dimanche, août 30, 2009

Grippe A H1N1 (65) : la pandémie grippale « ne cadre pas avec les plans préparés » (OMS).

Fausses interviews pour un vrai débat.

Le 26 août 09, Le Monde a déjà publié un article (1) présenté sous la forme de « propos recueillis par Stéphane Foucart et Hervé Morin » auprès d’Antoine Flahault, professeur de médecine, spécialiste de la grippe et surtout directeur de l’EHESP (Ecoles des hautes études en santé publique). J’ai considéré ICI qu’il s’agissait d’une fausse interview manipulant les propos d’Antoine Flahault pour servir une propagande alarmiste pour des raisons développées plus bas. Aujourd’hui, 30 août 09, il semble que Le Monde remette ça avec, cette fois-ci, des propos recueillis par Paul Benkimoun (2) dans le cadre d’un « entretien exclusif au Monde » avec le docteur Margaret Chan, directrice générale de l’OMS. Fausses interviews pour un vrai débat ?

La pandémie grippale ne cadre pas avec les plans préparés.

L’objectif affiché de cet article consiste à tenter de désarmer ceux qui contestent la validité de la stratégie de lutte-anti-pandémique pilotée par l’OMS. J’ai avancé ici-même l’hypothèse que « l’OMS s’est peut-être trompée de virus », hypothèse avec laquelle, selon Le Monde, Margaret Chan ne serait pas complètement d’accord : « Le virus 2009 A(H1N1) est totalement différent. Il est nouveau, et quasiment personne n'est immunisé contre lui. Il se répand très facilement, mais ne provoque pas de maladie sévère chez la plupart des gens. Ces éléments ne cadrent pas avec les plans préparés, et imposent de les adapter. Rien d'étonnant, donc, à ce que des gens se demandent pourquoi la pandémie actuelle ne correspond pas à ce à quoi ils s'attendaient, et trouvent que l'on en fait beaucoup. Mais je ne suis pas d’accord avec ce point de vue».

Un débat public.

Ce qui est déjà intéressant, c’est que ce point de vue contestataire soit clarifié et médiatisé par un quotidien comme Le Monde. C’est la condition première pour initier un débat public. Le débat, effectivement, porte bien sur la question du choix stratégique de l’OMS pour lutter contre la pandémie, la stratégie actuellement retenue ne correspondant pas à la réalité du virus H1N1 mais plutôt à celle du virus H5N1, comme je ne cesse de le documenter depuis des semaines sur ce blog en m’appuyant, entre autre, sur la « Circulaire DGT 2009/16 du 3 juillet 2009 2007 » (3) qui rappelle que « Le plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale » a été conçu, à l’origine, pour faire face à une pandémie grippale du virus A/H5N1, d’origine aviaire. Pour autant, il est opérationnel face à la grippe A/H1N1 ». Or, ce dernier point est discutable et devrait faire l’objet d’un véritable débat au niveau national.

Légitimer, à postériori, un mauvais choix stratégique.

En effet, l’alarmisme médiatique pourrait s’expliquer par une tentative de faire coller la pandémie actuelle à la pandémie pour laquelle « le plan national de prévention et de lutte «Pandémie grippale » a été conçu, à l’origine… ». Autrement dit, le gouvernement aggraverait (alarmisme des médias) volontairement la dangerosité de la grippe A H1N1 pour justifier l’application de sa stratégie de lutte anti-pandémique conçue pour lutter contre A H5N1 et fondée essentiellement sur la vaccination de masse. Alarmée par la vitesse fulgurante de propagation du virus, l’OMS aurait pris la décision de déclarer l’alerte pandémique de niveau 6 sans connaître précisément les caractéristiques du virus H1N1. Les vaccins n’étant pas disponibles et le virus H1N1 se confirmant comme à peine moins bénin qu’une grippe saisonnière, les gouvernements tentent aujourd’hui de jouer sur les effets marginaux de la grippe H1N1 certes « cent fois plus mortelle que la grippe saisonnière » (1) mais ne concernant pourtant qu’entre 0,01 et 0,03 % de la population, et les conséquences sociales et économiques de la pandémie via son PCA (Plan de Continuité d’Activité) pour légitimer, à postériori, leurs mauvais choix stratégiques initiés par l’OMS. Reste à savoir pour qui roule l’OMS pour comprendre pourquoi les gouvernements ne peuvent plus rectifier leur tir et vont créer eux-mêmes le chaos dans nos sociétés tout en continuant d’accuser la grippe et ceux qui, d’une certaine manière, la défendent en contestant l’image que les gouvernements en donnent ?

Arguments et contre-arguments.

Voici les arguments attribués à Margaret Chan par Le Monde (2) pour soutenir la stratégie du gouvernement et les contre-arguments qui peuvent, me semble-t-il, y être opposés :

1 – Propagation : « Jusqu’à 30% des habitants des pays à forte densité de population risquent d’être infectés. ». Pour l’instant, ces prévisions ne se sont pas réalisées dans l’hémisphère sud.

2 – Mortalité : « 60 % des décès surviennent chez des personnes ayant des problèmes de santé sous-jacents. Ce qui signifie que 40 % des décès concernent des jeunes adultes - en bonne santé - qui meurent en cinq à sept jours d'une pneumonie virale. C'est le fait le plus préoccupant. Soigner ces patients est très lourd et difficile. » Sans doute, mais d’un point de vue santé publique, le nombre de ces patients est insignifiant et met en lumière la faiblesse structurelle des systèmes de santé, une faiblesse structurelle aggravée par la crise financière et non par la pandémie grippale comme le montre la situation de nos territoires de l’hémisphère sud.

3 – Contagiosité : « Dans notre monde de 6,8 milliards d'habitants, que se passera-t-il si l'infection touche 20 % à 30 % de la population ? » Il arriverait qu’entre 1,36 et 2,04 milliards d’habitants attraperaient une grippe. Et alors ?

4 – Mutation : « Qu'arrivera-t-il si la maladie devenait plus sévère sans que nous y soyons préparés ? » Pour que la maladie devienne plus sévère, il faudrait une mutation sérieuse du virus ce qui n’est actuellement pas officiellement constaté par l’OMS. Si cela se produisait malgré tout (9), une chose est certaine : nos vaccins seraient à jeter à la poubelle, nous serions alors complètement exposés et ce serait une crise…de plus. Il faudrait alors tout remettre à plat, y compris peut-être ceux qui prétendent s'occuper de notre santé alors qu'ils ont déjà démontré leur incapacité à prévoir et traiter d'autres crises.

5 – Dangerosité : « C'est vrai, la maladie est bénigne, et nous espérons qu'elle le restera lorsque la deuxième vague arrivera cet automne. Si ce n'est pas le cas, comment les gouvernements qui n'auront pas fait le nécessaire pour se préparer pourront-ils se justifier devant leur opinion publique ? » Cette question prouve seulement qu’actuellement, les gouvernements ont engagé des dépenses pour lutter contre une maladie qui ne les justifie pas alors qu’il existe combien d’autres domaines où ces dépenses seraient parfaitement justifiées. Allons-nous poursuivre dans l’erreur uniquement pour ne pas gêner nos gouvernements ?

6 – Vaccins : « Nous avons dit qu'il faudrait de cinq à six mois pour mettre au point les premiers lots de vaccins. Pour l'instant, nous sommes dans les temps. » Dans les temps du point de vue de la production industrielle des vaccins mais pas du point de vue des exigences de la lutte anti-pandémique puisque ces vaccins arriveront après la bataille (7) alors que la production d’autres vaccins saisonniers pourraient être sacrifiée pour augmenter la production du vaccin anti pandémique. Stopper trop tard la production irrationnelle du vaccin anti-pandémique priverait alors les populations des autres vaccins saisonniers (8)

7 – Production : « Avant la mise en place du plan contre le virus de la grippe aviaire H5N1, la capacité annuelle de production mondiale de vaccins antigrippaux était de 450 millions de doses, et essentiellement dans les pays développés. Elle est passée à 900 millions de doses. Même si cela reste insuffisant, cela n'était jamais arrivé pour les pandémies précédentes. » Comme dans l’argument précédent, l’OMS se félicite des progrès de l’industrie pharmaceutique même s’ils sont très insuffisants (6) par rapport aux nécessités de la lutte contre la pandémie grippale. Les seuls qui ont un motif d’être satisfaits sont les laboratoires pharmaceutiques. Si cela est suffisant pour satisfaire Margaret Chan, c’est qu’elle considère en être le porte-parole alors qu’en tant que directrice de l’OMS, elle devrait être le porte-parole de la population mondiale.

8 – Pénurie : Pour les pays en développement, « nous avons reçu des engagements de dons pour un total de 150 millions de doses […] Mais il ne faut pas perdre de vue les interventions non pharmacologiques […] Nous devons réfléchir à la manière de diffuser de l’information par le biais de SMS ». Alors que l’OMS considère que la pandémie sera dévastatrice dans ces pays (5), Margaret Chan, sa directrice générale, n’envisage pas de mettre le paquet sur ces pays en terme de vaccination parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer. Tout comme dans les arguments précédents n°6 et 7, Margaret Chan ne raisonne pas en tant que directrice de l’OMS mais en tant que représentante des intérêts des laboratoires pharmaceutiques.

