La sécurité des habitants du sud.
« Au sud, rien de nouveau » titre le Jérusalem Post ce
18 jan 09 qui rapporte que « En dépit du cessez-le-feu, treize roquettes palestiniennes ont été tirées dimanche sur plusieurs villes du sud du pays, a annoncé l'armée israélienne. » Problématique issue pour cette opération de police qui n’a apparemment pas atteint tous les objectifs annoncés par le triumvirat de Jérusalem, Olmert, Barak et Livni. Je veux surtout parler des objectifs concrets et immédiats (je reviens sur les autres plus loin), ceux qui comptent pour la sécurité des habitants du sud, sécurité au nom de laquelle a été officiellement décidée Ofereth yetsukah.
Ne pas légitimer le Hamas.
Jérusalem a décidé un cessez-le-feu unilatéral applicable depuis ce dimanche matin. Ce cessez-le-feu a été décidé unilatéralement car Jérusalem ne veut pas légitimer le Hamas en traitant avec lui. Dont acte. Ceci a pour conséquence que ce cessez-le-feu unilatéral n’engage en rien le Hamas qui n’a de toute façon par pour habitude de respecter les cessez-le-feu qu’il proclame. Résultat : des roquettes continuent de tomber sur les habitants du sud. Or, nous apprenons ce soir que non seulement Jérusalem a décidé unilatéralement ce cessez-le-feu qui n’engage donc pas le Hamas mais que, de plus, son armée se retire de la bande de Gaza alors que des roquettes du Hamas continuent de tomber sur les habitants du sud.
Cette lutte contre le terrorisme est discutable.
Je ne cherche pas la petite bête pour ennuyer spécialement Israël mais parce que ce conflit-là est significatif à plus d’un titre et nous devons essayer d’en tirer quelques enseignements pour notre propre gouverne. Israël est, comme la France, une démocratie. Israël est, comme la France et toutes les démocraties du monde, confronté au terrorisme. La façon dont Israël cherche à lutter contre le terrorisme est donc instructive pour nos démocraties qui sont toutes, à un degré divers, engagées dans cette lutte. Le problème que je soulève est que cette lutte contre le terrorisme est discutée parce que, comme le montre l’issue préalablement décrite d’Ofereth yetsukah, discutable.
Comprendre le pourquoi du comment.
Je résume la situation concrète qui prévaut ce dimanche soir sur le terrain : suite à la décision politique d’un cessez-le-feu unilatéral de Jérusalem, les militaires de la Force Israélienne de Défense se retirent de Gaza alors que des roquettes continuent de pleuvoir sur les habitants du sud d’Israël. Si j’étais un habitant résidant au sud d’Israël normalement informé, je réfléchirais, seul ou avec des amis, sur le sens de cette situation concrète qui fait que, concrètement (j’insiste sur le concret), nous sommes encore en alerte, prêts à
nous réfugier dans les abris. Je tenterais de comprendre le pourquoi du comment et je finirais par me dire, ou dire à mes amis : bon, c’est très simple, comme le titre le Jérusalem Post du jour, « Au sud, rien de nouveau ».
Ces gens-là espèreraient que nous votassions pour eux ?
Une fois ce constat établi, je m’interrogerais sur la campagne législative qui a repris son cours temporairement suspendu par la guerre et je me dirais : ces gens-là, ces gens qui nous demandent de voter pour eux, qu’ont-ils fait pour nous ? Cela fait huit ans que nous subissons quasiment au quotidien les tirs de roquettes en provenance de nos voisins palestiniens. Nous ne savons pas exactement qui est responsable de ces tirs et ce n’est, à la limite, pas notre problème mais celui de nos renseignements, de nos politiques et, au bout du compte, de notre Défense. Ces gens-là ont fini par décider, nous ont-ils dit, de régler le problème de notre sécurité. Et voilà qu’après 22 jours de combats qui ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés parmi nos voisins, notre armée se retire unilatéralement en laissant les tireurs de roquettes continuer de lancer leurs engins de mort sur nos maisons. Et ces gens-là espèreraient que nous votassions pour eux ?
Prise en compte de l'investiture de Barack Hussein Obama.
