Remplacer tous nos impôts par une taxe carbone révolutionnaire, c’est presque ce que propose Kenneth Rogoff et l’idée vaut la peine d’être poussée à ses limites parce que telle qu’elle est présentée (1), il ne s’agit encore que d’une taxe écologiste supplémentaire qui ne se substituerait que partiellement à d’autres taxes existantes.
Jusqu’à présent, la taxe carbone apparaît surtout comme un impôt supplémentaire pour financer, sous prétexte de lutte contre le changement climatique, la crise financière sans remettre en question le système. Un système qui n’en peut plus puisqu’il agonise de la disparition du travail, sa source première d’oxygène. Un système non raisonnable puisqu’il taxe surtout ceux qui sont obligés de travailler pour survivre dans un monde où le travail disparait et, par conséquent, les travailleurs avec.
C’est pourtant la logique des plans de rigueurs appliqués en Europe pour lutter contre les déficits publics, une solution qui ne marche pas du point de vue économique, comme l’explique Paul Jaurion, « en raison d’un cercle vicieux : le remboursement de la dette réclame un relèvement des impôts, qui réduit le pouvoir d’achat, entraînant une baisse de la consommation, d’où un fléchissement de la croissance, qui oblige à une relance, nécessitant une augmentation de la dette, etc. » (2)
Puisque, d’une manière ou d’une autre et à court terme comme à long terme, il nous est impossible de rembourser la dette (qu’elle soit publique ou autre, peu importe), nous devons donc envisager de l’effacer purement et simplement. Mais la liquidation de notre système financier en faillite n’est politiquement pas réalisable sans un soutien massif de l’opinion publique.
Or, il ne suffit pas que les peuples soient en colère contre leurs représentants politiques qui collaborent avec les intérêts financiers pour renflouer leurs dettes abyssales au détriment des intérêts des peuples pour que cela débouche sur une révolution. Encore faut-il proposer aux peuples une alternative crédible.
Cette alternative crédible pourrait être la taxe carbone à condition qu’elle soit révolutionnaire, c'est-à-dire que le produit de cette taxe n’aille pas se perdre dans le financement d’une lutte virtuelle contre le changement climatique mais qu’elle serve exclusivement à financer le plein emploi. En effet, du point de vue de la théorie PointZero, la taxe carbone telle qu’elle est actuellement envisagée n’est rien d’autre qu’un nouveau racket contre les peuples.
La marée noire prouve qu’une taxe carbone révolutionnaire est possible dans la mesure où l’argent que dépense BP pour lutter contre sa pollution peut être assimilé à une sorte de taxe carbone forcée qui sert effectivement à financer des emplois. Il y a bien un détournement d’argent au détriment des intérêts privés du système financier qui nous étrangle (les actionnaires ont perdu une part de leur dividende) en faveur du travail qui permet aux familles victimes de la marée noire de survivre.
En sommes, grâce à cette marée noire, le système a été vaincu par l’ampleur, la brutalité et la résistance de la catastrophe et force est de constater que les actionnaires se sont (apparemment et provisoirement ?) pliés. Naturellement, cette victoire est surtout symbolique car les indemnités que BP s’est engagé à verser aux victimes de la pollution ne compenseront jamais les pertes réelles de cette catastrophe qui seront, en dernier ressort, prises en charge par la puissance publique. Il n’empêche : si les autorités US censurent médiatiquement les effets de cette catastrophe, c’est bien qu’elles ont compris que cette marée noire pouvait contribuer à déclencher une révolution qui ne demande qu'à éclater du fait de la crise financière et économique.
Notes et références.
(1) « La marée noire de BP peut-elle générer quelque chose de bien ? », project-syndicale.org, 07 juillet 2010… Préconiser une taxe carbone en réponse à la marée noire ne doit pas être juste une manière d’exploiter la tragédie dans le Golfe du Mexique pour aider à financer les dépenses inconsidérées du gouvernement. Par principe, on pourrait réduire certains impôts pour minimiser les effets d’une taxe carbone et neutraliser les effets sur les revenus. Ou bien, pour être précis, une taxe carbone pourrait se substituer à l’ensemble conséquent de taxes qui accompagne généralement les énormes déficits publics….
(2) « Des Grèces par dizaines », pauljorion.com, 5 juillet 2010… Ceux qui ont aujourd’hui pour mission d’accomplir la tâche délicate de réduire la dette publique des États tout en assurant la croissance, recourent pour la décrire à la même expression : « Il n’y a pas de bonnes solutions, seulement de mauvaises ». Mais ce diagnostic est encore exagérément optimiste, car la solution en réalité n’existe pas. Pourquoi ? En raison d’un cercle vicieux : le remboursement de la dette réclame un relèvement des impôts, qui réduit le pouvoir d’achat, entraînant une baisse de la consommation, d’où un fléchissement de la croissance, qui oblige à une relance, nécessitant une augmentation de la dette, etc….
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