9 – Effets secondaires : « Les essais cliniques nous donneront des réponses sur les effets secondaires possibles de ces vaccins […] Même avec les produits de qualité, il y a toujours des effets secondaires […]Mais il faut faire la différence entre les effets réellement liés au vaccin et ceux qui coïncident dans le temps sans lien de cause à effet ». Cet argument donne une idée de la manière dont les autorités sanitaires et les laboratoires pharmaceutiques se déresponsabiliseront des effets secondaires surtout dans le cas où ils dépasseraient le seuil médicalement tolérable ce qui, dans le cas de vaccins innovants, n’est pas fixé à l’avance.

10 – Communication : « Le meilleur investissement possible pour un gouvernement est la "communication pandémique" : identifier les mécanismes de communication appropriés à chaque pays, afin que la population reçoive l'information en temps et en heure, et de manière transparente. » Pour l’instant, la « communication pandémique » gouvernementale fait craindre à certains que l’OMS ait engagé les gouvernements dans un plan de lutte anti-pandémique conçu pour lutter contre le H5N1 alors que nous sommes confrontés au H1N1 d’où l’incompréhension grandissante de certains experts et d’une partie de la population qui s’intéresse à la question.

Vote de confiance.

L’ensemble des arguments attribués à la directrice générale de l’OMS est en réalité à attribuer à la représentante des intérêts des laboratoires pharmaceutiques. Non seulement « l’OMS s’est peut-être trompée de virus », mais il semble que les médias (et les gouvernements qu’ils servent) se trompent eux-mêmes sur l’OMS. Il ne reste plus à la population qu’à se demander si elle ne se trompe pas de gouvernement puisque celui-ci est (peut-être malgré lui ?) au service d’intérêts contradictoires aux siens. Or, un jour ou l’autre, nous risquons devoir nous faire inoculer ce qui est peut-être un poison et en tout état de cause un vaccin qui « ne cadre pas » avec la maladie ciblée (8). Devons-nous accepter de servir de cobayes (volontaires et bénévoles) sans un débat public national débouchant sur un vote de confiance ?

Passage au niveau 5b.

Le gouvernement est conscient qu’il marche sur des braises d’où le silence, depuis le début de la pandémie, de Nicolas Sarkozy qui se réserve « pour intervenir le moment venu » (4) pour annoncer (ou faire savoir) le passage au niveau 5b, une façon de suivre jusqu’aux extrêmes limites la ligne de l’OMS sans se ligoter avant l’heure et sans retour possible en arrière avec les contraintes imposées par le niveau 6 d’alerte pandémique. Un niveau 6 qui serait soit excessif s'il ne s'agit que de lutter contre le virus A H1N1, soit inadapté (mauvais vaccins) si nous constations la mutation du virus actuel ou l'existence d'un autre virus sous-jacent masqué par le virus actuel.

Notes.

(1) « La mortalité directe du H1N1 serait cent fois celle de la grippe saisonnière », lemonde.fr, 26 août 09 On serait en face d'une maladie dont la mortalité directe - un cas pour 10 000 infections - serait certes très rare mais malgré tout 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière…

(2) "Le virus H1N1 voyage à une vitesse incroyable", lemonde.fr,
30 août 09Le 11 juin, sa directrice générale, le docteur Margaret Chan, déclarait la grippe A (H1N1) première pandémie du XXIe siècle. Dans un entretien exclusif au Monde, elle fait le point sur la situation et s'explique sur la stratégie de l'OMS

(3) « Circulaire DGT 2009/16 du 3 juillet 2009 relative à la pandémie grippale et complétant la circulaire DGT n°2007/18 du 18 décembre 2007 », q.liberation.fr,
3 juillet 09Ce plan est un outil opérationnel d’aide à la décision, fondé sur des mesures normées que les autorités peuvent décider d’appliquer ou non en fonction de chaque situation concrète rencontrée. En examinant l’opportunité de prendre chacune de ces mesures, le décideur doit avoir présent à l’esprit que l’efficacité de la plupart d’entre elles est conditionnée par une bonne anticipation et par la précocité et la rigueur de leur mise en œuvre. Le plan est intersectoriel. Au-delà des enjeux sanitaires, il s’attache à préserver la continuité de l’ensemble de la vie sociale et économique, dont le fonctionnement le plus normal possible est une condition permettant d’éviter ou de réduire les dommages causés par la pandémie...

(4) « Le gouvernement ne veut pas limiter sa com' à la grippe », lefigaro.fr, 30 août 09Conscient du problème, le président n'a pas dit un mot de la grippe A lors du premier Conseil des ministres de rentrée. Son premier déplacement en France, programmé jeudi, portera sur l'emploi. Mais quand s'adressera-t-il aux Français ? «Pour le moment, assure Raymond Soubie, rien n'est décidé. Il interviendra le moment venu….

(5) « Selon l’OMS, le H1N1 sera « dévastateur » dans les pays en développement », santelog.com, 30 août 09le même virus qui causera une "perturbation" dans les pays riches pourrait avoir un impact dévastateur dans de nombreuses régions du monde en développement

(6) « VACCIN anti A/H1N1 : CELTURA de NOVARTIS disponible dès octobre », santelog.com, 30 août 09Les commandes de l’hémisphère nord s’élevant à 1 milliard de doses en face d’une production maximum revue à la baisse à 45 millions de doses de vaccin anti A/H1N1 par semaine, avec des livraisons échelonnées

(7) « GRIPPE A/H1N1 : Communication, surveillance et renforts à la REUNION », santelog.com, 30 août 09 L’OMS informait dans son rapport que la majorité des régions de l’hémisphère sud, en hiver austral, avaient passé le pic de l’épidémie, sauf les pays touchés plus tardivement par le virus, comme c’est le cas de la Réunion qui n’a pas encore atteint ce pic, selon l’InVS. Néanmoins, il est probable que mi-octobre, lors des premières disponibilités du vaccin, ce pic ait été dépassé…

(8) « Grippe saisonnière : le vaccin de trop ? », blog.ehesp.fr, 30 août 09 Car si l’on pouvait faire l’économie d’un vaccin saisonnier qui serait devenu obsolète dès septembre 2009, la problématique s’en trouverait un peu éclaircie pour la stratégie à adopter vis-à-vis du vaccin pandémique

(9) « Grippe A H5N1 et grippe A H1N1 en Egypte : cocktail explosif », pandemiedegrippe.com, 30 août 09 la présence simultanée en Égypte de personnes infectées par le virus de la grippe porcine A H1N1 et d’autres infectées par le virus de la grippe aviaire A H5N1 soulève le doute que le virus puisse se réassortir en un virus potentiellement plus virulent pour lequel les vaccins actuels seraient moins efficaces….

samedi, août 29, 2009

Grippe A H1N1 (64) : l’OMS s’est peut-être trompée de virus.

Premier recul du gouvernement.

Il y a quelques jours, le gouvernement a envoyé une circulaire à l’adresse des préfets pour leur expliquer les procédures de fermeture des écoles pour lutter contre la pandémie : trois cas dans la même semaine dans une classe, etc. Le gouvernement a ensuite expliqué à l’opinion publique toutes les raisons en faveur de cette mesure pourtant controversée depuis le début par les associations de parents d’élève qui réclament une « solidarité nationale » en riposte à l’appel à la « solidarité familiale » lancée en désespoir de cause par le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel. Or, voilà qu’en Nouvelle Calédonie, territoire qui préfigure la situation pandémique en métropole (2), les autorités locales viennent de décider la réouverture des écoles après avoir conclu (1) que « la mesure était inefficace et entraînait de nombreux inconvénients pour les parents ». Premier recul du gouvernement.

Affronter la pandémie sans vaccination.

Côté vaccination, force est de constater que les territoires de l’hémisphère sud affrontent la pandémie sans vaccin et que cette situation ne débouche pas sur la catastrophe (5) (6) anticipée par le gouvernement au nom du principe de prévention cher à Roselyne Bachelot. Ce constat complique l’évaluation du bénéfice/risque de la campagne de vaccination prévue à partir du 28 septembre 2009. D’un côté, le gouvernement s’est financièrement engagé dans la commande de dizaines de millions de doses de vaccins. De l’autre, le gouvernement n’est pas en mesure de lancer sa campagne de vaccination dans les temps pour faire barrière à la pandémie. Or, l’observation de la situation dans l’hémisphère sud montre que la société peut affronter sans inconvénients majeurs cette pandémie même en l’absence de vaccination. Alors ?

Qui dit pandémie ne dit pas forcément danger.

