dimanche 13 septembre 2015

France: réfugiés, "les autorités politiques, sociales et religieuses penchent d'un côté, la France des «invisibles» de l'autre"

E130915

08:20 -
" Les autorités politiques, sociales et même religieuses penchent d'un côté, et la France des «invisibles» de l'autre. Une fois qu'aura été refermée la parenthèse de la ferveur compassionnelle, les contradictions de la position officielle apparaîtront crûment, précipitant la réorganisation de la vie politique française à l'horizon 2017" rapporte Le Figaro citant Jérôme Sainte-Marie.

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Crise des migrants : la montée aux extrêmes

Par Jérôme Sainte-Marie pour Le Figaro, le 13 Septembre 2015

Titre et inter-titres E Gaillot pour €calypse News, le 13 Septembre 2015


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Jérôme Sainte-Marie décrypte le débat politique et médiatique qui s'installe en réaction à la crise migratoire. Celui-ci pèsera lourdement sur les élections présidentielles de 2017.
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Diplômé de Sciences Po Paris et d'une licence d'histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d'Information du Gouvernement et à l'institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé ensuite BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l'institut iSAMA en 2008.

Il dirige actuellement Pollingvox, une société d'études et de conseil spécialisée dans les enjeux d'opinion, fondée en 2013. Il publie ces jours- ci,Le nouvel ordre démocratique(Editions du Moment).

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accélérer le changement d'axe de la vie politique française
Entre compassion et inquiétude, nous traversons à n'en pas douter un moment d'émotion assez rare, dont il déjà possible de dépeindre les ambiguïtés, et qui ne fait qu'accélérer le changement d'axe de la vie politique française.
  la moitié des Français persistent à s'opposer à l'accueil de migrants ou réfugiés supplémentaires
Tout d'abord, si le discours dominant est celui de l'impératif compassionnel, l'opinion publique est rétive. Les sondages montrent que près de la moitié des Français persistent à s'opposer à l'accueil de migrants ou réfugiés supplémentaires sur le territoire national.
  une telle opinion revient à refuser la position affirmée des autorités françaises et allemandes
Dans un contexte où exprimer une telle opinion revient à refuser non seulement le dispositif spectaculaire prônant l'ouverture partielle des frontières européennes, mais aussi la position affirmée des autorités françaises et allemandes, il s'agit d'une proportion considérable. Nous sommes donc très loin d'une unanimité nationale, comme s'en était approchée la «communauté d'effroi», selon l'expression de Pierre Rosanvallon, constituée après les attentats de janvier dernier.
La tripartition politique actuelle s'y reflète
Ensuite, la structure des perceptions autour de cette crise est parlante. La tripartition politique actuelle s'y reflète, ainsi que son caractère transitoire. Ainsi, la gauche toute entière communie dans sa volonté d'accueil, les sympathisants du Front national refusent massivement cette perspective, et ceux de la droite de gouvernement se divisent. La position médiane de Nicolas Sarkozy, consistant à remettre en discussion les accords de Schengen sans pour autant rompre avec nos partenaires européens, prend en compte les tiraillements de sa famille politique. Il est trop tôt pour savoir si elle sera jugée suprêmement responsable et équilibrée par l'électorat des Républicains, ou bien plutôt timorée et contradictoire. Les conséquences en seront importantes sur le score des listes de droite et du centre aux prochaines élections régionales, comme sur l'issue de la primaire présidentielle.
Les autorités politiques, sociales et religieuses penchent d'un côté, et la France des «invisibles» de l'autre
Le débat qui s'annonce sur la politique migratoire de la France s'inscrit cependant dans une autre logique, celle d'une polarisation sociologique et culturelle qui rappelle furieusement celui des campagnes référendaires sur la construction européenne. Les autorités politiques, sociales et même religieuses penchent d'un côté, et la France des «invisibles» de l'autre. Il sera facilement admis que la répartition de l'opinion publique sur le sujet ne se retrouve guère dans la part de parole médiatique de ces deux moitiés. Cette situation produit à court terme un tassement des opinions réprouvées, mais nourrit un ressentiment aux lourdes conséquences électorales. Il en fut ainsi en 1992 comme en 2005, la stigmatisation du prétendu «populisme» par les uns laissant place à la dénonciation de supposées «élites» par les autres.
la passion caritative, aussi intense soit-elle, se révèle(ra) une ressource politique très volatile
Si un tel schéma se reproduit sur la question des migrants et réfugiés, il le fait avec une syntaxe modifiée, et même sur un point central inversé. Autrefois, la parole dominante se voulait celle du «cercle de la raison» d'hier, selon l'expression d'Alain Minc, renvoyant ses opposants aux ténèbres de l'ignorance et aux fureurs de la passion. Aujourd'hui, le récit qui nous est proposé par les mêmes est tout différent. L'émotion devient une valeur positive, et la France d' «en bas» se voit reprochée ses calculs égoïstes. Il est cependant probable que la passion caritative, aussi intense soit-elle, se révèle une ressource politique très volatile.
inquiétude grandissante à l'égard de l'immigration, dans toutes ses dimensions
Les éléments abondent en effet pour témoigner que se grippera bientôt la machine de communication en faveur des mesures décidées par l'Allemagne et adoptées par la France. Les études d'opinion, à commencer par celles commanditées par le gouvernement, montrent depuis des mois l'inquiétude grandissante à l'égard de l'immigration, dans toutes ses dimensions.
 La paupérisation réelle que connaît le pays ne pousse pas davantage à une générosité impulsive
La paupérisation réelle que connaît le pays ne pousse pas davantage à une générosité impulsive. Le discours sur la réduction de la dépense publique, qui avait marqué des points dans l'opinion, ne semble guère compatible avec les envolées lyriques actuelles. Enfin, la répartition autoritaire sur le territoire nationale des personnes nouvellement accueillies donnera un caractère concret au débat général.
une fois refermée la parenthèse compassionnelle, les contradictions de la position officielle apparaîtront
Dès lors, l'événement que nous vivons représente une montée aux extrêmes du débat public sur l'immigration et le devenir national. Il conforte le noyau dur des soutiens à la gauche de gouvernement mais dissocie encore davantage celle-ci de son ancien ancrage populaire. Il attise les tensions internes à la droite et offre au Front national un répit inattendu. Plus durablement, une fois qu'aura été refermée la parenthèse de la ferveur compassionnelle, les contradictions de la position officielle apparaîtront crûment, précipitant la réorganisation de la vie politique française à l'horizon 2017.
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Perpétuer le "cercle vicieux" des tensions

« La Corée du Sud et les Etats-Unis ont entamé aujourd'hui leurs exercices militaires conjoints, le président sud-coréen Moon Jae-I...