Nous savons que la décision du cessez-le-feu est unilatérale pour ne pas légitimer le Hamas en traitant un accord politique avec lui. Nous constatons que la date d’application de ce cessez-le-feu correspond avec le début des cérémonies pour l’investiture de Barack Hussein Obama. Ce soir, je considère que le choix de cette date-là pour le cessez-le-feu est autant une opportunité de politique intérieure en relation avec la campagne législative qu’une prise en compte d’un facteur de politique extérieure liée à l’investiture du futur président US. Les objectifs militaires ne semblent pas tous atteints, en particulier pour les habitants du sud, et pourtant, la décision politique de se retirer rapidement de Gaza a été prise.
Contrer le candidat de l'opposition.
Par rapport à la campagne législative, voilà comment j’explique la chose : il était de l’intérêt des candidats Barak et Livni de stopper rapidement cette opération militaire pour contrer le candidat de l’opposition, le leader du Likoud, qui défend, lui, la poursuite de l’opération jusqu’à ce que les objectifs de sécurité du sud soit atteints. Barak et Livni, eux, comptent ramener la sécurité au sud par d’autres moyens (j’y reviens plus loin) et en rester là du point de vue militaire. Cette position aurait l’avantage de ne pas compliquer la vie de Barack Hussein Obama et de supprimer le risque de bavures militaires médiatiquement catastrophiques qui auraient pu sérieusement se retourner contre eux (et contre Israël) et réduire leurs chances de victoire électorale.
Franchir le cap de l'investiture de Barack Hussein Obama.
La question est maintenant de savoir comment assurer concrètement la sécurité des habitants du sud pour espérer leurs votes. Il est possible qu’en réalité, Barak et Livni n’aient pas immédiatement de solution pour atteindre cet objectif en dehors d’une nouvelle intervention militaire. Il est possible aussi que le but de ce cessez-le-feu unilatéral soit seulement de franchir le cap de l’investiture de Barack Hussein Obama histoire de ne pas se mettre Washington sur le dos prématurément. Entre-temps, de nouvelles roquettes vont s’abattre sur les habitants du sud et le leader du Likoud va continuer de grimper dans les sondages. C’est possible. C’est même quasiment assuré. Alors ?
La sécurité est-elle suffisament assurée ?
Alors, l’investiture du futur président US est pour demain. Les élections législatives sont, elles, prévues pour le 10 février, date qui peut encore être repoussée au cas où. Cela laisse donc encore trois semaines pour trouver une solution annoncée d’avance par Ehoud Olmert puisqu’il s’est engagé à reprendre les opérations militaires si c’était nécessaire. En sommes, le seul inconvénient de ce cessez-le-feu unilatéral est que la sécurité des habitants du sud n’est pas totalement assurée mais l’objectif politique des candidats Barak et Livni est surtout de savoir si cette sécurité est « suffisamment assurée » pour que cette question ne leur fasse pas perdre à elle seule les élections. Cela a probablement été discuté entre eux et tranché. Mais il n’y a peut-être pas que ça.
Respecter les actes et les décisions prises.
Cette réflexion politique étant faite, elle montre qu’il n’est pas avisé de juger de l’opération militaire en soi et qu’en particulier (outre la non libération de Guilat Shalit), le fait que les tirs de roquettes continuent après le cessez-le-feu unilatéral ne signifie pas qu’ Ofereth yetsukah est un échec dans la lutte contre le terrorisme : Israël est une démocratie. D’une part, s’y prépare des élections législatives parfaitement légitimes pour le 10 février et, d’autre part, cette démocratie n’est pas seule au monde mais fait partie d’une communauté internationale qu’elle ne peut pas complètement ignorer même si, comme c’est le cas aujourd’hui, cela peut toucher à sa souveraineté et à ses intérêts vitaux. Autant de raisons objectives pour respecter les actes et les décisions prises par les dirigeants d’Israël qui défendent leur pays tout en honorant les règles de la démocratie.
Tant que nos démocraties lutteront seulement contre le terrorisme.