Alors, l’OMS a déclenché à juste titre une alerte pandémique mondiale mais s’est peut-être trompée de virus. La pandémie n’est pas contestable mais qui dit pandémie ne dit pas forcément danger. La pandémie n’est pas, en soi, une maladie mais signifie un niveau élevé de propagation d’un virus dans une population peu ou pas immune. Si ce virus avait été le H5N1, cette alerte mondiale et les procédures automatiquement déclenchées de lutte anti-pandémique auraient été justifiées. Il se trouve qu’il s’agit du virus H1N1 qui correspond, selon nos connaissances actuelles, à une grippe bénigne plus ou moins équivalente à une grippe saisonnière, son taux de mortalité directe restant insignifiant d’un point de vue de santé publique.

Etouffer la pandémie dans l'oeuf.

Le gouvernement a deux options : soit il déclenche sa campagne aventureuse (4) de vaccination pour écouler ses stocks et justifier ses engagements financiers, soit il s’abstient et enterre ses stocks jusqu’à ce qu’on les oublie. Cette seconde option est jouable dans la mesure où le gouvernement a la maîtrise des chiffres puisque ceux-ci ne sont que des estimations impossibles à vérifier. Le gouvernement a donc le pouvoir de ne pas faire franchir aux chiffres le seuil pandémique, donc de rester au niveau 5 d’alerte pour étouffer, en quelques sortes, la pandémie dans l’œuf sans perdre la face vis-à-vis de l’opinion publique.

Notes.

(1) « Grippe A H1N1 : réouverture des écoles en Nouvelle-Calédonie », pandemiedegrippe.com, 28 août 09Après avoir tenté de limiter la propagation du virus de la grippe A H1N1 en fermant les écoles, les autorités locales ont conclu que la mesure était inefficace et entraînait de nombreux inconvénients pour les parents

(2) « Roselyne Bachelot en visite médicale à la Réunion », liberation.fr, 29 août 09Une visite de deux jours, «dans une logique d’anticipation et de préparation à la gestion de l’épidémie», précise un communiqué ministeriel. En clair, voir comment le département se débrouille face à la grippe A, qu’ont déjà contractée entre 22 000 et 30 000 habitants, selon les estimations. Puis en tirer des leçons pour la métropole…

(3) « Grippe A: «La décision de vacciner ou non va être difficile à prendre », liberation.fr, 28 août 09Ce qui se passe actuellement au Sud, en Argentine par exemple, ou en Nouvelle Calédonie, suggère que le risque de pandémie est bien là. Qu'il existe des formes graves du virus H1N1 qui sont peu fréquentes, et qu'un risque de désorganisation plus sociétal que médicale est possible durant l'automne

(4) " Grippe A: un vaccin douteux aux adjuvants risqués sera expérimenté directement sur la population, déplore Arznei-Telegramm", pharmacritique.20minutes-blogs.fr, 29 août 09... Compte tenu du caractère bénin de la grippe porcine dans son ensemble, nous nous prononçons contre les mesures préconisées consistant à implémenter une vaccination massive avec un vaccin adjuvanté insuffisamment testé...

(5) " Grippe A (H1N1) : L’épidémie a baissé en Nouvelle-Calédonie ", buzzsante.com, 29 août 09...La baisse du nombre de nouveaux cas de grippe A (H1N1) en Nouvelle-Calédonie pousse le gouvernement à envisager la fermeture des deux centres de traitement mis en place à Nouméa....

(6) " GRIPPE A/H1N1 : Selon l’OMS, l’HEMISPHERE SUD a passé le PIC DE L’EPIDEMIE", santelog.com, 29 août 09...Selon, le dernier rapport de l’OMS, du 28 août, la plupart des pays de l’hémisphère sud, actuellement sous hiver austral, saison propice à la circulation du virus de la grippe, auraient « passé le cap », ce fameux pic d’épidémie, et seraient en train de regagner des niveaux normaux d’activité grippale...

vendredi, août 28, 2009

Grippe A H1N1 (63) : le gouvernement renouvelle son appel à « l’altruisme » des Français.

Les laboratoires en rajoutent une couche.

« Chaque vaccin pourrait disposer d’une AMM spécifique couvrant ou non les enfants ou les moins de 18 ans » (1). Comme si la situation n’était pas déjà suffisamment compliquée à gérer, voilà que les laboratoires en rajoutent une couche. Nous savons déjà que la vaccination sera ciblée, que le vaccin sera inoculé en deux doses à trois semaines d’intervalle (3) et que les deux doses devront provenir du même flacon (2) et, enfin mais peut-être pas la dernière, n’importe quel vaccin antigrippe ne sera pas valable pour tout le monde.

Le sac de noeuds d'un tel système.

Nos autorités politiques sont-elles conscientes du sac de nœuds d’un tel système ? Toutes ces contraintes, rajoutées aux aléas de la production, à la définition des priorités, à la sécurisation des produits tant pour leur stockage, leur acheminement sur site et leur distribution font qu’il sera techniquement très sophistiqué de garder le contrôle de la situation (savoir qui a été vacciné, quand, avec quel vaccin, etc.) et assurer en temps réel le suivi des effets secondaires.

Une bombe à retardement.

Ce plan de lutte anti-pandémique par la vaccination de masse ressemble à une bombe à retardement. Cette campagne de vaccination est organisée en dehors des structures sanitaires existantes, dans des lieux plus ou moins bien équipés (stockage et conservation des produits) et sommairement aménagés (sécurisation des produits, gardiennage, etc), avec des équipes formées et constituées dans l’urgence, pour une durée limitée et qui seront également appelées à intervenir dans des établissements scolaires déjà plus ou moins fermés et désorganisés. Quid des enfants, malades ou non, qui seront absent des écoles au moment de la vaccination ? Quid des personnes qui se déplacent à travers le territoire et à l’étranger ? Comment respecter les délais de trois semaines pour la seconde dose (du même flacon) de vaccination dans un monde où les gens bougent sans cesse d’une région, d’un pays ou d’un continent à l’autre où les protocoles de vaccination sont multiples et variés ?

Dérive tehcnocratique.

Cette campagne de vaccination illustre la dérive technocratique de notre système ou chaque aspect de la campagne est traité sans cohérence avec l’ensemble de la campagne et tout cela parce qu’au départ, l’OMS a déclaré la pandémie ce qui, par l’enchaînement automatique des procédures d’alerte, a déclenché une multitude de plans de lutte anti-pandémique conçus pour la grippe aviaire H5N1 et qui se révèlent de plus en plus inadaptés pour lutter contre la pandémie grippale H1N1 : on ne peut pas lutter avec les mêmes armes ni la même stratégie contre une pandémie très mortelle mais peu contagieuse (H5N1) et une pandémie bénigne mais très contagieuse (H1N1). Le choix de la vaccination de masse comme principal objectif de la lutte anti-pandémique n’est-elle pas, selon les informations disponibles et pour reprendre le mot de Brice Hortefeux, « irresponsable » ? (5)

Sous l'effet de la psychose médiatique.

Pour l’instant, nous n’en sommes qu’au stade des déclarations et des intentions. Mais lorsque nous passerons à la phase opérationnelle du plan de vaccination, les Français découvriront les incongruités de ce plan et il sera trop tard pour rectifier le tir. Sous l'effet de la psychose médiatique (4), des quantités de gens, inquiets et n’y comprenant plus rien, pourraient se précipiter sur les centres de vaccination et commencer à perturber le fonctionnement normal de la campagne pour obtenir leur dose de vaccin d’une façon ou d’une autre. Ces gens ne comprendront pas toujours pourquoi on la leur refusera. Pour calmer le jeu, qu’est-il prévu ?

Altruisme sans fond.

Une partie non négligeable de la population ignore ce qui se prépare et n’a qu'une faible idée des contraintes de cette campagne puisqu’elle ne voit, à la télévision, que des clips gentillets et infantilisants dans l’esprit de la campagne contre le Sida, le mouchoir jetable à usage unique remplaçant le préservatif. Après la « solidarité familiale », le gouvernement fait appel à « l’altruisme » (2) dont les Français ont si bien su déjà faire preuve dans le cadre de la lutte contre la crise financière dont on ignore encore combien elle va leur coûter tant cet altruisme semble sans fond, un fond que Nicolas Sarkozy a pourtant l’intention de continuer d’explorer, non seulement via sa campagne de vaccination mais aussi avec son futur emprunt national.

Notes.

(1) « Grippe A/H1N1: La FRANCE reçoit ses PREMIERS VACCINS », santelog.com,

28 août 09Ces vaccins n'ont pas encore leur autorisation de mise sur le marché (AMM) qui devrait être délivrée courant septembre. C’est l’obtention des AMM qui, entre autres critères conditionnera le déclenchement de la vaccination.

(2) « Vaccin Grippe A : "des inconnues subsistent", selon Mme Bachelot », news.doctissimo,fr, 27 août 09….madame Bachelot en appelle à l'altruisme, soulignant qu'une personne sans facteur de risque particulier peut "se faire vacciner pour protéger son entourage". Une démarche altruiste qui ne sera possible que si le grand public est complètement rassuré sur la sécurité de ces vaccins, qui sont élaborés plus rapidement que d'habitude….

