Prolongeant le débat ouvert via les commentaires suite à l'article La passion de construire (voir ICI), un débat sur le thème général de l'avenir de la Corse via le développement durable, je vous propose quelques explications sommaires sur ce qu'est ou pourrait être un village à hydrogène.
Pour commencer, cette petite vidéo pour mettre les choses un peu à jour :
Mon introduction telle qu'elle est formulée soulève trois questions qui mériteraient, chacune, une réponse particulière :
1 - L'avenir de la Corse
2 - Le développement durable
3 - Le village à hydrogène.
L'ordre dans lequel sont classées ces questions, 1, 2 et 3, semble naturel et logique. En effet, il semble naturel de définir en premier quel avenir nous voulons pour la Corse, puis quel type de société nous devons établir pour viser cet avenir et enfin, très concrètement, quelles technologies peuvent nous permettre de respecter ce que nous appelons sans trop savoir, souvent, de quoi nous parlons, le développement durable afin de pérenniser le modèle de société voulu.
Dans les faits, l'Histoire nous apprend que les choses ne se passent pas ainsi mais plutôt dans le sens inverse à savoir que ce sont généralement des découvertes scientifiques et techniques qui orientent notre type de développement vers un avenir que nous ignorons. C'est seulement après coup, une fois les choses faites, que nous constatons au présent ce qui était, hier, notre avenir caché.
C'est en substance le rôle que pourrait jouer le concept de village à hydrogène qui pourrait se révéler être une innovation technologique aussi révolutionnaire que l'invention et la diffusion de l'électricité. A contrario et paradoxalement, ce concept de village à hydrogène est une innovation technologique contre-révolutionnaire par rapport au nucléaire dont nous voyons bien, aujourd'hui, l'impasse dans laquelle il nous a conduit puisque d'accord ou pas avec le nucléaire, nous devons faire avec au moins pour deux ou trois générations avant de nous en libérer définitivement et ce malgré les immenses dangers qu'il nous fait courir. Je vous invite, à ce sujet, à visionner cette vidéo (voir ICI)
Révolutionnaire et contre-révolutionnaire à la fois, le concept de village à hydrogène présente aussi une avancée concrète dans le sens d'une vraie démocratisation de nos sociétés puisque cette nouvelle technologie impose un mode de gestion extrêmement décentralisé puisqu'il est conçu pour une échelle villageoise (entre 150 et 1000 habitants), chaque unité pouvant être connectée à un réseau global exactement comme l'Internet. La distribution de l'énergie ne dépendrait plus de quelques grosses centrales (qu'elles soit thermique, nucléaire, hydraulique, ou même solaire comme cela se fait maintenant) mais d'une infinité de micro-stations villageoises ou de quartiers. Un village ou un quartier à hydrogène est avant tout un village ou un quartier énergétiquement totalement autonome, non seulement du point de vue électricité, mais aussi du point de vue de l'énergie pour les voitures, avec des voiture à hydrogène, et enfin du point de vue de l'eau puisqu'en produisant de l'hydrogène, nous produisons aussi de l'oxygène permettant le recyclage de l'eau.
Ci-dessous, un schéma qui résume le principe du village à hydrogène réalisé par Dominique Susini (contact@corsicad.fr), l'ingénieur avec lequel je travaille sur ce projet et qui est l'origine du concept :
Puisqu'il est question, dans le débat via les commentaires signalé dans mon introduction, d'un choix entre un saut dans l'avenir ou un retour au Moyen Age, le concept de village à hydrogène est clairement un saut dans l'avenir. Ce saut est actuellement impossible du fait du blocage des intérêts existants et en place mais pas seulement. Ce saut est actuellement impossible à cause d'une déficience de réflexion sur ce que pourrait et devrait être une vraie démocratie en lieu et place de ce qu'il faut bien appeler la démocratie formelle qui nous sert actuellement de régime politique. Une démocratie formelle puisque du point de vue énergétique en tout cas, les décisions sur notre avenir énergétique ne sont jamais soumises au peuple. Nicolas Sarkozy nous a-t-il demandé notre avis pour décider de développer le nucléaire français (2) alors que de plus en plus de pays européens ont décidé, plus ou moins démocratiquement (à l'exception de l'Italie qui vient de faire un référendum) de sortir du nucléaire (en comptant d'ailleurs sur la France nucléaire pour compenser...). Nicolas Sarkozy peut-il d’ailleurs demander l’avis – c'est-à-dire un avis éclairé et responsable - du peuple français étant donné l’ignorance, quand ce n’est pas le mensonge, dans lequel est maintenu celui-ci y compris parmi ses élus ? Fukushima a réveillé le peuple japonais et il faudra sans doute un Fukushima français pour réveiller ce qu’il restera à ce moment-là du peuple français. C’est ainsi que s’écrit l’Histoire.
Le concept de village à hydrogène n’a donc pas la prétention d’abattre les intérêts en place tant qu’ils sont en place mais de préparer le monde d’après, le monde d’après la future catastrophe nucléaire (ou autre) qui se chargera d’abattre ces intérêts en place. C’est ce que j’appelle, dans le cadre de ma théorie PointZéro, l’arme climatiste de la révolution postmoderne ou ce que Dedefensa appelle « le déchainement de la matière »… un déchainement climatiste, si j’ose dire, contre lequel les petits Sapiens que nous sommes ne peuvent rien. Nous ne pouvons pas nous opposer à ce déchainement mais nous pouvons tout de même imaginer de nouvelles technologies qui, sans prétendre être parfaites, peuvent quand même déplacer certains problèmes et changer un tant soit peu la donne.
