samedi 26 septembre 2015

Turquie: réfugiés, "hors de question d'aller dans un camp turc de l'ONU car le régime syrien ne tombera pas"

B260915

12:10 -
"Sur les 2,2 millions de réfugiés syriens enregistrés en Turquie, seuls 260 000 vivent dans l’un des 25 camps turcs de l’ONU qui devraient bénéficier des nouvelles aides européennes . Hors de question pour la famille d’y ajouter huit personnes. Parce que « trop de gens », parce qu’ici, (à Izmir) « on peut gagner ce qu’on mange », parce qu’ici « on peut manger ce qu’on veut ». Et puis surtout, « parce que le régime ne tombera pas. » rapporte Le Monde.

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En Turquie, dans la petite Syrie d’Izmir, l’économie parallèle des réfugiés

Par Lucie Soullier (Envoyée spéciale à Izmir) pour Le Monde, le 26 Septembre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 26 Septembre 2015


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Derrière le comptoir de son hôtel, Mehmet loue des chambres aux réfugiés qui vont tenter d’atteindre la Grèce par la mer.
l’investissement serait vite rentabilisé
La ville balnéaire d’Izmir, en Turquie, compte plus de 70 000 Syriens enregistrés. Au point que l’un de ses quartiers, Basmane, est devenu une véritable petite Syrie. Alors depuis son ouverture il y a deux ans, l’hôtel Kervansaray n’a pas désempli. La guerre dans le pays voisin avait déjà commencé, Mehmet savait que l’investissement serait vite rentabilisé. Dans ses 32 chambres, 90 % des lits sont occupés par des Syriens.
 On gagne notre pain avec ces gens
« On gagne notre pain avec ces gens », convient-il. Il les écoute aussi, tente de les dissuader lorsque le temps est trop mauvais. Les voit revenir parfois, quand leur bateau s’est renversé assez près de la côte. Comme celui sur lequel a embarqué Asma, la veille. Dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 septembre, son bien le plus précieux lui a glissé des bras : son fils Zakaria, né il y a deux mois à Daraa, en Syrie. Leur pneumatique s’est renversé à 100 mètres des côtes turques. Asma et Zakaria ont pu rejoindre la rive. Evidemment, elle a eu peur. Mais elle réessaiera. « Pas d’autre choix. »
  la plupart des migrants quittent la Turquie
« Je n’ai pas pu dormir pendant des jours après la photo du petit Aylan. On en voit tous les jours des petits comme lui », soupire Mehmet en inscrivant le numéro d’identification d’un nouveau client. Après deux avertissements cet été, il risque une amende de 400 livres pour avoir accepté des Syriens qui n’étaient pas enregistrés officiellement auprès des autorités. Mais il faut parfois quinze jours pour que la carte d’identification leur soit délivrée par Ankara et la plupart des migrants quittent la Turquie bien avant de l’obtenir. « Alors on fait quoi ? », soupire Mehmet, en tendant une clef à Yousef Alhariri, numéro 98824243964.
  ballons pour y mettre à l’abri argent et téléphones, si jamais le canot se retournait
Derrière lui, deux petites filles jouent avec un ballon gonflable. Dans un autre contexte, on pourrait croire à un moment innocent, mais pas ici. Car ces ballons sont utilisés par les candidats au passage pour y mettre à l’abri argent et téléphones, si jamais le canot se retournait.
  Le business est rentable
Sifflet, mini-torche, étui étanche pour téléphone portable, ballon, gros rouleau de scotch... Dans les magasins du quartier, rien de plus facile que de se concocter un kit de sécurité avant d’embarquer. Sans compter les gilets de sauvetage, vendus entre 50 et 75 livres turques (entre 15 et 23 euros). Même montant pour une taille enfant. Le business est rentable. Un marchand de chaussures raconte ainsi qu’il vendait jusqu’à mille gilets par jour au plus fort de l’été.
la dernière option : le passage par la mer
En ce moment, les piles se vident moins rapidement. Parce que les routes terrestres se sont ouvertes ? Non. Au contraire, le passage par Edirne, à la frontière avec la Bulgarie, s’est refermé. Puisque les autorités turques ont bloqué leur avancée, certains ont même fait demi-tour vers Izmir pour envisager la dernière option : le passage par la mer.
  A chaque ville turque, son île grecque siamoise
Mais la météo et la mer sont capricieuses ces derniers jours, alors Basmane s’est un peu vidé. Car le quartier est davantage un carrefour qu’un lieu de vie. Les Syriens arrivent et repartent souvent en quelques jours, selon le nombre de tentatives nécessaires. Ils n’y viennent donc qu’au dernier moment, pour y trouver le passeur qui les emmènera vers Bodrum, Ayvalik, Kusadasi, Cesme... d’où ils embarqueront pour Kos, Lesbos, Samos, Chios. A chaque ville turque, son île grecque siamoise.
  les camps de réfugiés ne sont pas une option
Dash, elle, part ce soir, sans savoir où elle accostera. Une île favorite ? Lesbos, sans hésiter. « Il paraît que tu peux partir plus vite du camp », espère la jeune femme qui a fui Damas il y a moins d’une semaine. Pour beaucoup, les camps de réfugiés ne sont pas une option, même pour quelques jours.
  beaucoup communiquent avec les passeurs par Whatsapp