(3) « Vaccin grippe A H1N1 : 2 injections avec quel délai ? Comment ça se passe ? », couleurgeek.com, 28 août 09 cette obligation de faire 2 injections va ralentir la campagne de vaccination… pas pratique du tout

(4) " La grippe A est devenu le virus dominant dans le monde ", lemonde.fr, 28 août 09...Selon les dernières données de l'organisation, publiées vendredi, la grippe H1N1, déclarée première pandémie du XXIe siècle le 11 juin, a tué "au moins deux mille cent quatre-vingt-cinq personnes" et fait, selon une estimation basse, deux cent neuf mille quatre cent trente-huit malades (sic) dans cent soixante-dix-sept pays ...

(5) " Grippe A: «La décision de vacciner ou non va être difficile à prendre», liberation.fr, 28 août 09...Pour l'instant, aucune décision n'a été prise sur une vaccination de masse. Il serait illusoire de penser qu'en vaccinant, par exemple, la majorité d'un pays, on serait protégé contre la grippe H1N1...

Grippe A H1N1 (62) : vaccination gratuite et facultative mais recommandée… par qui ?

Sur les dents.

« Aujourd'hui, considérer que le gouvernement en fait trop, je le dis clairement ce sont des propos irresponsables", a déclaré le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux soutenant ainsi la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, qui a affirmé (2) qu’au nom du « principe de prévention », il vallait mieux en faire trop que pas assez. Si l’un des deux ministres semble sur les dents, c’est certainement Brice Hortefeux en raison des conditions aléatoires et aventureuses de la mise en œuvre du plan de lutte anti-pandémique fondé sur une vaccination de masse avec un produit dont on ignore quasiment tout : son coût final, sa qualité, son utilité, son mode d’inoculation, ses effets secondaires, sa date d’autorisation de mise sur le marché, son délai et son rythme de production, etc.

Le gouvernement frise le ridicule.

Mobiliser en urgence une armée d’équipes sanitaires sur l’ensemble du territoire national sans connaître exactement l’ensemble des données concernant le vaccin revient à mobiliser une armée sur le champ de bataille sans savoir ni quand ni combien de munitions elle disposera pour se battre contre un ennemi dont on ignore encore précisément le fonctionnement et la puissance de frappe puisque les autorités sanitaires travaillent à partir d’estimations (7) calculées sur la base de données indirectes en provenance de sources variées transmises par des canaux hétérogènes (12). Au final, plus personne n’y comprend rien (5) et le gouvernement frise le ridicule.

Accueillir tous les enfants.

A tel point que, comme cela a été observé (3) dans les territoires de l’hémisphère sud concernant les règles de fermeture des écoles, les parents ne tiennent pas compte des recommandations officielles et font ce que les contraintes de la vie quotidienne de parent les obligent à faire : malades ou pas, ils envoient leurs enfants aux écoles qui sont pour la plupart restées ouvertes parce que le personnel qui les accueille ne peut pas rejeter ces enfants à la rue. La situation est donc parfaitement claire : la responsabilité de l’Education nationale est d’accueillir tous les enfants qui s’y présentent tout en appliquant au mieux les mesures de préventions d’ordre hygiénique.

La grippe ne fait de distinction.

La démarche pour la vaccination devrait être la même : tous le monde y a également droit car si le vaccin est gratuit, cela signifie que tout le monde paye via les cotisations à la Sécu et les impôts. Les centres de vaccination ne devraient donc entrer en fonctionnement que lorsque les stocks de vaccins sont suffisants pour vacciner les populations qui s’y présentent sans discrimination ni priorité, les autorités se chargeant de la gestion des flux et des files d’attente. La grippe ne fait pas de distinction entre telle ou telle catégorie socioprofessionnelle ou groupes à risque (11) et dans le contexte actuel de lutte anti-pandémique – il ne s’agit que d’une grippe bénigne - c’est sur l’ensemble de la population qu’il faut agir. L’option gouvernementale de vacciner en premier le personnel médical peut sembler juste sur le papier, mais imaginons qu’il y ai une faille (10) dans le vaccin qui décime l’ensemble du personnel médical, que faisons-nous ? Qui peut garantir l’absence d’effets secondaires importants pour un nouveau vaccin non correctement testés ?

Le courage de consulter la Nation.

Pour une raison mystérieuse, le gouvernement fait tout pour accélérer imprudemment la période de vaccination alors qu’il ne disposera de toute façon pas dans les délais souhaitables (4) des quantités nécessaires de vaccins pour faire barrière à la pandémie. Il y aura donc explosion des cas de syndromes grippaux. Il y aura des morts y compris parmi les personnes vaccinés. C’est inévitable comme il est inévitable qu’une publicité médiatique sera faite autour de ces morts-là. Et alors ? Les populations ne vont-elles pas s’interroger sur l’inefficacité et la dangerosité du vaccin donc sur la crédibilité du gouvernement qui n’aura pas eu le courage, au bon moment, c'est-à-dire avant de décider le déclenchement de la vaccination, de consulter la Nation via ses élus, députés et sénateurs ?

Une dictature post-démocratique.

A moins que le gouvernement n’aille chercher sa feuille de route à Bruxelles, voire au-delà (8) ? Auquel cas cela confirmerait que nous ne sommes plus dans un régime démocratique mais déjà sous une dictature post-démocratique plus ou moins mondiale dont on n'ignore pas, pour le coup, les motivations suprêmes, la crise financière étant passée par là pour tout nous expliquer (6) (9).

Notes.

(1) « La France veut pouvoir vacciner contre la grippe A fin septembre », lemonde.fr avec Reuters, 27 août 09…. les autorisations de mise sur le marché ne sont pas encore disponibles et on ignore la date précise de livraison des vaccins, des inconnues qui empêchent d'arrêter une stratégie…

(2) " GRIPPE A/H1N1 : Roselyne Bachelot : « Les gestes de chacun font la santé de tous », santelog.com, 25 août 09... Jamais la France ne s’est trouvée devoir réaliser une campagne de vaccination aussi large, En fait-elle trop, a demandé une journaliste. On ne connaît pas le scénario à venir, donc nous appliquons le principe de prévention, conclut la ministre, on ne nous pardonnerait pas de ne pas l’avoir fait

(3) " Grippe A : la fermeture des écoles en question", lemonde.fr, 27 août 09...J'ai dû demander à plusieurs élèves malades d'aller voir l'infirmière scolaire. Leurs parents travaillent, ils les envoient au lycée, épidémie ou non", témoigne Marie-Odile Rederstorff, enseignante en Nouvelle-Calédonie, à Nouméa...

(4) " Grippe A : la vaccination possible dès la mi-octobre", lefigaro.fr, 27 août 09...Alors que les autorisations de mises sur le marché n'ont pas encore été délivrées, la France a reçu jeudi ses premières doses de vaccins anti-grippe A H1N1. Le stock est en quantité limitée, a indiqué Roselyne Bachelot...

(5) " La grippe A à l’école du doute", liberation.fr, 27 août 09...Les décisions annoncées pour lutter contre la pandémie en milieu scolaire ne suffisent pas à répondre aux questions des enseignants....

(6) " La reprise ? Quelle reprise ? ", objectifliberte.fr, 27 août 09... La crise fait et fera souffrir tant de monde que nous voudrions tous en sortir vite. Mais je n’en crois rien. La « reprise américaine » est purement factice, et un nouveau plongeon me paraît inévitable. Et les maux de l'Europe ne sont pas différents. ..

(7) " GRIPPE A/H1N1 en FRANCE : Le nouveau système de surveillance expliquerait son AUGMENTATION", santelog.com, 27 août 09...La modification de ses indicateurs de surveillance désormais basés sur une estimation au lieu d’un recensement, pourrait expliquer, selon l’Institut, l’augmentation soudaine des chiffres communiqués...

(8) " GRIPPE A/H1N1 en France : La vaccination sera collective, sera-t-elle "obligatoire"?, santelog.com, 27 août 09...L’état est seul compétent pour déclencher une campagne générale de vaccination, selon le Code de Santé Publique....

(9) " L’extraterritorialité morale de la finance n’a que trop duré !", pauljorion.com, 28 août 09...nous avons accepté au cœur de nos sociétés une finance amorale qui dévoie le politique en permanence en le soumettant au pouvoir de l’argent....

(10) " Efficacité du vaccin : faillibilité et absence de preuve", diablogtime.free, 12 août 09...Ainsi, d’après toutes ces considérations, ce n’est pas la grippe qu’il fut craindre mais plutôt le vaccin qu’on nous promet comme la panacée. Comme le dit le Dr William Frosehaver : « Le risque de souffrir de complications sérieuses provenant des vaccins contre la grippe est beaucoup plus grand que la grippe elle-même »....

(11) " Grippe A/H1N1 : pourquoi 50 % des décès touchent des sujets en bonne santé", santelog.com, 28 août 09...Mais alors, et les 50 % de patients qui ne se situent pas en situation vulnérable… a priori ? S’ils sont sans (facteurs de) risque, de quoi décèdent-ils ? Il n’y a pas que des maladies pré-existantes (citées par l’InVS)… et la grippe n’est pas qu’une maladie respiratoire, c’est une maladie virale avec d’autres conséquences « au-delà du poumon...

