mardi, janvier 17, 2012

Zone euro, la mort à crédit.

13:00 - Hier, je m'interrogeais de savoir pourquoi les taux des emprunts souverains baissaient alors que S&P avait dégradé la note de plusieurs membres de la zone, dont la France. Cette baisse des taux se confirmant encore aujourd'hui, y compris pour la Grèce et le FESF, il y a donc un truc puisqu'en théorie, la baisse des notes devrait correspondre à une hausse des taux. Eh bien non. Ca ne marche comme ça.

Alors voici une explication : fin 2011, la BCE a gavé les marchés avec 500 milliards d'euros à 1% (rien à voir mais c'est pour cette raison que j'ai maintenu mes vacances sur le continent car j'étais certains que les guichets bancaires resteraient ouverts pendant cette période, ce qui fut effectivement le cas). Début 2012, avec cet argent, les marchés peuvent donc acheter des obligations à des taux en baisse, certes, mais supérieurs a celui de la BCE. Ces marchés replacent aussitôt ces obligations à la BCE qui bat chaque jour son record de "mise en pension" qui rapporte encore 0,25%. Au bout du compte, c'est bien la BCE qui se retrouve avec une montagne d'obligations souveraines. Ni vu ni connu, la BCE contourne ainsi la Constitution européenne qui lui interdit d'acheter directement des obligations souveraines.

Je ne sais pas si j'ai tout compris, mais c'est quelque chose comme ça qui se passe et pourrait expliquer le paradoxe de la baisse des taux d'intérêts malgré la dégradation des notes souveraines. Au bout du compte, ces manipulations permettent aux Etats de placer leurs bons et rouler leurs dettes, comme on dit. Très bien. Ben alors, où est passée la crise d'autant que les bourses européennes sont très nettement en hausse. Tout va bien !

Il existe pourtant encore des petits malins qui continuent d'affirmer que nous allons tout droit vers la catastrophe en expliquant que cela ne peut pas durer car le fond problème est toujours là. Mais de quel problème parlent-ils ? Ils parlent justement du crédit, un crédit qui, en réalité, remplace de plus en plus les salaires. En sommes, pour eux, plus le crédit va, plus la crise s'aggrave. Achtoung !

Je pense que ces petits malins voient quelque chose que nous ne voyons pas et qui n'est pourtant pas très difficile à comprendre : si l'on remplace le salaire par du crédit, on réduit forcément le pouvoir d'achat bien au-delà du montant des intérêts de ce crédit. Et c'est là qu'est le piège. En effet, 1 000 € de crédit ne correspondent pas à 1 000 € de salaire mais à 1 000 € moins le montant des intérêts qui peuvent entrainer jusqu'à 10, 20 voire 50 % du salaire lorsqu'on additionne tous les frais et autres pénalités qui accompagnent une ligne de crédit. Si par ailleurs, au nom de la compétitivité, les salaires de base sont réduits, si la TVA augmente, etc. il ne reste vraiment plus grand chose à la fin du mois. C'est donc la faillite personnelle, le chômage, et tout le reste.

C'est de cette façon que se fait la concentration des richesses : en remplaçant les salaires par des crédits qui, il faut tout de même le préciser et insister là-dessus, n'est pas du vrai argent puisque cette ligne de crédit ne permet pas, comme avec le cash, d'acheter ce que l'on veut ou même ce dont on a vraiment besoin : jamais une banque ne vous prêtera de l'argent pour acheter des carottes. Cet argent-crédit n'est donc même pas du vrai argent dont vous pouvez faire ce que vous voulez. En gros, vous êtes complètement ET légalement floués.

Tout cela est très confus, j'en conviens. D'ailleurs, ce sujet ne m'intéresse pas. Mais, je suis bien obligé d'y réfléchir un peu pour comprendre les ravages que j'observe autour de moi. Ces ravages, ce sont de plus en plus de gens qui sombrent, sinon dans la misère, tout au moins dans l'exclusion sociale donc, à terme et en l'absence de solidarité, dans la vraie misère. Or, cette solidarité, elle, ne peut pas faire l'objet de crédit. Comme le vrai argent - le cash - est de plus en plus rare, nous nous retrouvons de plus en plus souvent à ne manquer de rien (grâce au crédit) tout en étant dans l'incapacité d'aider qui que ce soit tué par le crédit (surendettement, etc.) par manque de cash.