dimanche 25 octobre 2015

Pologne: législatives, une campagne contre des réfugiés... virtuels

G251015

11:40 -
"« Les réfugiés sont virtuels en Pologne. C’est pour cela qu’on peut dire n’importe quoi politiquement sur eux »" souligne Jaroslaw Kuisz, rédacteur en chef du site Kultura Liberalna cité par Le Monde.

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En Pologne, la campagne s’est durcie sur la question des réfugiés

Par Alain Salles (Czestochowa, Varsovie, envoyé spécial) pour Le Monde, le 25 Octobre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 25 Octobre 2015


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Ahmed Bikes est syrien, kurde et polonais. Il est venu en Pologne pendant le communisme, quand les relations entre le régime Assad (père) et l’URSS et ses pays satellites étaient au beau fixe. Il est arrivé en 1985 pour étudier le cinéma à Lodz. Il a circulé entre la Pologne, Berlin-Est et Paris, où il a obtenu l’asile politique en 1988, « grâce au soutien de Danielle Mitterrand aux Kurdes », se souvient-il avec émotion. il est aujourd’hui citoyen polonais, propriétaire de plusieurs bars et restaurant à Czestochowa, dans le sud de la Pologne. Il est marié à une Polonaise. Son fils fait des études pour être pilote de ligne. Il parle parfaitement polonais et il emploie environ 80 personnes. On peut difficilement être plus intégré. A lui seul, il est un démenti de la peur de l’autre qu’on prête aux Polonais.
la droite polonaise s’est lancée dans une surenchère contre les réfugiés
Depuis la fin de l’été et la crise des réfugiés, il a pourtant découvert une autre Pologne. Pendant la campagne pour les élections législatives et sénatoriales dimanche 25 octobre, la droite polonaise s’est lancée dans une surenchère contre les réfugiés.
  le parti qui a de grandes chances de revenir au pouvoir, PiS
A commencer par le parti qui a de grandes chances de revenir au pouvoir, Droit et justice (ou PiS pour Prawo i Sprawiedliwość). Son tout-puissant président, Jaroslaw Kaczynski, a parlé du « choléra qui sévit déjà sur les îles grecques, de dysenterie à Vienne et de toutes sortes de parasites qui chez ces gens peuvent ne pas être dangereux mais qui peuvent l’être pour les populations locales ».
 Voulez-vous qu’on ne soit plus les maîtres dans notre propre pays ?
« Voulez-vous qu’on ne soit plus les maîtres dans notre propre pays ? Les Polonais ne le veulent pas et le PiS ne le veut pas non plus », a lancé M. Kaczynski, qui a également parlé des territoires où régnerait la charia en France et en Suède.
  parler de la « peur » des Polonais
La candidate du PiS au poste de premier ministre, Beata Szydlo, qui adopte un ton modéré pendant la campagne, s’est contentée de parler de la « peur » des Polonais lors des débats télévisés. Mais le président, Andrzej Duda, a suivi les leçons de son mentor sur l’accueil des migrants après la décision du gouvernement polonais de ne pas s’opposer aux mesures de répartition des réfugiés dans l’Union européenne, qui prévoit l’accueil de quelque 7 000 personnes en Pologne, pays de 38 millions d’habitants.
 dire si les Polonais sont bien protégés contre des risques épidémiologiques
« Si le gouvernement est d’accord, il devrait pouvoir dire s’il est prêt à faire face à toutes les circonstances, c’est-à-dire si les Polonais sont bien protégés contre des risques épidémiologiques », a déclaré le président Duda, une semaine avant les élections.
il ne fallait pas « parler de réfugiés mais de migrants économiques »
Lors du débat télévisé avec l’ensemble des partis, le candidat populiste Pawel Kukiz expliquait qu’il ne fallait pas « parler de réfugiés mais de migrants économiques » en se demandant s’il fallait vraiment « accueillir des terroristes ».
  les « camps de concentration » que voudrait construire l’Europe pour accueillir les réfugiés.
Le chef de l’extrême droite, Janusz Korwin-Mikke, qui avait fait scandale en expliquant qu’Hitler n’était pas au courant des camps d’extermination et avait fait un salut nazi au Parlement européen, a ironisé sur les « camps de concentration » que voudrait construire l’Europe pour accueillir les réfugiés.
Je ne pensais pas qu’il y avait autant de gens racistes
« Je ne pensais pas qu’il y avait autant de gens racistes », explique Ahmed Bikes dans un de ses restaurants de Czestochowa, après avoir regardé le débat. Il met la violence de ces discours sur le compte de la campagne électorale, mais les réactions de son entourage l’ont choqué. « Moi, je n’ai jamais eu de problèmes. Mais j’ai dû supprimer plusieurs amis Facebook quand j’ai lu leurs commentaires. Ce sont des gens que je connaissais bien parfois. Ils m’ont demandé pourquoi je les avais supprimés. Ils me disaient :
  c’était un ancien migrant qui lui payait son salaire tous les mois !
“Oui mais toi, ce n’est pas pareil.” Une de mes employés expliquait que les migrants venaient prendre nos bénéfices sociaux. Je lui ai quand même expliqué que c’était un ancien migrant qui lui payait son salaire tous les mois ! »
Merkel a exagéré en voulant accueillir tous les migrants
Il comprend quand même les Polonais, « qui n’ont pas eu de passé colonial et ne sont pas habitués aux étrangers », et trouve même que « Merkel a exagéré en voulant accueillir tous les migrants ».
  la Pologne a besoin de migrants
Mais en même temps, explique-t-il, « la Pologne a besoin de migrants. les Syriens peuvent faire d’excellents médecins pour les hôpitaux ». La Pologne a un des plus faibles taux de fécondité d’Europe (1,3 enfant par femme). Elle a aussi le taux le plus bas de population immigrée (0,3 %, au début de 2014, même si cela a augmenté avec plusieurs centaines de milliers d’Ukrainiens).
  Les réfugiés sont virtuels en Pologne
« Les réfugiés sont virtuels en Pologne. C’est pour cela qu’on peut dire n’importe quoi politiquement sur eux », souligne Jaroslaw Kuisz, rédacteur en chef du site Kultura Liberalna. Il s’étonne aussi de voir que le parti au pouvoir, Plate-forme civique, n’a pas cherché à mettre en avant la position ouverte de l’épiscopat polonais, qui a relayé les appels du pape François pour l’accueil des réfugiés, contre le PiS, pourtant toujours prêt à rappeler son attachement aux valeurs de l’Eglise.
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