(12) " Surveillance populationnelle, conférence de presse du 27 août 2009", invs.sante.fr, 27 août 09,... Comme le recommande l’OMS, d’autres outils sont maintenant à privilégier pour observer la progression de l’épidémie dans l’ensemble de la population, sous plusieurs angles, à l’aide de plusieurs indicateurs complémentaires les uns des autres La plupart des pays où le virus circule ont adopté ces modalités d’analyses dites de « surveillance populationnelle »...

jeudi, août 27, 2009

Grippe A H1N1 (60) : vaccination de masse, pour un débat national et un vote de confiance.

Planification logistique d'une campagne de vaccination.

Les médias (1) dévoilent le contenu d’une circulaire adressée aux préfets le 21 août 2009 par Brice Hortefeux et Roselyne Bachelot-Narquin au sujet de la planification logistique d’une campagne de vaccination (2) contre la grippe A H1N1 qui doit être opérationnelle à partir du 28 septembre 2009 mais dont « la décision finale de déclenchement () ne sera prise que si la situation et les préconisations des experts le justifient… » ce que Le Monde dans son article déjà cité ne précise pas.

Ce serait une sorte d'aventure.

Le Monde qui, justement, hier mettait en ligne un article alarmiste (3) en déformant les propos (4) de Alain Flahault, directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique et en omettant de préciser que « l’épidémiologiste estime que « ce serait une sorte d’aventure » d’organiser une vaccination de masse contre la grippe H1N1 » (5) pour des raisons qu’il développe en détail sur le site de l’EHESP (6). En tant que citoyen lambda, comment rationnaliser le forcing du gouvernement pour une vaccination de masse et les mises en garde contre une telle vaccination de la part des experts les plus reconnus en matière de santé publique ?

Une vaccination de masse semble inéluctable.

La crise financière a suffisamment décrédibilisé le gouvernement pour semer le doute sur la légitimité de sa lutte anti-pandémique via la vaccination de masse. D’autant plus que les conditions de fabrication des vaccins obligent les laboratoires à ne pas respecter les règles essentielles de sécurité et font donc craindre le pire pour la santé des populations. Il faut pourtant admettre l’efficacité de la stratégie de communication gouvernementale puisqu’il semble qu’une majorité de Français apprécie (7), pour l’instant, l’action des autorités politiques et que de ce point de vue, la vaccination de masse semble inéluctable.

C'est à l'ensemble des élus de la Nation de voter leur confiance.

Une vaccination de masse « aventureuse » pour lutter contre une maladie aussi bénigne puisque selon le directeur de l’EHESP, elle ne présente qu’un taux de mortalité directe de 0,01 % ? Un gouvernement qui ne tiendrait pas compte de l’avis autorisé de ses experts les plus reconnus au sein du milieu universitaire et imposerait une stratégie de lutte anti-pandémique contestée par sa propre élite sans débat national débouchant sur un vote de confiance engageant la responsabilité des plus hauts représentants de l’Etat, pourrait-il être démocratiquement respecté par la société civile dont, en principe, il dépend ? Si la sécurité du pays est menacée par une pandémie, c’est à l’ensemble des représentants de la Nation, députés et sénateurs, de voter leur confiance au gouvernement. Sinon, cela signifie que nous ne sommes plus dans un régime démocratique mais déjà sous une dictature post-démocratique. . Serait-ce si compliqué d’organiser avant la décision du déclenchement du plan de vaccination de masse un nouveau congrès à Versailles ?

Notes.

(1) « Grippe A (H1N1) : le plan de vaccination du gouvernement français », lemonde.fr, 27 août 09les deux ministres détaillent l'organisation d'un dispositif de "réponse sanitaire évolutive exceptionnelle", qui pourra être activé "à compter du 28 septembre"….

(2) « Planification logistique d’une campagne de vaccination contre le nouveau virus A(h1n1) », urmidf.com, 27 août 09Vu l’ampleur possible d’une telle campagne, la préparation doit précéder en tout état de cause la décision finale de déclenchement, qui ne sera prise que si la situation et les préconisations des experts le justifient….

(3) « La mortalité directe du H1N1 serait cent fois celle de la grippe saisonnière », lemonde.fr, 26 août 09On serait en face d'une maladie dont la mortalité directe - un cas pour 10 000 infections - serait certes très rare mais malgré tout 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière…

(4) « Grippe maligne à Maurice », blog.ehesp.fr, 21 août 09Nous pouvons donc estimer la mortalité directe due au virus H1N1 à 1 cas pour 10 000….

(5) “Vaccin grippal : appel à la prudence”, diblogtime.free, 27 août 09L’épidémiologiste Antoine Flahault estime que “ce serait une sorte d’aventure” d’organiser une vaccination de masse contre la grippe H1N1, car ce serait “une stratégie totalement innovante vis-à-vis de la grippe A”, jamais tentée sur la grippe saisonnière.

(6) « Grippe maligne à Maurice », blog.ehesp.fr, 21 août 09Nous pouvons donc estimer la mortalité directe due au virus H1N1 à 1 cas pour 10 000….

(7) " Les Français plutôt sereins face à la grippe A ", lefigaro.fr, 27 août 09...Le gouvernement a déployé d'énormes moyens pour lutter contre le virus H1N1. Selon notre sondage*, les Français ne cèdent pas à la panique et ils ont raison : rien ne sert d'ajouter la psychose aux risques bien réels de la pandémie annoncée....

Grippe A H1N1 (60) : au grand bénéfice du pouvoir.

Le mouchoir jetable à usage unique.

Les Français apprécient le plan com de lutte anti-pandémique lancé le 25 août 2009 par Roselyne Bachelot. Ce plan com s’inspire apparemment de celui de la lutte contre le Sida en remplaçant le préservatif par le mouchoir jetable à usage unique. Bien vu même si l’efficacité du geste reste à démontrer, mais peu importe. Ce qui compte, c’est la hausse de la cote de popularité du président Sarkozy dans les sondages. Face à cette communication très populaire, sinon populiste, les experts ont bien du mal, les pauvres, à vulgariser honnêtement leurs connaissances sur la maladie et se retrouvent parfois associés à des rumeurs alarmistes qui ne reflètent en rien leurs expertises.

La mortalité directe de H1N1 serait de 0,01 %.

Ainsi en va-t-il pour Antoine Flahault, le directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique, qui se retrouve à la une des médias (1) pour avoir écrit, le malheureux, que « la mortalité directe du H1N1 serait cent fois celle de la grippe saisonnière », une phrase qui, sortie de son contexte, prend un ton particulièrement alarmant. En fait, voilà ce qu’a écrit Antoine Flahault (2) : « Ainsi, la virulence de H1N1 serait 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière (1 pour 10 000 versus 1 pour 1 million) ». Traduction : la mortalité directe de H1N1 serait de 0,01% au lieu de 0,0001% pour la grippe saisonnière. Il faut aller vers la dernière partie de l’article du Monde pour lire finalement que « la mortalité directe […] serait certes très rare mais malgré tout 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière ».

Par manque de données, nous ignorons ces groupes à risque.

Ainsi, non seulement Alain Flahault nous confirme le très faible taux de mortalité de la grippe A H1N1 mais il nous instruit de l’extrême difficulté de sauver les malades atteints du SDRA puisque, selon lui, « on sauve (que) 50 % des SDRA », la principale cause directe de mortalité du H1N1. Autrement dit, quoi que nous fassions, nous ne parviendrons pas à réduire significativement ce taux de mortalité directe déjà insignifiant (insignifiant par rapport à une approche pandémique de la maladie). Pour couronner le tout, Alain Flahault précise que « la mortalité directe frappe sans discernement ou sans que l’on sache aujourd’hui son discernement faute de données… », ce qui signifie que la stratégie de lutte anti-pandémique qui ciblerait des groupes à risque n’aurait actuellement aucun fondement scientifique puisque, par manque de données, nous ignorons ces groupes à risque.

Pour résumer le point de vue d’Alain Flahault :

1 - La grippe AH1N1 a un taux de mortalité insignifiant (0,01 %) ;

2 - Ce taux de mortalité lié essentiellement au SDRA est techniquement incompressible ;

3 – Les cas mortels sont aléatoires et il n’y a donc pas de groupes à risque spécifiques.

Un alarmisme obscène.

Comme l’indique son auteur, la faiblesse de cette étude réside dans le faible nombre des cas mortels qui ont été documentés puisque cette étude porte sur 7 décès directs pour une estimation de 70 000 cas de syndromes grippaux. Il n’empêche que le traitement médiatique des conclusions de cette étude est significatif d’un alarmisme obscène. Pourquoi les journalistes n’ont-ils pas honnêtement présenté les conclusions de cette étude puisqu’il faut se reporter directement au document source sur le blog de l’EHESP pour rétablir la vérité ? Pourquoi présenter cet article sous la forme de « propos recueillis » alors qu’il s’agit visiblement d’un mauvais plagiat mensonger qui ne donne aucun lien vers le texte d’origine ?

Une société infantilisée.

