€CALYPSE NEWS

jeudi 1 octobre 2015

France: Syrie, "peut-être qu'après les régionales, la France retrouvera-t-elle une politique étrangère …"

A011015

13:40 -
"Les frappes françaises sont juridiquement difficiles à fonder, voire à la limite du détournement de procédure
mais peut-être qu'après les régionales, la France retrouvera-t-elle une politique étrangère …et qu'elle cessera de naviguer à vue"
rapporte Le Figaro citant Alexis Feertchak.

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Poutine à l'ONU : vers un nouveau Yalta ?

Par Alexis Feertchak pour Le Figaro, le 1er Octobre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 1er Octobre 2015


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FIGAROVOX/ANALYSE - Alexis Feertchak souligne l'habileté du jeu diplomatique russe à l'ONU sur le dossier syrien, à la différence d'autres grandes puissances qui n'ont pas de stratégie claire.
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Alexis Feertchak est le créateur du journal iPhilo.fr.
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Laurent Fabius les attendait, et bien les voilà … les frappes russes ont commencé en Syrie. Même les médias proches du Kremlin en font état, alors que depuis les premières rumeurs du mois d'août, ils tendaient allègrement à minimiser l'engagement accru de leur pays à Tartous, où la Russie dispose de sa seule base navale à l'étranger, et à Lattaquié, où elle déploie aujourd'hui son aviation.
  Homs est un axe essentiel pour relier la capitale syrienne à l'Ouest et au Nord du pays
Il semblerait que les premières frappes russes soient tombées dans la région d'Homs, troisième ville de Syrie, aujourd'hui tenue par le régime, mais bastion de la rébellion en 2011. Homs est située à 100 km au Nord de Damas: elle est donc un axe essentiel pour relier la capitale syrienne à l'Ouest et au Nord du pays.
  armes occidentales destinées aux «gentils» rebelles tombées dans les mains d'Al-Nosra
A l'Est d'Homs, c'est le désert et l'Etat islamique, qui s'est emparé de Palmyre en mai dernier et qui ne cesse d'avancer depuis. Au Nord d'Homs, le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, est encore présent. La monstruosité de Daech est telle que, dans nos médias, elle fait parfois passer l'organisation responsable des attentats de 2001 pour des enfants de choeur. Ainsi, on ne compte plus les armes occidentales destinées aux «gentils» rebelles tombées dans les mains d'Al-Nosra.
  les «rebelles» (de facto les islamistes d'Al-Nosra)?
Déjà, d'après le magazine Conflict News, des responsables américains ainsi que différents observateurs mettent en doute les cibles visées par les frappes russes dans la région d'Homs: les Soukhoï marqués de l'étoile rouge visaient-ils les djihadistes de Daech ou les «rebelles» (de facto les islamistes d'Al-Nosra)?
  les Occidentaux devant leurs propres contradictions
Cette interrogation étrange, qui consiste à s'alarmer du sort possible des combattants d'Al-Qaïda, met les Occidentaux devant leurs propres contradictions, dans la mesure où, parmi les protagonistes de la guerre civile en Syrie, les rebelles modérés ne pèsent plus dans la balance militaire. L'opposition syrienne de 2011, dispersée, continue certes de dialoguer avec les Russes, les Américains et les Européens, mais, militairement, elle ne peut en aucun cas s'imposer.
interventions militaire en accord avec l'Etat concerné
Les frappes russes réalisées dans le cadre du Centre de coordination antiterroriste mis sur pied à Bagdad entre la Russie, la Syrie, l'Irak et l'Iran et après la demande officielle du régime de Damas illustre la stratégie de Vladimir Poutine, qui consiste à accepter la possibilité d'interventions militaires sur un territoire étranger tant que celles-ci se font en accord avec l'Etat concerné. Ce cadre d'intervention est dès lors bien différent des diverses interventions occidentales qui ont entaché l'histoire du Proche et du Moyen-Orient ces vingt-cinq dernières années.
 défendre la souveraineté des Etats contre toutes les formes d'interventions extérieures
A cet égard, le discours du président de la Fédération de Russie prononcé à l'Assemblée générale de l'ONU le 28 septembre excède le seul cas de la nécessaire lutte contre l'Etat islamique. Vladimir Poutine s'est en effet attaché à défendre plus globalement la souveraineté des Etats contre toutes les formes d'interventions extérieures. Un tel monde multipolaire, composé d'Etats souverains aux intérêts souvent divergents, ne peut fonctionner qu'à condition que l'application du droit international ne se fasse pas à géométrie variable. A cet égard, Vladimir Poutine citera plus facilement le cas du Kosovo que celui de la Crimée …
L'Europe a bien connu ce cadre multipolaire étatique qui fut celui du «système westphalien».