J’en arrive donc maintenant au principe technologique du village à hydrogène. C’est très simple, au moins sur le papier : il s’agit de capter l’énergie solaire pour alimenter une sorte d’usine chimique produisant de l’hydrogène qui sert à stocker l’énergie solaire sous forme de gaz (voir la vidéo ci-dessus) de manière à ce que le système fournisse la quantité nécessaire d’électricité au moment précis ou nous en avons besoin. J’insiste sur ce détail : la quantité nécessaire (c'est-à-dire autant qu’on en veut) au moment ou nous en avons besoin. Il s’agit donc d’une nouvelle technologie qui ne remet absolument pas en cause notre mode de vie => pas de retour au Moyen Age tout en étant conforme aux principes d’un développement durable puisque l’énergie solaire à la source de ce système est complètement renouvelable.
Je dois faire observer ici que les installations solaires industrielles actuellement développées en Corse (et ailleurs) ne servent qu’a alimenter le système centralisé d’EDF (avec concurrence ou pas, cela ne change rien). Autrement dit, le pouvoir centralisé (et assez peu démocratique) récupère et détourne une énergie renouvelable à la disposition de tous (puisque les rayonnements solaires arrivent directement chez nous) pour se maintenir en place. Ce détournement de l’énergie solaire masque en réalité une volonté politique de renforcement du pouvoir en place. Pour prendre le cas de la Corse, lorsque le Conseil général, constitué d’élus corses, subventionne ce type de centrale solaire, cela est contraire au discours officiel d’autonomie énergétique de la Corse. Solaire ou pas solaire, le jour où EDF décide d’augmenter ses tarifs, la Corse n’a rien à dire. Et pourtant, une part de plus en plus grande de l’énergie consommée en Corse, via ces usines solaires qui envahissent notre paysage, est d’origine corse !
La vidéo ci-dessous montre l'une de ces centrales solaires implantée sur une ex-terre agricole :
Tout cela pour montrer qu’il ne suffit pas de faire du solaire ou de l’éolien en Corse pour assurer un avenir corse à la Corse. Il faut aller plus loin dans l’implication du peuple corse (1) pour qu’il se prenne en main via des nouvelles technologies comme celle du village à hydrogène, entre autres…
Notes et citations :(1) " Marc Jedliczka : « Aucune raison de limiter le quota photovoltaïque en Corse », La Corse, paradis du solaire ? C'est la question qui sera au centre de la session de l'Universita di l'Omu organisée sous l'égide de l'association pour la Fondation de Corse. Pour y répondre, un homme qui, sur le sujet, en connaît... un rayon. Directeur général de l'association Hespul, spécialisée dans le développement des énergies renouvelables, Marc Jedliczka est un pionnier du photovoltaïque. Il se déplace spécialement en Corse, pour la première fois d'ailleurs, pour en débattre avec la population, à la faveur de trois rencontres citoyennes prévues à Porto-Vecchio, Bastia et Ajaccio*. L'entretien que nous avons eu avec Marc Jedliczka permet de lever le voile sur bien des interrogations et d'éclipser pas mal d'idées reçues...
(2) " Sarkozy annonce le déblocage d'un milliard d'euros pour le «nucléaire du futur», ... Un milliard d'euros pour le «nucléaire du futur». Lors de sa conférence de presse sur les investissements d'avenir», Nicolas Sarkozy a annoncé le déblocage de fonds, notamment pour «renforcer la recherche dans le domaine de la sûreté nucléaire» et pour développer le nucléaire de 4e génération....

2 commentaires:
J'aurais pu aussi parler, dans cet article, d'une forme de Moyen âge postmoderne. J'essaye toujours, dans mes démarches, d'accorder les contraires. Pourquoi choisir entre un saut vers l'avenir et un retour au Moyen âge ? De mon point de vue, c'est à dire d'un point de vue sur-rationaliste, il faut chercher à combiner les deux. D'un côté, retrouver les valeurs du Moyen âge et de l'autre, profiter de nos connaissances acquises depuis des siècles. C'est possible. C'est peut-être même souhaitable...
ce commentaire me plait bien de par enfin, un peu de modestie sur ces flous désastres !! et avec pincement au cœur, bien de délires inapplicables ( surtout sur la durée ) pour que ce puisse devenir viable ou fiable...l'id manque de fiabilité pour la simple raison que sur ce principe, les éléments climatiques et terrestre hors de notre porté auront leur conséquences et mots à dire sur le bon fonctionnement ou les contraintes de ce projet de village hydrogène... Par ailleurs, il va de soit de bannir le nucléaire coût que coût , en retenant surtout que cela n'a pas été un bien, n'est pas un bien, n'y un luxe, n'y un atout pour nous tous ..!, c'est le pire pour tous..lol..le pire devenir à éviter !!!!..Autant délirer a rechercher des solutions et peu importe si elles ne sont point stables et encore moins prouvable pour l'instant, il se pourrait que l'hydro'génie ce fasse, se passe, se développe aussi...pour l'instant, l'id et les représentations me paraissent instables et malgré tout,j’espère entrevoir une petite lumière sur notre petit chemin...à suivre...
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