La seule explication à retenir parmi beaucoup d’autres est la collaboration des médias pour justifier la stratégie aveugle de lutte anti-pandémique du gouvernement en abusant de la notoriété de certains experts reconnus dans le milieu universitaire. Des experts dont la situation dépend directement de ce gouvernement et qui n’auront sans doute pas la témérité de risquer leur poste pour dénoncer ces abus. Et pourquoi le feraient-ils dans une société infantilisée qui ne demande qu’à se faire peur au grand bénéfice du pouvoir ? Dans un monde futur, l'Etat ne s'occupera ni de notre santé, ni de notre économie et s'obligera de maintenir l'équilibre de ses finances.

Notes.

(1) « La mortalité directe du H1N1 serait cent fois celle de la grippe saisonnière », lemonde.fr,

26 août 09On serait en face d'une maladie dont la mortalité directe - un cas pour 10 000 infections - serait certes très rare mais malgré tout 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière…

(2) « Grippe maligne à Maurice », blog.ehesp.fr, 21 août 09Nous pouvons donc estimer la mortalité directe due au virus H1N1 à 1 cas pour 10 000….

mardi, août 25, 2009

Grippe A H1N1 (58) : une pandémie actuellement favorable à Nicolas Sarkozy.

Entre 2,5 et 50 millions de morts directes.

A l’ombre du nouveau plan médiatique (1) de lutte anti-pandémique présenté hier par Roselyne Bachelot qui, pour l’occasion, s’était habillée en pharmacienne, certains experts commencent d’évaluer la dangerosité de la grippe A H1N1. Il faut reconnaître que le travail n’est pas simple et fait appel à des techniques sophistiquées en matière de statistiques. Pour l’heure, il semble que, selon les hypothèses retenues, la mortalité liée au virus de la grippe A H1N1 serait entre 10 et 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière (3) (8) soit, au niveau mondial, entre 2,5 et 50 millions de morts directes sans compter, malheureusement, toutes les victimes indirectes qui ne pourront être comptabilisées qu’une fois la pandémie passée, des victimes dites indirectes dans la mesure ou ce sont des malades dont la mort est plutôt précipitée que causée directement par la grippe.

Limiter la catastrophe sans pour autant faire de miracle.

Ces chiffres sont susceptibles d’évoluer, dans un sens comme dans l’autre, au fur et à mesure de l’amélioration de nos connaissances sur la maladie mais il semble que cette fourchette représente actuellement la perception officielle du risque global. Cela permet d’avoir une idée des enjeux sanitaires des plans de lutte anti-pandémique qui devraient limiter la catastrophe sans pour autant faire de miracles. Une fois ces enjeux globaux connus, il reste à affiner les observations pour déterminer les contextes les plus sensibles sur lesquels concentrer les moyens les plus efficients de lutte anti-pandémique, des moyens qui dépendent autant des capacités propres à chaque Etats que des politiques solidaires pouvant être mises en place par les organisations et la communauté internationales (7).

Des gestes pas toujours simples à mettre en oeuvre.

En attendant la mise sur le marché des vaccins, les plans de lutte anti-pandémique s’appuient sur des stratégies de communication via les médias (5). Ces stratégies de communication visent à responsabiliser les populations en les sensibilisant sur les gestes quotidiens de prévention de la maladie. Des gestes qui dans la réalité ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre et doivent donc être considérés comme une façon de rassurer les populations (6) parfois désemparées par cette nouvelle pandémie à la fois aussi bénigne qu’une grippe saisonnière et en même temps beaucoup plus anxiogène par l’amplification des conséquences due à sa forte contagiosité.

Il vaut mieux en faire trop que pas assez.

Parce que bénigne et très contagieuse, cette maladie (in)opportunément déclarée pandémique par l’OMS est devenue psychologiquement déstabilisante et pourrait nécessiter le recours à des procédures autoritaires pour maintenir l’ordre social dans nos sociétés hyper infantilisées. Il est maintenant trop tard pour revenir en arrière et plus nos autorités politiques vont s’en mêler, plus elles vont semer le désordre et la confusion (2) qu’elles s’estimeront en devoir de traiter à leur manière c'est-à-dire en fonction de leur point de vue propre qui peut se résumer par le « il vaut mieux en faire trop que pas assez ».

Les sondages plutôt favorables à Nicolas Sarkozy.

Où est la limite entre le « trop » et le « pas assez » ? Du point de vue politique, régime démocratique oblige, la limite est toujours fixée par rapport aux futures échéances électorales. Le gouvernement actuel ne veut pas qu’on puisse lui reprocher de ne pas en avoir fait assez tout en sachant qu’on ne lui reprochera jamais d’en avoir fait trop (9). Au bout du compte, c’est cette règle d’or politique qui dirige et oriente le rythme et l’évolution des moyens de lutte anti-pandémique y compris et principalement les moyens médiatiques, la clé de toute victoire électorale. Une victoire électorale anticipée par les sondages (4) de popularité qui semblent être actuellement plutôt favorables à Nicolas Sarkozy : Roselyne Bachelot fait du bon boulot.

Notes.

(1) " Grippe A : une série de clips envahit les écrans ", lefigaro.fr, 25 août 09... VIDÉOS - Le ministère de la Santé a présenté lundi sa nouvelle campagne de sensibilisation contre la grippe A. Des clips comparables sont aussi diffusés à l'étranger...

(2) " Fait moi peur ! ", polemiquepolitique.blogspot.com, 25 août 09... Alors j'aimerais que l'on m'explique, au risque de passer pour un dangereux négationniste de la grippe, quel est le problème. Pourquoi parle-t-on de fermer les écoles, les administrations, les services publics, les lieux où se croisent et s'amassent les gens. Qui a pu faire germer une idée aussi débile dans le cerveau des responsables de toute la Terre....

(3) " Grippe maligne à Maurice ", blog.ehesp.fr, 19 août 09...Ainsi la virlulence de H1N1 serait 100 fois supérieure à celle de la grippe saisonnière (1 pour 10 000 versus 1 pour 1 million). Certes ce sont des approximations, mais c’est bien ainsi que fonctionne le raisonnement scientifique, cette approximation est faite pour être contredite, confirmée, ou sinon affinée...

(4) " La cote de Nicolas Sarkozy gagne deux points dans un sondage ifop", lexpress.fr, 22 août 09... Le président de la République satisfait 45% des sondés tandis que 54% sont mécontents de son action. De son côté, le Premier ministre François Fillon reste stable à 52% d'avis positifs alors que 46% des personnes interrogées sont d'un avis contraire...

(5) " GRIPPE A/H1N1 : LE MINISTERE REPREND EN MAINS La communication ", santelog.com, 25 août 09... Un « dispositif de communication » sur la grippe à virus A/H1N1 a été présenté par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et l’on peut y voir l’intention du ministère de reprendre en mains la diffusion d’informations et de conseils sur la pandémie grippale actuelle, alors que depuis la fin du mois d’avril, les sources officielles et non officielles d’information ont fonctionné un peu n’importe comment et créé la confusion chez une large proportion de Français...

(6) " GRIPPE A/H1N1 : Ce que doivent savoir les parents ", santelog.com, 25 août 09... Le Ministère de l’éducation nationale vient de communiquer sur les principales mesures mises en place pour la rentrée scolaire. Parmi ces mesures, une attire l’attention car elle n’avait, à ce jour, pas été officialisée : « Une campagne de vaccination aura lieu à partir de cet automne ». Les parents et les enseignants seront informés « le moment venu ». Par ailleurs, le seuil des 3 cas motivant une fermeture de classe ou d’établissement ne figure pas au nombre des mesures publiées...

(7) " REUNION EUROPEENNE de l'OMS sur la pandémie : 25 et 26 août 2009", santelog.com, 25 août 09...La réunion portera sur les décisions politiques et leur mise en œuvre, liée à la réponse à la pandémie. Un objectif principal, renforcer les moyens de défense de certains pays

(8) " Grippe A : une "mortalité directe" plus élevée que la grippe saisonnière", lemonde.fr, 25 août 09...Ce taux de mortalité directe, cent fois plus élevé que pour la grippe saisonnière, est une indication de la virulence du virus, précise le Pr Flahault, qui vient de publier ces données sur le site d'échanges réservés aux experts de la grippe PLoS Currents: Influenza....

(9) " GRIPPE A/H1N1 : Roselyne Bachelot : « Les gestes de chacun font la santé de tous », santelog.com, 25 août 09... Jamais la France ne s’est trouvée devoir réaliser une campagne de vaccination aussi large, En fait-elle trop, a demandé une journaliste. On ne connaît pas le scénario à venir, donc nous appliquons le principe de prévention, conclut la ministre, on ne nous pardonnerait pas de ne pas l’avoir fait…

dimanche, août 23, 2009

Grippe A H1N1 (57) : passage au niveau 6, toutes les options sont sur la table.

Systèmes informatiques de modélisation mathématique.

