles de Sentinelle doivent être accompagnés de gendarmes pour éviter qu'on leur emprunte dans les aéroports leur fusil d'assaut décoratif, en ordre de marche et vide. 
L'armée de terre n'est plus préparée à rien
L'armée de terre quant à elle, à laquelle tout le monde pense quand on dit "il faut déployer l'armée" (avant-hier à Marseille, hier à Calais et aujourd'hui à Paris), n'est plus préparée, même si les textes le prévoient encore, à être utilisée comme force de maintien de l'ordre de troisième catégorie en cas de débordement des forces de deuxième catégorie, à savoir gendarmerie mobile et compagnies républicaines de sécurité, d'ailleurs trois fois supérieures en nombre au maximum fixé pour l'armée de terre en métropole en cas de crise majeure, tant par le dernier livre blanc sur la défense que par la loi de programmation militaire, d'ailleurs gagée sur des ressources hypothétiques (seule fonction de l'Etat dans ce cas). L'armée de terre n'est d'ailleurs plus préparée à rien, depuis dix mois que toutes les activités d'instruction et de remise en condition au retour d'opérations extérieures ont été remplacées par la faction Sentinelle devant les synagogues.
 elle n'a rien à faire sur le territoire national
A moins qu'on ait réellement une portion de territoire de quelques centaines de kilomètres carrés à tenir ou une zone urbaine de la taille de Strasbourg ou Bordeaux à sécuriser, ce qui reste à la taille du reliquat de l'armée de terre, elle n'a rien à faire sur le territoire national, et si on a pu lui demander en 1957 de déployer 16000 hommes pour nettoyer une ville de moins de 600000 habitants, son effectif total était (sauf erreur) de l'ordre du décuple d'aujourd'hui et le reste du pays était sain.
 c'est du travail de police
Boucler un bloc de trois immeubles, frapper aux portes pour perquisitionner, se faire ouvrir les "boxes" de sous-sols ou le coffre des voitures, et le cas échéant déférer à l'autorité judiciaire les récalcitrants ou les suspects, c'est du travail de police, et même, dans certaines zones, de policiers expérimentés, supervisés par des officiers de police judiciaire.
  seuls les centaines de milliers d'effectifs de police permettraient de lancer une opération coordonnée d'envergure nationale
D'ailleurs seuls les centaines de milliers d'effectifs de police urbaine ou rurale, qu'il s'agisse de la police nationale ou de la gendarmerie, permettraient de lancer une opération coordonnée d'envergure nationale (pour éviter que les objets prohibés circulent de cachette en cachette), tous procès-verbaux de stationnement interdit cessant pendant le nombre de semaines nécessaires.
  la vaillante armée française est épuisée
Faut-il encore une fois rappeler que la vaillante armée française est épuisée ? Après un taux d'attrition en augmentation constante depuis vingt-cinq ans, ce n'est plus à coups de pourcents qu'on l'ampute à chaque loi de programmation militaire, mais par dizaines de points de pourcentage, au point que c'en sera bientôt terminé. Les textes prévoient certes un déploiement maximum, en cas de crise majeure sur le territoire national, de 10000 hommes, mais c'est sans capacité de relève et cet effectif bruyamment déployé fin janvier a très rapidement dû être réduit à 7000, avec certes la possibilité de revenir rapidement à un dispositif de 10000... comme cela a été décidé dans la nuit de vendredi à samedi, et tenté depuis trois jours.
le dispositif Guépard
Effectivement on est arrivé à déployer 1000 hommes de plus sur Paris dès samedi, en mobilisant le dispositif Guépard (deux compagnies d'astreinte chaussée 24h/24) prévu en cas d'affaire Kolwezi mettant en péril quelques milliers de Français en quelque point à portée des avions gros porteurs que les alliés voudraient bien prêter, mais aussi en demandant une section par-ci, une section par-là à une vingtaine de régiments, dont des formations d'artillerie, du génie, du train, des transmissions et même de soutien administratif. Pour ce qui est des 2000 à trouver "dès que possible", la marine contribue et on est en train d'étudier individuellement les dossiers de tous les réservistes ayant souscrit la clause de réactivité, et de les contacter pour vérifier leur disponibilité, un par un.
des stages prémilitaires sans savoir-faire militaire collectif
Il faut savoir que cette réserve dite "opérationnelle" n'a rien à voir avec l'ancien système des régiments dérivés. Vivier d'intérimaires non géré (plutôt que véritables compléments individuels affectés) en ce qui concerne les cadres, c'est, au niveau de la troupe, des compagnies d'instruction reposant essentiellement sur l'abnégation et le dynamisme des capitaines commandants de compagnie (et encadrement de contact), qui inculquent les rudiments qu'ils peuvent à des jeunes présents deux ou trois semaines par an : en bref, des stages prémilitaires sans savoir-faire militaire collectif.
