Ceux que la crise détruit durablement.
Au-delà des mauvaises nouvelles économiques (et sanitaires) qui s’accumulent au quotidien et qu’aucun signe sérieux ne semble actuellement pouvoir contre balancer, il devient de plus en plus clair que toutes les régions du monde ne sont pas également armées pour faire face à la crise financière y compris parmi les pays industrialisés que je suis tenter de classer en deux catégories : ceux que la crise détruit durablement et ceux que la crise secoue pour mieux rebondir.
Un réflexe pavlovien.
Nous assisterions donc à une forme de destruction créatrice au niveau des nations par élimination naturelle des pays les moins aptes à s’adapter aux changements imposés par les évènements. La réaction qui consiste à penser que l’éventuel et espéré rebond américain entrainera automatiquement celui de l’Europe n’est peut-être qu’un réflexe pavlovien qu’il serait sans doute prudent de remettre en question.
Les banques européennes sont plus malades que les banques américaines.
Depuis quelques semaines, de nombreuses informations contredisent l’idée généralement admise que la crise financière étant d’origine essentiellement américaine, il suffit d’attendre que les Etats-Unis débloquent leur système bancaire pour que l’Europe suive. Or, la publication des bilans des banques européennes montre que celles-ci sont aujourd’hui plus malades que les banques américaines. Le diagnostic est même si sévère qu’il n’est pas forcément déraisonnable d’envisager qu’une relance de l’économie US n’entraînerait pas automatiquement celle de l’économie européenne qui pourrait rester plombée par son système bancaire virtuellement en faillite.
Un mélange explosif.
La situation européenne est encore aggravée par son profil démographique vieillissant et le non approvisionnement des engagements de retraites publiques. La combinaison de ces trois facteurs – la faillite des banques (donc la banqueroute des Etats), le vieillissement de la population et le non approvisionnement des retraites – constitue un mélange explosif qui condamne l’Europe à sombrer dans une agonie plus ou moins violente selon les nations. Aucun de ces facteurs ne peut trouver de solution : il est impossible de renflouer le système bancaire, il est impossible de ne pas vieillir et il est donc impossible de provisionner les retraites.
Un déni de réalité.
Le refus de ce constat est un déni de réalité de la part des Européens, un déni qui fini par caractériser leur structure psychique à l’origine de ce que j’appelle, dans le cadre de la théorie PointZero, la défaillance psychologique. Comment agir sur et dans le réel lorsque celui-ci est refoulé ? Comment relever un quelconque défi d’avenir lorsqu’on a perdu toute assise dans le présent et que l’on n’assume même plus le passé ?
Un condominium sino-américain.
Dans un article du
26 avril 09 publié dans The Telegraph et traduit par Contreinfo.info, Ambrose Evans-Pritchard a une belle formule s’inspirant du passé pour résumer sa vision du monde de demain : « Les grandes faillites changent le monde. Le défaut de paiement de l’Espagne de Philippe II a ruiné les dynasties de banquiers catholiques de l’Italie et du sud de l’Allemagne et a déplacé le centre du pouvoir financier à Amsterdam. Les forces anglo-néerlandaises ont été en mesure de mettre fin à la Contre-Réforme, de libérer le nord de l’Europe de l’absolutisme et de pénétrer en Amérique du Nord. Qui sait quelles révolutions pourraient naître de cette crise si jamais elle provoque des banqueroutes. Mon intuition est qu’elle révèlerait la profonde fatigue de l’Europe – de manière brutale – réduisant l’Ancien Monde à une zone stagnante. Que l’hégémonie des Etats-Unis puisse rester intacte est une question ouverte. Je parierais sur un condominium sino-américain pour un quart de siècle. Le G2, en résumé ».