Roselyne Bachelot l’a déclaré, il est encore trop tôt pour passer au niveau 6 dont l’un des critères est le franchissement du seuil de 70 000 consultations hebdomadaires pour cause de grippe A H1N1 (soit environ le double de la situation actuelle). Mais ces chiffres ne veulent rien dire en eux-mêmes puisque, selon les explications fournies par l’OMS, en l’absence de moyens de dépistage suffisants, ces données sont extrapolées à partir des informations que les Etats veulent bien ou tout simplement peuvent fournir à l’OMS. Le cas de la Nouvelle Calédonie est significatif puisque, quasiment du jour au lendemain, les chiffres les plus variés (1) ont circulé dans les médias alors que par ailleurs nous savons que ces territoires ne disposent pas des moyens nécessaires pour réaliser les enquêtes épidémiologiques permettant de confirmer cliniquement les cas de grippe A H1N1. Les autorités sanitaires nationales et mondiales ignorent la réalité comptable de la pandémie grippale et ont donc recours à des systèmes informatiques de modélisation (2) mathématique pour établir leurs chiffres.

Nous ignorons la réalité clinique de la pandémie.

Cela signifie que des décisions concrètes ayant d’immenses conséquences pratiques sur notre quotidien et, en substance, sur notre santé, seront prises à partir de données purement virtuelles fondées sur des valeurs d’ordre psychologique et non pas clinique. D’ordre psychologique du fait de la diversité des sources et des canaux qu’elles empruntent pour remonter au niveau décisionnel. En effet, la structure hiérarchique pyramidale de notre administration fait qu’un directeur général de la santé, un directeur d’établissement scolaire ou un préfet évitera de prendre le risque de sous-estimer les chiffres qu’il transmettra à ses autorités supérieurs desquelles il dépend. Chacun, dans son champ respectif d’autorité, surestimera les risques pour tenter d’obtenir le maximum de moyens de manière à sécuriser sa position. Chaque étage hiérarchique y rajoutera sa marge de sécurité et le total de ces marges produira des chiffres dont il sera objectivement impossible de juger s’ils sont justes ou pas, aussi bien dans un sens que dans l’autre puisqu’en tout état de cause, nous ignorons depuis le début (c'est-à-dire depuis les sources d’observation (3) sur le terrain) la réalité clinique de la pandémie.

L'éclatement inévitable d'une crise sanitaire.

Cette situation est semblable à celle qui prévalait avant l’éclatement de la crise financière mondiale provoqué par le 15 septembre 2008. Avant cette date, des experts économistes et sans doute une grande partie des banquiers eux-mêmes connaissaient la bulle des crédits immobiliers résultant de la politique de crédit à outrance voulue par les politiques pour soutenir la croissance. L’insolvabilité d’une partie des emprunteurs a été pendant des années traitée par ce qu’on pourrait aujourd’hui appeler des « vaccin anti-défaut de paiement » grâce à des produits dérivés complexes conçus à l’aide de modèles mathématiques adaptés à la finance. N’est-ce pas ce que l’on observe dans le cas de lutte anti-pandémique ? La course au vaccin, à partir de produits dérivés de vaccins authentiques et testés, dans le but de sauver encore une fois l’économie en limitant les « défauts de travail », nommés pour l’occasion « absentéisme », ne risque-t-elle pas d’amplifier, en la retardant artificiellement, l’éclatement inévitable d’une crise sanitaire qui serait, cette fois-ci, dramatique ? Ces nouveaux vaccins anti H1N1 dérivés de vaccins anti H5N1 ne risquent-ils pas de favoriser, ici et là, des mutations aléatoires du virus combinant la forte contagiosité du premier à la forte morbidité du second en produisant une variété aujourd’hui inconnue de HxNx contre laquelle il serait alors impossible de lutter ?

Le sacrifice des populations.

C’est pourquoi je considère que la course au vaccin actuellement menée dans l’urgence est une fuite en avant suicidaire pour notre civilisation dont les responsables politiques ne veulent pas assumer l’effondrement. Inonder les populations de vaccins dérivés n’aura pas plus d’effets sur notre santé que le déluge d’argent fictif accordé aux banques pour éviter notre faillite économique. La vérité est qu’il ne faut pas plus accorder de crédits aux populations insolvables que de vaccins aux populations peu ou pas immunes contre la grippe A H1N1. Mais pour cela, il faudrait cesser de vouloir adapter les populations au système et décider d’adapter le système aux populations. Cette décision ne peut naturellement pas être attendue de ceux-là même qui dirigent le système et qui sont en position de force pour le maintenir par tous les moyens y compris par le sacrifice des populations.

Notes.

(1) " GRIPPE A/H1N1 à LA REUNION : FLOU épidémiologique et désorganisation", santelog.com, 23 août 09...

(2) " GRIPPE A/H1N1en Outre-mer : 2 nouveaux décès en Nouvelle Calédonie ", santelog.com, 24 août 09.... Rappelons que selon le Ministère, la modélisation permet d’estimer un taux d’attaque de la grippe A/H1N1 à 30% sur la durée totale de l’épidémie, soit 80.000 personnes atteintes en Polynésie française...

(3) " La grippe A se propage rapidement dans l'outre-mer", liberation.fr, 24 août 09... Il a été établi «sur la base des prescriptions de Tamiflu, des absences dans les écoles et des remontées du réseau Sentinelle» (médecins du public et du privé)...

samedi, août 22, 2009

Grippe A H1N1 (56) : débâcle sanitaire en Nouvelle Calédonie et Polynésie française.

Rien à voir avec un plan de lutte anti-pandémique.

L’intérêt d’observer la situation en Nouvelle Calédonie et en Polynésie française réside dans le fait que le gouvernement y teste sa stratégie de communication pour masquer sa débâcle sanitaire puisqu’en l’absence de vaccin, tout ce qu’il peut faire se limite à y envoyer quelques respirateurs pour la ventilation artificielle et des professionnels de santé (médecins et infirmières) qui vont avec ce qui n’a rien à voir avec un plan de lutte anti-pandémique (1).

Même si les médias écrivent exactement le contraire.

En effet, comme son nom l’indique, un plan de lutte anti-pandémique, ou « Plan pandémique », a pour objectif de lutter contre la propagation d’une maladie. Or, les renforts sanitaires envoyés d’urgence en Nouvelle Calédonie et en Polynésie française n’ont pour objectif (d’après les moyens mis en œuvre décrits par les médias) que de traiter les cas compliqués associés à la grippe A H1N1 ce qui n’empêchera en rien la maladie de continuer à se propager dans le pays même si les médias écrivent exactement le contraire : « Pour faire face à l’extension de l’épidémie de grippe A… » (1).

Incapable de lutter contre quoi que ce soit.

Comparaison n’est certes pas raison mais cette stratégie de lutte anti-pandémique est aussi virtualiste que la stratégie de lutte anti-terroriste qui consiste à tenter de sauver nos otages alors que nos armées, quand elles existent, se font massacrer là-bas tout en abandonnant ici nos cités à l'ennemi. Incapable de lutter efficacement contre quoi que ce soit, ce qui provoque crise sur crise, le gouvernement joue sur l’émotion en adoptant le point de vue éthique au détriment du point de vue rationnel (voir mon post précédent
ICI) pour masquer son impuissance (3).

Faire croire aux Français que le gouvernement les protège.

La stratégie de communication de l’Etat consiste donc à faire croire aux Français que le gouvernement les protège – des terroristes et de la grippe A H1N1 – en surmédiatisant ses interventions d’urgence et de dernier recours – libération d’otage et tentative de sauvetage des cas sanitaires compliqués – tout en laissant le territoire ouvert à toutes sortes de pandémies. Cette stratégie perverse fonctionne parfaitement car chaque Français croit que s’il est personnellement en danger, l’Etat viendra à son secours, comme le montrent au quotidien nos médias.

Au coeur de notre pathologie occidentale.

Si je compare nos otages du terrorisme aux cas compliqués de la grippe A H1N1, c’est parce que nous sommes confrontés dans les deux contextes à des « problèmes comportementaux », problèmes que j’ai commentés ICI et qui sont, me semble-t-il, au cœur de notre pathologie occidentale. Dans le contexte sanitaire, il s’agit de personnes déjà affaiblies par une maladie chronique souvent pulmonaire ce qui nous renvoie à la question de la pollution produite par notre civilisation qui est incapable d’y apporter la moindre réponse sans s’autodétruire. Dans le contexte du terrorisme, il s’agit d’entités en proie à des problèmes comportementaux, pour reprendre la définition de certains économistes (4), psychologiquement affaiblies par un déni de réalité lié à l’infantilisation de notre société, une infantilisation dont nous sommes collectivement incapables de nous émanciper autrement que par la création délirante d’avatars (5).

Infection terroriste.

Cette forme d’entité, ou d’avatar, peut facilement être la cible d’une « infection » (2) terroriste : « Le touriste français enlevé le 23 mai par des hommes armés au Baloutchistan, dans le sud du Pakistan, a été libéré aujourd'hui par ses ravisseurs et remis aux autorités, selon des hauts responsables des forces de sécurité pakistanaises […] Cet homme de 41 ans circulait en camping-car avec cinq autres touristes français, dont deux enfants en bas âge, dans une zone infestée de combattants islamistes et de talibans, de rebelles séparatistes baloutches et de nombreux gangs criminels, quand il a été kidnappé le 23 mai. »

Une approche éthique de la question.