Dans la rue des hôtels, les fenêtres sont ornées d’affichettes « wifi ». Un atout commercial puisque beaucoup communiquent avec les passeurs par Whatsapp, un service de messagerie par Internet. Moulham ouvre l’application toutes les trente secondes. Sa maison a été bombardée à Damas. Un mois plus tard, le voilà assis sur les marches du perron d’un hôtel à 15 livres la nuit (moins de 5 euros), dans l’attente du message qui l’enverra à Cesme avec ce qu’il reste de sa famille. Pour s’y rendre, il prendra un taxi ou le minibus du passeur. Les instructions viendront en temps voulu : il n’est encore que 16 heures, et les départs se font à la nuit tombée. Comment a-t-il trouvé le numéro du passeur ? Par des proches qui ont déjà fait le voyage, explique Moulham.
 l’affaire est trop rentable. Peut-être même plus que les touristes
Quoi qu’il en soit, à Izmir, il est aussi aisé de trouver un passeur qu’un gilet de sauvetage. Ils finissent toujours par se découvrir, comme on aperçoit parfois la sangle d’un gilet sortir d’un sac poubelle – le moyen pour les réfugiés de ne pas être trahi en ville par un orange fluo si utile en mer. « Quand tu croises un passeur, tu le sais », affirme Moulham. Et l’on est bien obligé de l’admettre, devant un homme qui explique être arrivé il y a un an et demi. Sa femme a déjà atteint l’Allemagne. Quand la rejoindra-t-il ? Il est aussi vague que son eau de cologne est claire. Ici, personne n’est passeur. Et pourtant, impossible de ne pas les croiser, comme ce chauffeur de taxi qui a passé une année en prison. Passeur, lui ? « Oh, vous savez... » Il a prêté son téléphone à un client qui a appelé son passeur. Il l’a emmené à Cesme et a été arrêté. Maintenant, il fait attention. A-t-il cessé d’emmener des réfugiés vers les côtes ? Il sourit. Bien sûr que non, l’affaire est trop rentable. Peut-être même plus que les touristes.
 le quotidien des Syriens est fait de longues attentes
A Basmane, le quotidien des Syriens est fait de longues attentes. Avant d’avoir assez d’argent, de recevoir celui promis par un proche, avant que ne s’ouvrent les frontières ou que le passeur donne le feu vert. L’attente sur les marches des hôtels ; l’attente sur le perron de la mosquée qui s’est peuplé de matelas ; l’attente aux terrasses, prises d’assaut par les Syriens de passage.
 Chiffre d’affaire assuré
Venu d’Alep, Amar cuisine sa spécialité : des falafels. « Mais des syriens », ne confondez pas. « La nourriture leur manque, c’est pour ça qu’on a ouvert », explique-t-il en plongeant une dizaine de ses madeleines de Proust dans la friture. Chiffre d’affaire assuré. Pour les propriétaires des murs aussi, car quelques échopes plus loin, un épicier précise que c’est un Turc qui a ouvert, et que lui doit payer un loyer. Sans permis de travail, pas d’autre choix.
  tenter d’organiser un semblant de vie
Abdulrahman travaille lui aussi illégalement. Du bazar de fruits et légumes où il passe quinze heures par jour, il ramène 30 livres (environ 10 euros) à sa famille installée près du chateau Kadifekale. Là-haut, une autre communauté syrienne s’affaire pour tenter d’organiser un semblant de vie. Entre peaux de mouton et robes satinées, pas de doute : « C’est Baïram », signale Abdulrahman. Soit la fête du grand Aïd en turc. Il est temps pour le trentenaire de rejoindre sa femme et sa petite fille née à Izmir, il y a onze mois. Mais aussi sa sœur, ses deux frères, sa mère et son père, éborgné par un éclat d’obus à Alep, « il y a si longtemps de ça ».
  1 000 à 1 300 dollars nécessaires au passage par la mer
Tous sont installés dans une maison qu’ils louent bien au-dessus des prix du marché, alors que les trois frères sont payés bien en-deça. A ce rythme là, difficile d’économiser pour atteindre les 1 000 à 1 300 dollars nécessaires au passage par la mer. Car même plus installés que leurs « chanceux » concitoyens d’en bas, ils n’ont pas plus envie de rester en Turquie. « Ici c’est travailler, dormir », soupire Mohammed Mohafik, le cadet. Du haut de ses 21 ans, il sait qu’il a amputé son avenir en quittant l’université. Il voudrait raconter la vie d’avant, mais son niveau d’anglais l’arrête. « Avant, je savais [parler anglais]. La guerre fait tout oublier. »
  l’espoir perdu parce que le régime ne tombera pas

Entre partir en Allemagne ou revenir en Syrie, le débat s’engage dans la famille. Ils finissent par trancher : ils reviendront le jour où le régime tombera. « Tu as déjà vu la Syrie ?, s’enquiert Adbdulrahman. C’était si beau avant la guerre. » Pourquoi ne pas attendre cela dans l’un des 25 camps turcs de l’ONU qui devraient bénéficier des nouvelles aides européennes ? Sur les 2,2 millions de réfugiés syriens enregistrés en Turquie, seuls 260 000 y vivent. Hors de question pour la famille d’y ajouter huit personnes. Parce que « trop de gens », parce qu’ici, « on peut gagner ce qu’on mange », parce qu’ici « on peut manger ce qu’on veut ». Et puis surtout, ajoute Mohammed Mohafik, du sourire triste de l’espoir perdu, « parce que le régime ne tombera pas. »
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