 la création d'une "garde nationale rejoindra le musée des promesses
Devant le congrès réuni à Versailles, le président de la République a annoncé aujourd'hui, comme tous ses prédécesseurs depuis dix-neuf ans, la création d'une sorte de "garde nationale", copiant encore un terme états-unien qui, dans le pays d'origine, relève d'un concept fondamentalement inconcevable en république jacobine, à savoir des forces territoriales, dont le recrutement, l'instruction et l'emploi relèvent de la province. Même les députés et les sénateurs savent d'avance que cette idée grandiloquente rejoindra au musée des promesses ses antécédents militaires et civils, comme par exemple les colonnes de secours toujours aussi nécessaires qu'inexistantes.
  le pays demandait des actes, il a reçu des promesses
Car aujourd'hui que le pays demandait des actes (et notamment des actes de police), il a reçu des promesses. Ainsi le président vient-il d'annoncer qu'on suspend la dissolution des forces armées, et qu'on ne supprimera plus aucun poste supplémentaire dans les quatre ans à venir. Face au rachitisme et à l'épuisement d'une armée (de terre notamment) qu'il sollicite toujours plus, à la montée des périls en France et dans le monde, et en dépit de la croissance de l'économie et de la population, le président a donc décidé de laisser l'armée en l'état que tous les Français ne peuvent que constater.
le transfert de l'autorité civile à l'autorité militaire n'est plus adapté à un pays qui n'a plus d'armée 
Cela ne l'empêche pas, comme si la question était politique, de trouver que les dispositions de la Constitution en vigueur depuis plus d'un demi-siècle en cas de circonstances exceptionnelles sont inadaptées aux troubles à venir. On peut certes facilement convenir que le transfert de l'autorité civile à l'autorité militaire dans le cadre de l'état de siège n'est plus adapté à un pays qui n'a plus d'armée : dès lors que les forces présentes sur le territoire national permettent à peine de fournir les 10000 hommes requis en cas de crise majeure, donc sont totalement incapables d'assurer un quadrillage de présence du territoire, le remplacement des préfets par des officiers généraux sans troupes serait ridicule... Mais est-ce vraiment le moment de lancer un chantier de révision des fondations, ou plutôt de rappeler aux ministres de la Justice et de l'Intérieur les raisons d'être de leur portefeuille et la finalité sociale de leurs services ?
l'accord de Dublin, sa non-application a permis l'infiltration des terroristes
Le déficit d'armée française n'interdit cependant pas au gouvernement de lancer sans honte un appel solennel à la solidarité et à l'aide des pays voisins, auxquels il est prêt à demander une collaboration totale, hormis l'application de l'accord de Dublin (le contrôle des frontières extérieures de l'espace Schengen) dont on sait désormais que c'est sa non-application, intimée publiquement en des termes très peu diplomatiques aux gouvernements grec et hongrois par le gouvernement français (en la personne de son ministre des Affaires étrangères), qui a permis l'infiltration des terroristes de vendredi. D'ailleurs le président n'a pas perdu l'occasion de le rappeler aux élus, il faut continuer d'accueillir des migrants.
il est grave et dangereux d'utiliser le reliquat d'armée contre la population
Faut-il rappeler qu'il est grave et dangereux d'utiliser le reliquat d'armée contre la population, même si cette armée est loin d'avoir la puissance de feu de l'armée ex-ukrainienne envoyée écraser les villes où apparaissait une contestation civile du coup d'état du 22 février 2014 ? Surtout si cette population n'est pas en totalité française, et peut être en partie revendiquée par un pays tiers comme une diaspora expatriée, et que de plus ce pays dispose d'une supériorité conventionnelle sur la France, il serait particulièrement hasardeux d'envoyer contre cette diaspora les jeunes scouts patriotes inexpérimentés (surtout en opérations de police) de la réserve dite opérationnelle, c'est-à-dire de réunir toutes les conditions pour qu'apparaissent des incidents et des bavures.
la France n'est pas en guerre, elle a simplement subi une attaque terroriste
A moins qu'on cherche, vraiment, la radicalisation des positions et l'apparition d'irrédentismes comme prétextes à une union sacrée. Assez d'esbrouffe, François Hollande n'est pas le Tigre (encore que...) et surtout la France n'est pas en guerre, elle a simplement subi une attaque terroriste comme aux grandes heures de l'anarchisme ou du séparatisme. On ne tue pas les mouches au lance-flammes, surtout quand il est vide et que ce sont des guêpes. Et on ne menace pas les associations de malfaiteurs du feu nucléaire. Il est temps de redevenir sérieux.

La paix est une chose trop précieuse pour être confiée aux publicitaires.
C'était un message pour ne rien dire, puisque tout ceci, en plus détaillé quant aux capacités de l'armée et avec les suites prévisibles en termes d'escalade nationale et internationale, est déjà dans mon Septième Scénario.
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