Incapables de développer un point de vue rationnel de lutte anti-pandémique, nos autorités « se préparent à toutes les éventualités » (6), c'est-à-dire qu’elles ne feront rien d’efficace mais vont d’autant plus amplifier leur stratégie de communication sur la base d’une approche éthique (ou morale) de la question en jouant sur l’émotionnel et notre sensiblerie : « Comme il n’y aura pas tout de suite des vaccins pour tout le monde, le gouvernement définira en septembre les personnes prioritaires -probablement personnels de santé, femmes enceintes, personnes fragilisées par des maladies chroniques… », autant de gestes inutiles (voire dangereux selon certains experts) pour lutter réellement contre la pandémie mais qui ne manqueront pas d’être appréciés par les entités en proies à des problèmes comportementaux que nous sommes devenues.

Notes.


(1) « Grippe A : renforts sanitaires en Nouvelle-Calédonie et Polynésie », tempsreel.nouvelobs.com, 21 août 09 Pour faire face à l'extension de l'épidémie de grippe A en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, les ministères de l'Intérieur, de l'Outre Mer et de la Santé ont annoncé ce vendredi l'envoi de renforts médicaux et techniques «dans les prochaines heures». ..

(2) « Pakistan : l’otage français libéré », lefigaro.fr, 21 août 09.

(3) « Obama campe sur sa stratégie de retrait d’Irak », lefigaro.fr, 20 août 09les Américains auront-ils les moyens d'arrêter une éventuelle guerre civile, une fois sur le départ ? Le rôle de spectateurs passifs des boys présents sur les lieux des attentats mardi donne une indication de leur future impuissance…

(4) « Du paternalisme au totalitarisme d’Etat », lupus1.wordpress.com, 19 août 09... la conception de l’individu, du point de vue de l’Etat social, est en train de passer d’une personne rationnelle à un ensemble d’entités en proie à des problèmes comportementaux….

(5) « Avatar Trailer », fubiz.net, 20 août 09.

(6) « Grippe A H1N1 : le gouvernement se prépare à « toutes les éventualités », tempsreel.nouvelobs.com, 21 août 09.

vendredi, août 21, 2009

Grippe A H1N1 (55) : priorité vaccination, un casse-tête pour les gouvernements.

Point de vue éthique et point de vue rationnel.

Etant donné la lenteur de production des vaccins contre la grippe A H1N1 qui ne permettra pas de vacciner tout le monde avant la seconde vague de la pandémie prévue par l’OMS (6), les gouvernements sont confrontés à la question de savoir qui vacciner en priorité. La revue Science (1) publie une communication sur les résultats d’une étude qui préconise de vacciner en priorité les enfants et leurs parents généralement âgés de 30 à 39 ans. La meilleure stratégie vaccinale dans le cadre de lutte anti-pandémique ne serait pas de viser en premier les groupes à risque mais les personnes les plus susceptibles de transmettre le virus de la grippe A H1N1. Autrement dit, écrit Sylvestre Huet (1), journaliste à Libération, « il y a donc divergence entre un point de vue éthique (protéger en priorité les faibles) et un point de vue rationnel, fondée sur l’efficacité globale de la stratégie vaccinale. »

Confusion de l'anlayse.


Encore faut-il s’entendre sur qui sont « les faibles ». S’il s’agit de ceux qui sont en danger de mort, leur nombre est insignifiant et n’a donc pas à rentrer directement en ligne de compte pour la définition d’une stratégie vaccinale anti-pandémique dont l’objectif n’est pas de sauver à tout prix quelques vies mais de préserver autant que faire se peut la société en tant que telle d’une paralysie et de désordres pouvant remettre en cause durablement son fonctionnement normal, donc l’Etat. C’est le rôle d’un Etat mais cette notion de lutte anti-pandémique est très mal expliquée par nos autorités en charge de la communication en direction du grand public d’où la confusion de l’analyse de Sylvestre Huet et de bien d’autres qui opposent un point de vue éthique (par ailleurs parfaitement légitime à titre individuel) à un point de vue rationnel (tout aussi légitime mais à titre collectif).

Désinformation médiatique.

Si les gouvernements donnent l’impression de dramatiser outre-mesure la situation, en tout cas d’en faire trop au niveau de leur communication, voire de manquer d’éthique dans leurs options stratégiques de lutte anti-pandémique comme le suggère ce journaliste de Libération, c’est qu’ils sont confrontés à des menaces pour eux-mêmes que le grand-public ignore par déni de réalité. Ce déni de réalité est le résultat d’une désinformation médiatique à laquelle Libération et ses journalistes ne sont pas étrangers puisqu’ils ne sont, au bout du compte, que les porte-paroles salariés de ces gouvernements.

L'amplitude de la pandémie changerait la nature des enjeux.

Voici pourtant comment certains observateurs décrivent les menaces qui pèsent sur les gouvernements et que ceux-ci s'abstiennent d’expliquer au grand-public. Un article (2) de Jean Pierre Petit, directeur de la recherche économique et de la stratégie d’Exane-BNP Paribas jusque fin 2008 explique le coût économique du virus H1N1 dont la pandémie constituerait « à la fois un choc – temporaire – sur l’offre et sur la demande » car « la sévérité du virus en terme clinique n’est pas une condition nécessaire pour une baisse significative de l’activité mondiale […] Mais il va sans dire que l’amplitude de la pandémie changerait la nature des enjeux ». Autrement dit, se rassurer en parlant de simple « grippette », s’est tromper l’opinion publique et le renforcer dans son déni de réalité. « Au total », explique Jean Pierre Petit, « il serait étonnant de voir les marchés rester insensible à toute détérioration supplémentaire et significative du flux de nouvelles au cours des prochaines semaines ou prochains mois ».

La grippe A risque fort de contaminer les marchés.

La Lettre (3) de Xavier Lépine, président de l’UFG (Groupe de gestion d’actifs multispécialiste), suggère que « La grippe A risque fort de contaminer les marchés. Elle est probablement plus dangereuse pour la santé de votre portefeuille que pour la vôtre ». Concrètement, selon le niveau « de panique » qu’elle engendrera, cet expert évalue la chute des marchés entre 10 et 20%, soit, au pire, le niveau d’avril 09 après l’effondrement de mars 09. Notons que le danger est évalué en termes de « panique », ce qui signifie que du point de vue rationnel, le danger pandémique est paradoxalement de nature psychologique et dépend, comme l’écrit Jean-Pierre Petit « d’un flux de nouvelles » donc, au final, du traitement médiatique de la situation ce qui nous ramène à la question des « problèmes comportementaux » de nos contemporains que j’ai déjà commentée ICI.

Un choix purement rationnel impossible à justifier.

Le casse-tête des priorités de vaccination pour les gouvernements n’est donc pas de choisir entre les groupes à risques et les autres, un choix essentiellement éthique et donc facile à faire passer auprès d’un grand-public infantilisé (4), mais de trancher parmi les autres, un choix purement rationnel impossible à justifier auprès des catégories de gens en bonne santé exclus de la vaccination et qui accuseront d’autant plus violemment le gouvernement de discrimination que cette rationalité, disons-le tout net, se résume à sauvegarder prioritairement et encore une fois le secteur financier dont dépend la survie économique de notre système et, par conséquent, de nos gouvernements.

Vers des régimes totalistaristes.

D’où l’hypothèse rationnelle d’une opportunité sanitaire pour un glissement accéléré et sans doute irréversible de nos démocraties vers des régimes totalitaristes (4). Selon certaines sources (5), la période critique se situerait autour de la fin de l’année fiscale US, c'est-à-dire fin septembre/début octobre, la date également annoncée pour la mise sur le marché des premiers lots de vaccins contre la grippe A H1N1.

Notes.

(1) « Grippe A H1N1 : qui vacciner ? Une étude contredit les recommandations », sciences.blog.liberation.fr, 21 août 09Il y a donc une divergence entre un point de vue exclusivement éthique (protéger en priorité les faibles) et un point de vue rationnel, fondée sur l'efficacité globale de la stratégie vaccinale

(2) « Jean Pierre Petit : L’influence de la pandémie H1N1 sur l’économie et les marchés », lupus1.wordpress.com, 08 août 09

(3) « Pandémie sur les marchés ? », groupe-ufg.com, août 09

(4) « Du paternalisme au totalitarisme d’Etat », lupus1.wordpress.com, 19 août 09

(5) " LaRouche : l’effondrement du dollar fera exploser le système monétaire global ", solidariteetprogres.org, 20 août 09...

(6) “ Grippe A H1N1 : Préparez-vous à une seconde vague pandémique, dit l’OMS”, santelog.com, 21 août 09... Une intervention à la télévision chinoise de Margaret Chan, directrice de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient d’exhorter la communauté internationale de se préparer à une seconde vague de grippe A/H1N1, malgré l’incertitude sur les quantités et dates de disponibilité du vaccin…