L'Europe, qui a parfois la mémoire courte, a bien connu ce cadre multipolaire étatique qui fut celui du «système westphalien». Ce dernier fait référence aux traités de Westphalie qui, en 1648, permirent, grâce à un dialogue diplomatique inédit, de mettre fin à la guerre de Trente ans. Alors que celle-ci avait prospéré en Europe sur les luttes entre protestants et catholiques, elle s'acheva par une paix fondée sur la laïcisation progressive des relations internationales et l'effacement des Empires devant les Etats-nations émergents.
  endiguer le risque de montée aux extrêmes entre les deux branches de l'islam
Aucune comparaison historique n'est raison, mais force est de constater que l'Etat islamique prospère aujourd'hui sur les craintes de voir s'accentuer le clivage entre Chiites et Sunnites au Proche-Orient. En essayant d'établir un dialogue constant et continu entre les Iraniens, les Syriens, les Turcs et les Saoudiens dans la perspective d'une grande coalition, Vladimir Poutine cherche à endiguer le risque de montée aux extrêmes entre les deux branches de l'islam.
  peut-être qu'après les régionales, la France retrouvera-t-elle une politique étrangère …
Malgré le bal de représentants de ces pays passé sur les marches du Kremlin ces dernières semaines, un tel front réunissant Téhéran et Riyad est encore loin d'émerger. Face à lui, Barack Obama, en retrait, se garde d'ailleurs bien de trop saborder l'initiative, contrairement au gouvernement français, qui maintient ses positions maximalistes, comme il l'avait fait pour l'Iran. Mais peut-être qu'après les régionales, la France retrouvera-t-elle une politique étrangère …
Comprenez-vous ce que vous avez fait?
«Comprenez-vous ce que vous avez fait?» lançait ainsi Vladimir Poutine dans le temple des Nations unies. Si, par courtoisie diplomatique, le président de la Fédération de Russie n'a cité personne nommément, aucun doute ne peut exister sur le destinataire de cette adresse: les Occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, ont mené avec constance au Sud et à l'Est de la Méditerranée une politique aveugle, sans qu'aucune leçon de l'histoire ne semble avoir été retenue de ces deux dernières décennies d'interventionnisme. Le dernier essai de Marc Ferro, L'aveuglement, en fait le triste constat.
 La critique russe des interventions extérieures occidentales
La critique russe des interventions extérieures occidentales n'a en soi rien de très originale: si la Russie propose de créer une coalition internationale mondiale contre l'Etat islamique, le constat qu'elle pose au départ n'est paradoxalement guère éloigné des propos prophétiques de Dominique de Villepin de 2003 sur les dangers de l'intervention américaine en Irak. La position russe correspond aussi largement à la ligne diplomatique prudente tenue par la plupart des pays émergents et des Etats du Sud, à commencer par la Chine, l'Inde et le Brésil.
l'intervention extérieure a conduit à la destruction de leurs structures étatiques
Devant le parterre de chefs d'Etat et de gouvernement rassemblés pour les 70 ans de l'ONU, Vladimir Poutine a ainsi savouré le plaisir d'avoir eu raison sur le chemin de Damas avant les Occidentaux: «Personne ne veut apprendre des erreurs d'autrui, tout le monde répète les siennes. Regardons les pays de l'Afrique et du Proche-Orient, bien sûr que les problèmes économiques et sociaux y ont mûri longtemps et que les gens y voulaient des changements. Mais l'intervention extérieure a conduit à la destruction de leurs structures étatiques, les droits de l'homme n'y sont plus respectés».