S’il s’avère que les décisions politiques prises par le triumvirat de Jérusalem ne permettent pas de rétablir la sécurité des habitants du sud d’Israël, ceux-ci devront en tenir compte au moment de voter tout en sachant qu’Israël dépend maintenant de Barack Hussein Obama qui a d’autres priorités en tête et surtout (nous le saurons bientôt) une autre approche de la lutte dite contre le terrorisme, ce que savent les candidats à la succession d’ Ehoud Olmert. En langage clair, Ofereth yetsukah (comme les opérations militaires US en Irak et en Afghanistan) montre que nos démocraties seront toujours impuissantes à résister contre une civilisation qui utilise le terrorisme comme arme de guerre tant qu’elles lutteront seulement contre le terrorisme et non pas contre la civilisation qui en fait sa force de dissuasion.
Le Sud est aujourd'hui toujours le Sud.
C’est pourquoi Barack Hussein Obama est peut-être l’homme providentiel tant attendu dans le monde entier, pas pour les raisons que s’imaginent ses fan(atique)s mais parce qu’il a comme modèle politique Abraham Lincoln qui « transforma cette guerre civile sur la question des droits des Etats en une croisade morale mettant le Sud en accusation avec, à partir de la fin 1862, le but avéré de l’émancipation des esclaves noirs du Sud. Cette transformation du but de la guerre transforma le conflit lui-même en une guerre totale, sans compromis possible, et en une guerre d’anéantissement selon les conceptions « yankees » (américanistes) de la guerre. » La translation de cette citation de Dedefensa du
15 dec 08 au contexte actuel est-elle nécessaire pour être compréhensible ? Disons que le Sud est aujourd’hui toujours le Sud.
La mise en scène de son investiture a historiquement un sens.
Cette citation est extraite d’un article intitulé « Une guerre de sécession postmoderne ? ». Sommes-nous à la veille d’une guerre de sécession ? Que signifie cette expression aujourd’hui ? De quelle sécession s’agit-il ? Ma réponse est la suivante : lorsqu’on parle de choc des civilisations, on ne parle de rien d’autre que d’une guerre de sécession postmoderne, une sécession à l’échelle mondiale. Et lorsqu’on parle d’ Abraham Lincoln, on parle de la victoire du Nord sur le Sud. Et si Barack Hussein Obama a pour modèle politique Abraham Lincoln, c’est qu’il a le projet de cette guerre de sécession postmoderne dans la tête et c’est pourquoi la mise en scène de son investiture a historiquement un sens si l’individu BHO à une tête, ce qui n’est pas encore tranché compte tenu de l’ampleur du défi.
Tsahas a opéré concrètement la transformation du but de la guerre.
Par rapport à la perspective historique d’une guerre de sécession postmoderne, Ofereth yetsukah change radicalement de nature et ne doit plus être considérée comme une simple opération de police mais, je cite encore Dedefensa : « Les Armées du Nord, avec Grant et Sherman, appliquèrent au Sud un traitement de déstructuration de la société sudiste par le fer et par le feu. » Or, en ne renonçant pas à s’attaquer aux mosquées, voire aux écoles et aux hôpitaux malgré les boucliers humains pour détruire les structures du Hamas, Tsahal a opéré concrètement la transformation du but de la guerre comme l’avait donc fait Grant et Sherman.
Tester la réaction du Sud.
Cela m’amène a envisager qu’Ofereth yetsukah pourrait avoir été conçue pour tester la réaction du Sud, appelons les choses ainsi, à un tel traitement de déstructuration pour permettre à Barack Hussein Obama d’évaluer la possibilité d’une guerre de sécession postmoderne à décider aussitôt après avoir pris ses fonctions à la Maison Blanche. D’où le retrait précipité de Tsahal de la bande de Gaza une fois ses vrais objectifs atteints (tester la réaction du Sud) au-delà de toute espérance, comme le déclare Ehoud Olmert, ce qui est, vue ainsi, effectivement exact.
Hommage aux pères fondateurs.
Cette évaluation favorable est renforcée par les analyses d’Iran-résist concernant les réactions très modérées de Téhéran qui semble avoir senti le vent tourné avec l’arrivée au pouvoir de Barack Hussein Obama qui a déclaré, le
18 jan 09, sur les marches du Lincoln Memorial et en hommage aux pères fondateurs : « Au cours de l'histoire, seule une poignée de générations ont été confrontées à des défis aussi graves que ceux que nous affrontons aujourd'hui ». BHO est-il en marche vers une guerre de sécession postmoderne ?