Remplacez «Afrique et Proche-Orient» par «Russie» et la critique sévère devient alors une très légère mise en garde contre ceux qui s'imagineraient pouvoir déstabiliser le Kremlin … Certes, quand celui qui a fait ses débuts au KGB dans la lutte contre les opposants politiques parle de droits de l'homme, nul doute que pointe une once d'ironie voire de provocation. C'est un fait incontestable que, sur la route de l'Etat de droit, la Russie, comme la plupart des pays émergents, n'est guère avancée.
mieux vaut un Etat, même s'il ne nous convient pas, que pas d'Etat du tout
Cependant, le discours humanitaire de Vladimir Poutine n'est pas seulement ironique. Il met aussi en relief l'effet boomerang des interventions occidentales en Irak ou en Libye: elles ont systématiquement pour effet de détruire les structures étatiques des pays concernés, rendant impossible toute reconstruction politique selon les critères moraux souhaités au départ. Si l'Etat de droit ne pousse guère sur les fondements d'un Etat autoritaire, il pousse encore plus difficilement sur ceux de l'anarchie, où le vide politique fait de la loi du plus fort une maxime de vie. Telle est le constat poutinien: mieux vaut un Etat, même s'il ne nous convient pas, que pas d'Etat du tout. François Hollande voit d'abord dans le régime de Damas la figure ensanglantée de Bachar El-Assad ; Vladimir Poutine y voit d'abord les structures étatiques, certes réduites à une portion congrue du territoire syrien. Dans ce cadre réaliste, le départ d'El-Assad ne peut être un préalable à une grande alliance contre Daesh, mais un processus politique ultérieure à celle-ci.
les frappes françaises sont juridiquement difficiles à fonder, voire «à la limite du détournement de procédure»
L'ONU elle-même, tenant compte des critiques portées par les pays du Sud à l'endroit du droit d'ingérence humanitaire venu d'Occident, a développé depuis 2001 le concept de «responsabilité de protéger» qui permet dans une certaine mesure de concilier souveraineté des Etats et intervention extérieure sous mandat du conseil de sécurité et/ou avec l'aval de l'Etat concerné. C'est dans ce cadre de droit international que les frappes russes se situent tandis que les frappes françaises sont juridiquement difficiles à fonder, voire «à la limite du détournement de procédure», comme le note Patrick Baudoin, président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) au journal Le Monde.
la France, préfèrent naviguer à vue
Le nouveau coup de Vladimir Poutine, qui propulse derechef la Russie au rang de puissance diplomatique, est loin d'être gagné. Mais au moins a-t-il une stratégie, comme le notait Renaud Girard dans sa chronique, quand d'autres pays, comme la France, préfèrent naviguer à vue. Cette nouvelle position russe à Damas pèsera probablement son poids lors du sommet qui se tiendra à Paris dans quelques jours pour faire le point entre les principaux acteurs du dossier ukrainien et pour donner suite aux accords de Minsk-II.
Yalta, la station balnéaire de Crimée … 
Humour russe certainement, Vladimir Poutine a ainsi calmement expliqué: «En 1945, les pays ont uni leurs efforts pour penser à l'après-guerre, et c'est dans notre pays, à Yalta (sic), que se sont réunis les chefs de la coalition anti-hitlérienne». Yalta, la station balnéaire de Crimée … Nul doute que le président ukrainien Petro Porochenko aura relevé le trait d'humour.
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